Où est passé Tikpi Atchadam ?

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Physiquement absent depuis plusieurs semaines, Tikpi Atchadam n’en est pas moins omniprésent dans le débat public. L’homme qui est à l’origine de la crise politique actuelle avec les mouvements de rue lancés le 19 août 2017, se terre désormais dans une discrète villa dans les environs d’Accra (Ghana) selon nos informations. Il dit craindre pour sa vie et exigerait des garanties sur sa sécurité avant d’envisager tout retour sur les terres togolaise. Pure élucubration rétorque-t-on du côté du gouvernement, qui relève que toute la classe politique, y compris de l’opposition, circule librement et sans entraves dans le pays.

Pendant plus d’un an, Tikpi Atchadam aura investi le terrain politique, multiplié les rencontres avec ses sympathisants, organisé des meetings dans plusieurs régions, et occupé l’espace médiatique.
Après le 19 août, il était de toutes les interviews, publiant également des « audios » sur les réseaux sociaux et se déplaçant sur les lieux des manifestations, aux côtés de ses pairs de l’opposition, dont il est devenu de fait le chef de file, ou en tout cas celui qui lui impose les mots d’ordre, le rythme, voire même le calendrier ( il est par exemple à l’origine de la franchise du vendredi jour de la prière musulmane comme jour de manifestation) ; en dépit du statut officiel qu’arbore Jean-Pierre Fabre, le président de l’Alliance Nationale pour le Changement ( ANC). Depuis bientôt trois (4) mois, plus rien. Le leader du PNP a quasiment disparu de la scène : l’hyper-opposant est devenu hypo politicien, invisible lors des rounds de négociations à Lomé, absent pendant les manifestations, silencieux sur les médias traditionnels et inaudible sur les réseaux sociaux, notamment whats’up qu’il affectionne particulièrement. Pour son entourage, ce repli physique et politique est « forcé ».
Il serait la réponse « responsable et prudente » aux menaces multiformes et précises qui pèseraient sur son intégrité physique. Et le coupable est tout désigné : le pouvoir en place. Qui aurait, en sont-ils convaincus, lancé aux trousses de l’ancien secrétaire général de la préfecture de Tchaoudjo, ses « sbires. ». « Il est en danger de mort » nous a ainsi confié un de ses proches qui cite « des sources crédibles » non vérifiables.
D’ailleurs, à l’ouverture du dialogue, le sujet a été évoqué par les représentants de la Coalition de l’opposition qui s’en sont émus auprès de la facilitation ghanéenne : il faut assurer la sécurité de monsieur Atchadam et garantir son intégrité physique afin qu’il participe aux discussions. Réponse du gouvernement : tout leader politique qui le souhaite, peut solliciter et obtenir la protection et l’assistance des forces de l’ordre.

De fait, depuis la capitale ghanéenne où il a désormais élu domicile et établi son quartier général, le natif de Kparatao reçoit et se déplace peu, mais communique beaucoup. Il est en contact permanent avec les cadres de son parti. A ses quelques visiteurs du soir, dont quasiment aucun membre de la coalition des 14 en lesquels il confie n’avoir aucune confiance, il parle de sa présumée « peur », de Fabre, de « sa stratégie pour mettre fin au régime »…. Comme un « véritable gourou » , « un peu illuminé » selon un de ces visiteurs.

STRATEGIQUE:

En réalité, ce repli de l’ancien lieutenant de Zarifou Ayéva est purement stratégique. S’il est vrai qu’à un moment, il a pu craindre une poursuite judiciaire au vu de la tournure des manifestations auxquelles il appelait, voire pour sa vie après que des militaires aient été lynchés à Sokodè, Tikpi Atchadam veut surtout construire sa légende. Comme celle qu’a bâti , dans un autre contexte et pour d’autres raisons Gilchrist Olympio, porté par ses années d’exil.
En effet, en s’exilant, le leader du PNP parie que l’ « envie de Tikpi » serait plus forte au sein de la population, nourrie par rumeurs et fantasmes. De fait, il constituerait pour le pouvoir et ses sympathisants, une sorte de « père fouettard » qui leur ferait peur, en même temps qu’une épée de Damoclès sur leur tête ; son absence sur le territoire renforçant son caractère incontrôlable. « Il veut surtout éviter de rentrer dans les rangs et dans la banalisation comme ses aînés de l’opposition. Comme il a pris date pour l’avenir après l’échec de sa révolution, il veut garder l’image de celui qui a secoué le baobab. Sans tâches ni compromis. Au cas où et peut-être le jour où…. » commente cet analyste politique. « A preuve, il ne s’est pas déplacé à Lomé pour le dialogue. Avec son absence, il en tirera profit dans tous les cas. Si le dialogue aboutit, il va s’en prévaloir au travers de son représentant ; même si tout le monde sait qu’il souhaite son échec. Au cas contraire, il pourra toujours dire que c’est sa ligne qui a gagné ; le retour à la Constitution de 92 n’étant pas négociable ».
Vis-à-vis des militants de l’opposition, son exil ghanéen lui permet d’avoir une posture de recours, de « sauveur », celui qui se préparerait à venir « délivrer le peuple togolais » . Celui qu’on désire, dont on rêve et fantasme. « Atchadam se tromperait en s’imaginant hors de contrôle des autorités du Togo, parce que réfugié au Ghana. Les services togolais peuvent chaque fin de journée, lui faire le point de son agenda quotidien et des personnes rencontrées », confie hilare, un officier.

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