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HARCELEMENT SEXUEL : Le tabou de notre société

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Le sujet fait la une des journaux dans les pays occidentaux après  qu’en octobre 2017, le New York Times et le New Yorker aient  rapporté  qu’une douzaine de femmes accusaient  Harvey Weinstein, un producteur de cinéma américain renommé, de harcèlement sexuel, agression sexuelle ou viol. Depuis c’est une déferlante de révélations et d’accusations, accablant pour la plupart des hommes publics. Plusieurs sites ont été créés dans ce contexte, notamment celui appelé «  Balance ton porc » qui se présente  comme  le seul  qui  permet de témoigner anonymement de viol ou d’agression sexuelle. Si le harcèlement fait désormais l’actualité partout au nord, curieusement au sud, presque personne n’en parle. Pourtant, c’est bel et bien une réalité ici également. Mais qui reste tabou, notamment dans la société togolaise.

 

« Moins d’une semaine que j’ai commencé à travailler,  voilà le patron qui veut coucher avec moi. Chaque jour, je sens ses mains baladeuses dans mon dos et qui descendent  jusqu’au niveau de mes hanches. Poliment,  je les retire mais  jour après jour, son envie de coucher avec moi augmente. Je voudrais juste finir le mois et avoir mon salaire mais je ne sais pas si je pourrai tenir car ce vendredi encore ça a repris de plus belle et il est violent avec moi. Je vais arrêter plus tôt que prévu. Je n’ai pas trop le choix ». Voici le témoignage recueilli par notre rédaction auprès d’Eyram, employée  de maison chez un Libanais. Et celui-ci n’est pas isolé.  « Je fais d’habitude les comptes avec mon patron après que tout le monde soit parti. Un jour, voilà qu’il met du porno et m’ordonne de lui caresser le pénis, de l’embrasser, qu’il veut mettre son pénis en moi. Pas possible, j’ai fait quoi à Dieu ? A force de m’être débattue, j’en ai mal partout. Je ne peux pas raconter ça à mes parents ;  ils ne comprendraient pas et s’en prendront à moi », raconte pour sa part Akpené, caissière. Abidé, secrétaire dans une société informatique, rapporte le même calvaire :  « Mon directeur m’invite de temps à autre à son bureau. Et si j’ai porté des habits dont la fermeture est au niveau de ma poitrine, il l’ouvre et se met à me caresser les seins. Et il me fait des attouchements des fesses. Je vis ceci pratiquement chaque jour que je me rends au service. Son dernier acte m’a poussé à démissionner puisque je ne peux plus continuer dans cette entreprise au prix de perdre ma dignité. Je suis dépassée, je ne peux plus supporter, c’est humiliant, je ne peux plus maitriser cette situation et je préfère préserver ma dignité que de me  laisser faire ». De fait, une étude publiée par Amnesty International Togo révèle que  30% des femmes interrogées se déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement sexuel.

REPRIME :

Selon les dispositions du Code pénal, constitue un harcèlement sexuel le fait pour une personne d’user d’ordre, de menace, de contrainte, de parole, de geste, d’écrit ou tout autre moyen dans le but d’obtenir d’autrui contre son gré des faveurs de nature sexuelle. Le harcèlement est puni d’une peine d’un à trois ans et d’une amende d’un million à trois millions de F CFA. Et pour le harcèlement sexuel aggravé, la peine est de trois à cinq ans et l’amende est porté de trois millions à cinq millions de F CFA.

Le harcèlement très aggravé est celui qui est commis sur un enfant de moins 15 ans et dans ce cas, les peines aggravantes de 3 à 5 ans peuvent être  portées au  double de même que les amendes. Il l’est aussi s’il  est commis sur une personne vulnérable en raison de sa minorité, son âge avancé, son état de grossesse, une maladie, une infirmité ou d’une déficience physique ou psychique, ou bien si le harcèlement est commis sur une personne ayant abusé de l’autorité que lui confèrent  ses fonctions, sa position professionnelle à l’égard de la victime.

Mais bien souvent, les harceleurs bénéficient d’une impunité favorisée par le silence des victimes du fait de  leur ignorance par rapport à la loi, de leur manque de confiance en la justice et du fait du poids de la société. Les victimes des violences se refugient dans le silence et n’osent pas porter plainte.

AU BUREAU OU A L’USINE :

Le harcèlement sexuel peut se produire dans n’importe quel milieu de travail, d’une usine à un bureau, d’un magasin à une école. Si l’offense faite par un gestionnaire, collègue de travail ou même un non-employé comme un client, un entrepreneur ou vendeur, si le comportement crée un environnement de travail hostile ou interrompt le succès de l’employé, il est considéré comme un harcèlement sexuel illégal.

Le harcèlement sexuel sur le lieu de travail est différent de harcèlement sexuel généralisé en ce qu’il est directement lié à la façon dont on gagne sa vie. Il est souvent utilisé comme une forme de jeu d’influence et peut se produire dans plusieurs étapes du cycle de travail, du recrutement à la promotion. Il peut inclure des avances sexuelles directes ou propositions, y compris les employés de haut rang demandant des faveurs sexuelles aux employés subalternes. Il peut également inclure l’intimidation ou l’exclusion des femmes employées pour compromettre leur statut d’emploi. Et cela peut signifier la création d’un environnement de travail hostile pour femmes en employant des blagues sexistes, des remarques ou épingler des photos sexuellement explicites ou pornographiques.

Le harcèlement sexuel en milieu de travail peut empêcher les victimes de gagner leur vie, faire leur travail efficacement ou atteindre leur plein potentiel. Le harcèlement sexuel peut aussi empoisonner l’environnement pour tous les autres. Si rien n’est fait, le harcèlement sexuel en milieu de travail a le potentiel de dégénérer en comportement violent.

Tous les employés et les employeurs, indépendamment du sexe et du classement hiérarchique des emplois peuvent être victimes du harcèlement sexuel. Cependant, les femmes ont tendance à être plus vulnérables au harcèlement sexuel parce qu’elles  détiennent souvent des emplois moins bien rémunérés, une autorité inférieure et un statut inférieur par rapport aux hommes.

En même temps, même les femmes en position d’autorité peuvent être confrontées au harcèlement sexuel. Il peut également se produire même si on travaille à son propre compte, par exemple par un client ou un fournisseur. Quoique le harcèlement sexuel peut se produire dans n’importe quel milieu de travail, il peut être plus fréquent dans certains espaces de travail tels que :

  • Des milieux de travail masculin (par exemple, l’armée, police, travaux de construction)
  • Les emplois qui sont censés être « subordonnés » (par exemple, soins infirmiers, massothérapie, serveuse)
  • Travaux effectués séparément (par exemple, aides familiaux résidents).

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