PRISONS TOGOLAISES : Surpopulation, violence, promiscuité, récidive, comment vivent les détenus ?

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Les prisons du Togo sont réputées pour leurs conditions de détention déplorables et leur surpopulation. Selon les chiffres publiés par la Direction de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion en 2017, le taux d’occupation moyen est de 170%. Il est   par exemple  de  263% pour la  prison de Lomé et 400% pour celle  de Tsévié, le plus fort taux du pays. Cette surpopulation carcérale dont les causes sont entre autre dues à l’absence d’une véritable politique de réinsertion et  à un fort taux de récidive (plus de 60%) entrainent des maladies de la peau, l’aggravation ou la complication de certaines maladies,  le stress, l’énervement, le problème de faim et la mort chez les détenus.

Le Togo dispose au total 13 prisons avec un effectif de 4896 pensionnaires. Selon, les chiffres officiels, près de  65% de personnes en détention le sont à titre préventif contre  seulement 35% de personnes condamnées. Construite pour 650 personnes, la prison civile de Lomé accueille à ce jour, plus de plus de 2200 détenus dont une quarantaine de femmes.

CADRE INSALUBRE

Au total,  il existe quarante neuf (49) cellules subdivisées en trois catégories à la prison civile de Lomé. La plupart du temps, lorsque quelqu’un est admis à la prison, il est tout d’abord affecté dans la cellule d’isolement très restreinte en attendant son affectation dans une cellule proprement dite. Ensuite viennent les cellules des quatre bâtiments un peu plus larges. La pièce d’environ 6m sur 4,5m accueille jusqu’à 80 personnes voire plus. Mal aérées, infectées de rats et de cafards,  obscures, ces cellules lorsqu’elles sont fermées à clés à 17h  ne rouvrent que le lendemain matin. Les prisonniers  y dorment à même le sol, «en position sardines», les uns contre les autres. Mais les moins chanceux sont contraints de rester debout toute la nuit, conséquence on observe des œdèmes à leurs pieds.

La dernière catégorie de cellule est celle appelée habituellement cellule « VIP ». Même si elle n’est pas un hôtel, elle offre des conditions de détention acceptables. Le plus souvent, ces cellules n’accueillent pas plus de dix pensionnaires, et les détenus disposent de poste téléviseur, ventilateur, matelas mousse, et même d’espace pour les visites.

La surpopulation carcérale aggrave les conditions très précaires dans lesquelles végètent les personnes détenues. La violence et la promiscuité sont le quotidien des détenus de la prison de Lomé.

« Dans la plupart des rapports que nous avons publiés surtout les rapports au Conseil des droits de l’Homme dans le cadre de l’Examen périodique universel, mais aussi les rapports annuels, il y a toujours une partie qu’on réserve aux conditions de détention. Ce n’est pas un secret pour quelqu’un qui vit au Togo que les conditions sont déplorables dans les prisons togolaises malgré les efforts accomplis par les autorités notamment la construction de la prison de Kpalimé », a indiqué Aimé ADI, responsable de la branche togolaise d’Amnesty international.

Très souvent, il n’y a pas de distinction  entre condamnés et prévenus, tous sont logés à la même enseigne. « Je suis ici depuis 2010 pour vol et je n’ai jamais rencontré un juge à tel point que je me dis je suis oublié ici. Même les membres de ma famille ne me rende pas visite », confie Kofi croisé à l’intérieur de la prison de Lomé.

« Un prévenu reste  un prévenu tant qu’il n’a pas été jugé il reste un innocent et donc si une personne innocente passe par les portes de la prison, il ne faut pas s’entendre à avoir un bon citoyen, donc vaut mieux que l’Etat  prenne des moyens pour accélérer les procédures », plaide M. ADI.

A l’intérieur des cellules, des sacs en plastique communément appelés « Bafana Bafana » contenant les effets des détenus sont accrochés au mur.

Pour gagner plus de place devant chaque cellule des appâtâmes de fortunes sont faits. La cour de la prison est un lieu de vie commune, une fois les cellules ouvertes,  les gardiens ne s’aventurent que très rarement.

Alors que les régisseurs et les chefs de sécurité des prisons doivent s’accorder sur le rôle de chacun, le constat est qu’il y a un problème de coordination entre les régisseurs et les chefs de prison. Certains chefs de prison rendent comptent à une autre hiérarchie alors que c’est le régisseur qui est censé être le premier responsable de la prison. Cette faille de coordination fait qu’il est parfois  difficile de voir la discipline dans les prisons. Une situation  qui doit interpeller les autorités surtout que le personnel n’a pas un statut clair.

La lenteur judiciaire combinée à la corruption contribue à la surpopulation carcérale. Beaucoup de personnes en détention préventive passent illégalement trop de temps à la prison  en attendant leur jugement. « Il y a un grand nombre de personnes détenues sans inculpation, qui attendent très longtemps leur jugement en partie à cause de la lenteur du système judiciaire », analyse un défenseur des droits de l’Homme.

« Pour abus de confiance, je fus jeté à la prison depuis deux mois. Finalement mon plaignant a retiré sa plainte mais le juge refuse de me libérer. Suite au refus du juge de me libérer, le plaignant m’a fait dire d’aller lui remettre quelque chose pour qu’il me libère », confesse Yao.

« La prison de Lomé c’est l’enfer. Je me suis rendu compte depuis que je suis ici depuis sept mois pour une affaire de violence volontaire sur autrui. Regardez  ma peau », témoigne Essowè. Il poursuit que dans sa cellule de 50 personnes, ils ne font leur besoin que la nuit et le lendemain matin, une personne est chargée de vider la bassine qui recueille ces besoins. Certains détenus ont eu des infections urinaires après que leur partie génitale ait touché le gobelet qui sert à recueillir l’urine. Les nuits quand les prisonniers ont des malaises, il faut pouvoir payer le chef bâtiment avant qu’il ne sonne l’alerte. Parfois même quand il le fait, c’est trop tard ou le personnel soignant n’est pas aussi présent, nous signale-t-il avant de conclure que seul le paracétamol est administré pour toute maladie.

Une accusation démentie par un responsable de la prison de Lomé sous couvert de l’anonymat.

Le fait est qu’on a quelques infirmiers détachés dans les prisons du Togo. Mais ces derniers ne peuvent pas assurer la pleine santé aux détenus, il faut aussi les moyens, les produits, et un système d’évacuation adéquate.

REPAS D’ANIMAUX :

La malnutrition sévit dans les prisons togolaises. L’administration pénitentiaire ne fournit qu’un repas par jour. Deux boules de pâtes et une  sauce dite « sauce miroir ou gbokaya »  de mauvaise qualité, selon les détenues, sont servies aux prisonniers. La plupart d’entre eux  refusent d’en consommer. Seuls ceux que les parents ne visitent pas sont contraints de la consommer.

« Je suis ici depuis sept mois mais je n’ai jamais mangé la nourriture d’ici. Elle est de mauvaise qualité qu’en la regardant j’ai envie de vomir. Je la prends quand même pour la remettre à d’autres détenus qui viennent me faire l’entretien », confie Dieudonné, un détenu logé à l’étage. Il accuse le personnel pénitentiaire de détournement  de condiments devant servir à la préparation de mets aux prisonniers.
Alors que l’effectif dans les prisons ne cesse d’accroitre, le budget alloué à ces centres de détention- (la majeure partie du budget va dans l’alimentation des pensionnaires)- ne suit pas le même rythme, déplore un agent de l’Administration pénitentiaire.

Une situation alimentée par le fait que les prisons n’ont pas bonne presse au sein de l’opinion. « Les gens n’ont pas un bon regard des prisons, ils pensent que l’Etat ne doit pas dépenser assez de sous pour consacrer à la vie des détenus», souligne M. ADI.
De plus les familles des détenus  ne font pas grand-chose  pour aider les personnes en détention à part les églises ou certaines associations comme la Fraternité des prisons qui font des actions sporadiques.

LES FEMMES AUSSI :

138 femmes pensionnaires des prisons du Togo dont une quarantaine à la prison civile de Lomé et sept à Tsévié. Selon l’Administration pénitentiaire, les conditions des femmes sont plus satisfaisantes dans la mesure où cette catégorie de la population carcérale vit dans des unités moins pénibles. Celles qui ont des enfants peuvent les garder jusqu’à l’âge de sevrage (3 ans au plus). Tel est le cas Mme Bokor que nous avons croisé à la prison de Tsévié avec son nourrice de six mois.
Pour cette dame qui a été condamné à un an de prison qui vient de boucler les deux mois avec son enfant, la prison n’est pas un bon endroit à vivre avec son enfant.
« A cause de la chaleur suffocante, la nuit il ne fait que crier. Récemment, j’ai remarqué du sang dans ses besoins. Quand j’ai consulté l’infirmier, il m’a demandé de ne pas lui donner de l’eau que nous buvons et de cesser de l’allaiter », confit-elle  craintive Mme Bokor.


Lieu de tous les trafics

Certains détenus reçoivent des plats de leur famille. D’autres cuisinent eux-mêmes leur repas. La prison civile de Lomé est aussi un vaste marché. On y vend tout jusqu’à la drogue. Devant nos yeux, nous avons pu apercevoir deux prisonniers en train d’emballer la poudre blanche sans aucune précaution.
Un volontaire des droits de l’Homme qui a séjourné dans notre pays a fait la confidence selon laquelle il a visité plusieurs prisons de par le monde mais jamais il n’a croisé celle togolaise.
Bien que l’usage de téléphone portable soit strictement interdit aux détenus, il est à noter aujourd’hui que la plupart des prisonniers de Lomé détiennent un portable. « Ce sont ces prisonniers détenteurs de téléphones portables qui sont responsables des escroqueries par téléphones ou qui appellent des gens pour leur dire qu’ils ont gagné tel montant. Ils savent qu’ils n’ont plus rien à perdre quand on les arrête puisqu’ils sont déjà en prison », nous confie un responsable d’une association de défense des droits des personnes détenues.

Souvent lorsqu’un problème survient l’administration pénitentiaire procède à des fouilles dans les cellules et les téléphones sont confisqués. Mickael, ressortissant nigérian qui purge dans quelques mois ses neuf années pour trafic de drogue, se réjouit de ce que l’administration pénitentiaire ferme les yeux sur l’entrée des portables dans la prison.
« Vivre en prison pour un étranger c’est difficile. Mais les choses ont évolué ces derniers temps et je remercie l’administration qui nous facilite la vie en fermant les yeux sur l’entrée des portables. Grâce à cela la vie est devenue facile pour nous », relate-t-il.


Organisation interne des détenus

Le chef de cour (CC)
Le chef de cour est désigné par le régisseur sur proposition du surveillant en chef pour une période de six mois non renouvelable et suivant les critères ci après :
-il doit être condamné pour les faits délictuels ;
-il doit être un délinquant primaire et de bonne moralité ;
-la peine qui lui reste à purger doit être comprise entre huit et douze mois ;
– il peut être révoqué à tout moment

Le chef bâtiment (CB)
le CB est désigné par le régisseur après consultation du surveillant en chef sur proposition des détenus du bâtiment pour une durée de quatre mois renouvelable une fois et suivant les critères ci après :
-il doit être un délinquant primaire et de bonne moralité
-il peut être révoqué à tout moment.

Le Chef sécurité (CS)
Il est désigné par le surveillant en chef après avis du régisseur pour une période de quatre mois renouvelable une fois et suivant les critères ci-après :
-il doit être déjà condamné pour les faits délictuels ;
– il doit être un délinquant primaire et de bonne moralité
-la peine qui lui reste à purger doit être comprise entre huit et douze mois.

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