A Kpalimé, le chemin de croix de Mgr Benoit Alowonou

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Ils ont promis lui rendre la vie infernale. Ils tiennent leur promesse. Les révérends pères Yves Paul Azaglo, Gerson Galey et Daniel Agbadji font de l’épiscopat de leur évêque Mgr Benoît Alowonou, un chemin de croix. Ces « Che Guevara « en soutane, le béret du bolivien et la vertu en moins, ont franchi le rubicon dans leur combat particulier en faveur de tout sauf de l’église et de ses ouailles, lors de la messe chrismale du 28 mars dernier, à travers des actes dont leur simple foi aurait dû les en dissuader. Malgré l’implication diligente de la Conférence des évêques du Togo ( CET) dans la crise, les rappelant à leurs obligations et serments, les « frondeurs » n’en démordent pas, alliant à satiété insubordination et menace, sur fond de relents régionalistes

Depuis plusieurs mois, le diocèse de Kpalimé fait face à une fronde menée par quatre (O4) prêtres contre leur évêque, Monseigneur (Mgr) Bénoît Comlan Alowonou, qui a succédé le 29 septembre 2001 à Mgr Pierre Kofi Seshie, premier évêque du diocèse, décédé après seulement six (06) années d’épiscopat. L’élément déclencheur remonte à 2016. Au beau milieu de l’année et sans qu’aucun signe précurseur ne l’annonce, le calme habituel caractérisant ce diocèse va être troublé par la publication d’un courrier plutôt surprenant par son ton et son contenu. Signé par un groupe de 04 prêtres ( en fait 05, le RP Jean-Claude Atsutsé prendra rapidement ses distances avec le mouvement pour participer pleinement à la vie du diocèse sous l’autorité de son évêque) , notamment les révérends pères ( RP) Yves Paul Azaglo, Gerson Galey, Alexandre Anibri et Daniel Agbadji, il s’en prenait à Mgr Benoît Alowonou. La lettre entendait dénoncer sa « gestion opaque » du diocèse, et l’accusait de procéder à des affectations qualifiées de punitives. Elle n’est pas sans rappeler le brûlot publié 5 ans plutôt déjà par le RP Azaglo, dans lequel, alors curé de Kpekpemé, il reprochait à son évêque, sa mauvaise gestion financière et pastorale, refusant par la même occasion sa nomination comme vicaire à la paroisse Sts Pierre et Paul de Notsé, avant finalement de céder et d’accepter d’être nommé curé à la paroisse St Joseph de Danyi Koudzravi où il exerce actuellement son ministère sacerdotal.

Selon une déclaration rendue publique par la CET, celle-ci révèle s’être impliquée par plusieurs missions dans la recherche d’un dénouement heureux de la crise. La première a été une série de rencontres que l’archevêque métropolitain, Mgr Denis Amuzu-Dzakpah, délégué par ses pairs, a eues en juin 2016 avec le collège des consulteurs diocésains, avec les quatre prêtres signataires et avec Mgr Alowonou lui-même. Ces entretiens ont permis aux protagonistes de la « crise » encore embryonnaire, de mettre en place un plan de gestion de crise, indiquent les évêques togolais.

Une deuxième mission composée de l’archevêque de Lomé, des évêques Jacques Anyilunda et Nicodème Barrigah-Bénissan a organisé également en 2017, plusieurs rencontres avec l’évêque de Kpalimé, avec les consulteurs et des délégués de la fraternité des prêtres diocésains de Kpalimé ainsi qu’avec les quatre prêtres signataires.

La même mission des trois évêques s’est poursuivie quelques mois plus tard par des rencontres avec deux des quatre prêtres signataires qui avaient opposé un refus catégorique à leur nouvelle nomination décidée par l’évêque de Kpalimé, estimant que c’est une nomination « punitive ».

En octobre 2017, au cours de leur session ordinaire qui a eu lieu à Kpalimé, selon les tours par diocèse, tous les évêques réunis ont écouté Mgr Alowonou, puis les deux prêtres, à savoir les RP Anibri et Azaglo. Ils ont également écouté quelques membres du collège des consulteurs. Après des échanges profonds sur le sujet, les évêques ont pu obtenir de leur confrère, la concession d’accepter de changer les nominations pour ces deux prêtres qui, de leur côté, ont accepté de quitter leur poste.

MALGRE LE NONCE APOSTOLIQUE :

Les évêques soutiennent qu’au cours des semaines qui ont suivi leur mission, les RP Anibri et Azaglo ont refusé de quitter leurs anciens postes. Malgré l’intervention du nonce apostolique qui les a rencontrés et leur aurait parlé « paternellement », leur proposant même plusieurs options de solution, notamment la possibilité, acceptée par leur évêque, de leur trouver un diocèse d’accueil même hors du Togo s’ils le souhaitent. Finalement, seul le père Anibri s’exécutera ; son confrère Azaglo préférant s’enfermer dans une logique de désobéissance et de bras de fer avec la hiérarchie de l’église.

LE SCANDALE DE LA MESSE CHRISMALE:

A la tête d’un trio qui défie désormais l’autorité de leur évêque, le RP Azaglo fera avec ses confrères des réseaux sociaux, son terrain d’expression de prédilection.

Où par des écrits et des vocaux, calomnies, atteinte à l’honneur vont se le disputer aux allégations diffamatoires et mensongères. Avec la proportion que prenait cet état de choses, la CET va dépêcher 21 mars 2018, cinq (05) évêques à Kpalimé pour rencontrer tous les prêtres de ce diocèse. Le clergé de Kpalimé a alors fait part à cette délégation sa tristesse et pris l’engagement d’exprimer publiquement sa désapprobation vis-à-vis de cette manière d’agir et de condamner ces calomnies lors de la messe chrismale prévue pour le 28 mars ( lire par ailleurs ce que représente cette messe pour les catholiques)

Ce jour-là, pour empêcher que ledit message soit lu, le trio des « révolutionnaires » va provoquer un véritable sacrilège. Avant le début de la messe célébrée en la cathédrale Saint-Esprit de Kpalimé, une dizaine de jeunes surexcités, inconnus de la paroisse, armés de pierres, ont tenté de faire irruption dans l’église afin d’en découdre avec l’évêque. Il a fallu l’intervention de la police et de la gendarmerie pour maîtriser le groupe qui a tout de même blessé un laïc chargé de la sécurité.

Par la suite, le RP Azaglo en premier, suivi de Galé et de Gbadji vont s’ accaparer tour à tour du micro pour lancer des propos scandaleux vis-à-vis de leur évêque en pleine cérémonie liturgique, pour se départir du message qui venait d’être lu, et inviter les fidèles à faire en sorte que la messe chrismale soit annulée.
« Nous sommes divisés au sein de la communauté des prêtres. Or, nous devrions régler tous les différends qui nous opposent avant la tenue de cette messe au cours de laquelle nous renouvelons notre engagement de prêtre. Et le prêtre qui n’est pas uni à son évêque ne doit pas faire la cérémonie proprement dite. C’est pourquoi la tenue de cette messe n’est pas opportune », a ainsi déclaré le RP Azaglo. Avant d’entonner un chant patriotique populaire « Fofo si nusé lé.. » (A dieu la force) ( sic). « Notre évêque fait souffrir certain d’entre nous » s’est pour sa part lamenté le père Gbadji. Troubles et violences s’en suivirent pendant plus d’une heure avant que ne revienne le calme. Au surplus, le « trio infernal » restera ostensiblement assis au moment où, démonstration ultime du caractère ultra minoritaire et personnel de leur mouvement, les 90 autres prêtres présents renouvelaient, debout devant l’évêque, leurs promesses sacerdotales (lire en encadré ce que sont les promesses sacerdotales).

SANCTIONS:

Il est clair qu’aujourd’hui, ces révérends qui n’ont de prêtre que d’habits, sont entrés dans une escalade qui ne peut être interrompue que par de réelles sanctions. « Pour l’exemple et pour que de tels comportements scandaleux ne se répète, ils doivent être sévèrement punis » soutient un prêtre du diocèse.
En écho, le président de son comité paroissial de s’interroger : « doit-on se choisir là où on doit servir les fidèles de l’Eglise quand on est ordonné ? En quoi et pour quel intérêt l’affectation d’un berger peut être assimilé à une affectation punitive quand on fait le voeu de servir Dieu et l’Eglise partout où besoin sera »,s’indigne –t-il. Circonstance aggravante, c’est l’appel que font des prêtres au ressort régionaliste, martelant qu’ »eux sont fils de Kloto .» Alors que les affectations auxquelles ils s’opposent fondées pour l’essentiel et motivées par des affaires de malversations financières, des conflits avec les paroissiens, de mœurs etc.

De fait, la CET réunie en session extraordinaire la semaine dernière à Sokodé, a « recommandé » à Mgr Alowonou de faire respecter les dispositions du saint droit canon. Ce dernier, malgré les attaques calomnieuses, et alors que ses contempteurs s’épanchent sur les réseaux sociaux, préfère « tout confier à Dieu dans la prière et le silence ». « Il n’abandonnera pas son église » confie-t-il à ses visiteurs du soir.

Qui sont les frondeurs ?

RP Yves Paul Azaglo : Né le 17 septembre 1970. Il a été ordonné le 03 décembre 2005 par Mgr Benoit Alowonou. Ses confrères racontent comment il aurait dû être renvoyé du grand séminaire, déjà pour des comportements indignes. Mais a été envoyé en stage à Adéta, à la demande de Mgr Alowonou, recadré avant d’être finalement ordonné. Curé de la paroisse St Joseph de Danyi Koudzravi. Il aurait dû rejoindre la paroisse St Jean Baptiste de Kpalimé Kpogandji comme vicaire sous le RP Akotiaté.
RP Daniel Gbadji : Né le 10 décembre 1965. Ordonné prêtre le 13 février 1999 par feu Mgr Pierre Seshie. Impliqué dans une sordide affaire de falsification de signature en vue d’obtenir un visa pour les Etats-Unis où il séjourna quelques temps, avant de revenir au Togo, expulsé soutiennent les mauvaises langues. Depuis son retour des USA, il ne s’était jamais approché de son évêque, vivait sans paroisse et avait élu domicile à Adidogome, désavoué par ses pairs, avant sa rocambolesque apparition à la messe chrismale du 28 mars.

RP Gerson Galé : Né le 26 juillet 1968. Ordonné le prêtre le 3 décembre 2005 par Mgr Benoît Alowonou, ensemble avec Azaglo. Semble n’avoir pas digéré son départ en 2016 de la Radio Maria dont il attribue la responsabilité à Mgr Alowonou. Il est donc dans une vendetta personnelle. Pourtant, d’après nos informations recueillies auprès de ses anciens collègues de la radio, c’est sa gestion approximative et opaque, ainsi que ses difficiles relations avec les animateurs de la radio, qui ont valu son éviction. Ancien pensionnaire du grand séminaire Jean-Paul II, il en fut écarté avant d’être récupéré par Mgr Alowonou et envoyé à celui de Ouidah pour y finir sa formation. Curé de la paroisse St Joseph d’Assahoun Fiagbé.

RP Alexandre Anibri : Né le 22 avril 1976. Ordonné le prêtre le 09 août 2008 par Mgr Alowonou. Sous la menace d’une mise à l’écart par le grand séminaire Jean-Paul II, il fut envoyé en stage par Mgr Alowonou puis ordonné prêtre. Au début avec les frondeurs, il s’en est depuis désolidarisé.

La messe chrismale

La messe chrismale a lieu durant la Semaine Sainte : dans le rite catholique latin, la messe chrismale n’appartient pas, au sens strict, au Triduum pascal. Si elle a lieu le plus souvent le Jeudi Saint au matin, elle peut être transférée à un autre jour, pourvu qu’elle soit proche de Pâques.

Durant la messe chrismale, l’évêque bénit les autres huiles saintes et consacre le Saint Chrême. Cette huile servira dans les baptêmes de Pâques puis tout au long de l’année pour les sacrements du baptême, de la confirmation et de l’ordre.

Au cours de cette messe qui manifeste l’unité de toute l’Église diocésaine autour de son évêque, les prêtres renouvellent leurs promesses sacerdotales : vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus, chercher à lui ressembler, renoncer à eux-mêmes, être fidèles aux engagements attachés à la charge ministérielle, célébrer les sacrements, annoncer la Parole de Dieu avec désintéressement et charité.

Rénovation des promesses sacerdotales.

Le jour de leur ordination sacerdotale, chaque prêtre s’est engagé à servir dans l’obéissance à l’évêque. Au cours de la messe chrismale, après l’homélie, ils sont invités à renouveler cet engagement.
Ce rite, prévu par la liturgie, que les prêtres rebelles de Kpalimé ont refusé d’exécuter, s’appelle plus précisément : « La Rénovation des promesses sacerdotales ». Il est articulé au tour de deux dialogues, d’abord entre l’évêque et les prêtres et ensuite entre l’évêque et l’assemblée. Celle-ci reste assise pendant tout le rite. On ne dit pas le Credo. On omet la Prière universelle.
Voici comment ce déroule le rite de la Rénovation des promesses sacerdotales :
L’Archevêque : Fils très chers, en cet anniversaire du jour où le Christ notre Seigneur fit partager son sacerdoce à ses Apôtres et à nous aussi, voulez-vous, devant votre Evêque et devant le peuple de Dieu, renouveler les engagements que naguère vous avez pris ?
Les prêtres : Oui, je le veux.
L’Archevêque : Au jour de notre ordination sacerdotale, par amour du Christ et pour le service de son Eglise, nous avons reçu avec joie la charge du ministère qui nous était confiée. Voulez-vous être toujours plus attachés au Seigneur Jésus et semblable à lui, dans le renoncement à vous-mêmes, dans la fidélité aux engagements attachés à notre mission dans l’Eglise ?
Les prêtres : Oui, je le veux.
L’Archevêque : Nous devons être les fidèles dispensateurs des mystères de Dieu par la sainte eucharistie et les autres célébrations liturgiques, et annoncer la Parole de Dieu. Voulez-vous, à la suite du Christ, notre chef et notre pasteur, accomplir fidèlement ce ministère, dans le désintéressement et l’amour de tous ?
Les prêtres répondent ensemble : Oui, je le veux.
L’Archevêque se tourne vers l’Assemblée :
L’Archevêque: Et vous, mes frères, priez pour les prêtres : que le Seigneur répande sur eux ses dons en abondance, afin qu’ils soient les fidèles serviteurs du Christ Souverain Prêtre, et vous conduisent jusqu’à lui, unique source du salut.
L’Assemblée : Seigneur, écoute-nous, Seigneur, exauce-nous.
L’Archevêque : Priez aussi pour votre Evêque : que je sois moi-même fidèle à la charge apostolique qui m’a été confiée ; que je sois de plus en plus, au milieu de vous, l’image vivante du Christ, lui qui est le Prêtre, le Bon Pasteur, le Maître et le Serviteur de tous.
L’Assemblée : Seigneur, écoute-nous, Seigneur, exauce-nous.
L’Archevêque: Que le Seigneur nous conserve les uns et les autres dans son amour ; qu’il conduise lui-même les pasteurs et leur peuple jusqu’à la vie éternelle.
Tous : Amen.

 

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