Circoncision : Entre vertu sanitaire et performance sexuelle, les raisons de l’expansion d’un rite ancestral

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Pratique très ancienne dans la tradition africaine, la circoncision est parfois décriée voire critiquée, notamment lorsqu’elle concerne les jeunes filles : elle est alors appelée excision. Celle-ci est en voie de disparition parce que considérée aujourd’hui comme une mutilation génitale et combattue. La circoncision continue malgré tout à survivre au temps et à connaître même une certaine expansion lorsqu’elle est pratiquée sur les hommes. Pour quelles raisons ? Eléments de réponse de FOCUS INFOS.

Rite largement répandu en Afrique, la circoncision est un geste chirurgical consistant à retirer le prépuce, la petite peau qui recouvre le gland à l’extrémité du pénis. Selon les recherches de Cheick Anta Diop, pour nos ancêtres, le créateur est un être androgyne, c’est-à-dire qu’il possède la double nature (mâle et femelle). Ce qui lui permet de créer des êtres mâle et femelle. Dans la pensée africaine, l’être humain est un être divin. Lorsqu’il vient au monde, c’est-à-dire l’enfant mâle (le garçon) comme l’enfant femelle (la fille) sont égaux et considérés comme possédant physiquement et spirituellement à l’instar du créateur, cette nature androgyne.
Or, pour nos ancêtres, cette androgynie originelle est une ambigüité pouvant constituer un frein aux rapprochements (couples, flirts, mariages) entre les personnes mâles et femelles, dans la mesure où ils considéraient le mariage comme la fusion du principe mâle avec le principe femelle dans le but de ne faire qu’un seul corps (androgynie) et de reproduire la nature divine du créateur (androgyne) ; permettant à ceux qui sont unis de faire comme le créateur, en « créant », c’est-à-dire en engendrant des êtres mâles et femelles.
En naissant avec cette androgynie originelle, les êtres possèderaient à la naissance la double nature. Ce qui aurait pour fâcheuse conséquence que l’être masculin (possédant la double nature et se suffisant à lui-même) n’aura plus besoin de s’approcher de l’être féminin pour fusionner (puisqu’il possède la double nature femelle). Idem pour l’être féminin qui n’aura plus besoin de s’approcher de l’être masculin pour fusionner (puisqu’il possède la nature femelle et se suffit donc à lui-même).
Or, si les deux êtres masculins et féminins ne se rapprochent pas, il n’y a pas de fusion sexuelle, et partant, plus d’enfants, plus de reproduction de l’espèce, blocage du cycle de vie, disparition de l’espèce humaine à long terme…

De fait, la circoncision constituait donc une étape des initiations et consistait à retirer à l’être humain masculin ce qu’il avait de féminin afin qu’il devienne entièrement masculin ; et à retirer à l’être humain féminin ce qu’il avait de masculin afin qu’il devienne purement féminin.
Ceci permet à ces deux caractères (féminin et masculin) de se rapprocher (attirances mutuelles, alliances, unions, mariages…) chacun s’approchant de l’autre afin de compléter la part (de masculin ou de féminin) manquante, de fusionner sexuellement, de reproduire l’espèce humaine…Et il n’y aura plus de blocage de vie, ni de disparition de l’espèce humaine.
RELIGION :
Dans la tradition judéo-chrétienne, la circoncision est une prescription divine. Selon le « Commentaire biblique contemporain », la circoncision est le signe visible de l’intimité invisible entre Dieu et son peuple. Celui-ci s’est manifesté par l’appel de Dieu à Abraham alors qu’il serait déjà âgé de 90 ans et plus tard à Moïse de se circoncire en signe d’alliance avec lui. Ainsi tout mâle doit être circoncis au 8ème jour de sa naissance. Pour le pasteur Sanvi de l’Eglise Baptiste de Tokoin Solidarité, le choix du 8ème jour n’est pas fortuit puisqu’aujourd’hui, « l’évolution des recherches scientifiques révèle qu’à ce moment, une hormone secrétée par le sang accélère sa coagulation. » « Dieu sait qu’au 8ème jour, il n’y a pas de risque d’hémorragie pouvant entraîner la mort »a soutenu l’homme de Dieu. Ajoutant tout de même que la circoncision telle que pratiquée au temps d’Abraham n’est plus nécessaire : « Ce que Dieu exige de nous aujourd’hui, c’est davantage une circoncision du cœur » a-t-il confié.

Les musulmans pratiquent également la circoncision pour « confirmer leur rapport à Dieu » et la pratique est connue sous le nom de « tahera » qui signifie « purification ». Ici, aucune indication n’est clairement définie quant à l’âge pour se faire circonscrire. Néanmoins, le prophète Mahomet aurait recommandé qu’elle soit pratiquée à un âge précoce : il aurait lui-même circoncis ses propres fils sept (7) jours après leur naissance. De fait, nombre de musulmans le pratiquent à cette date ; même si en général ils le font entre la naissance et la puberté.

AFFIRMATION D’IDENTITE

Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 2009 environ 30% des hommes de plus de 15 ans étaient circoncis dans le monde. Au Togo, la circoncision est présente dans la presque totalité des ethnies pour des raisons religieuses ou initiatiques. Même si le plus souvent il n’y a aucun âge admis dans les coutumes locales pour circoncire un enfant, il faut cependant le faire peu après la naissance. A cause de l’ostracisme et de moquerie dont sont victimes les non circoncis. La plupart des personnes interrogées expliquent que leur circoncision par la tradition et le fait que leurs parents eux-mêmes étaient circoncis. Selon Djimado, ce sexagénaire rencontré à Aklakou, une localité située à quelques dizaines de km au Nord-Est de la ville d’Aného, jadis, les enfants mâles jouant dans la cour , étaient surpris et amenés de force dans un enclos, pour y subir la circoncision , des mains d’un « circonciseur » à qui rendez-vous avait été donné discrètement par les parents. Mais aujourd’hui, la circoncision traditionnelle y est quasiment bannie, comme l’ont confirmé tous ceux qui ont été interrogés. « Nous préférons accompagner nos enfants dans les hôpitaux pour éviter des maladies transmissibles et les complications » ont-ils confié.
Mais Aklakou n’est pas représentatif de ce qui se passe dans le reste du pays où certaines localités pratiquent toujours la circoncision traditionnelle. Raison évoquée : dans les hôpitaux, l’opération se passe parfois mal avec des prépuces mal coupées entraînant un mauvais développement du pénis ; ou encore pour ses enfants, faire confiance au « même circonciseur » que soi-même.
Précisons que si la circoncision concerne en grande majorité les jeunes garçons, on rencontre tout de même des adultes qui se font circoncire, ne l’ayant pas fait avant, comme nous le confirme monsieur Louis Adantélé, « maître circonciseur ».

AVANTAGES SANITAIRES ET SEXUELS

Plus récemment, la pratique de la circoncision dans le monde s’est accrue parce qu’on a pensé qu’elle apportait une meilleure hygiène et réduisait les risques d’infection.
Aux Etats-Unis, une étude faite en 1983 sur des nouveau-nés a montré que les mères citaient l’hygiène surtout l’amélioration de l’hygiène « pénienne » comme premier facteur déterminant du choix de la circoncision pour leurs fils. Et au Ghana, la circoncision masculine est considérée comme une purification de l’enfant après la naissance.
Une amélioration perçue de l’attirance et de la performance sexuelle peuvent également motiver la circoncision. Les garçons pensent que les femmes préfèrent avoir des rapports sexuels avec un homme circoncis et que c’était là une des raisons de le faire et des hommes affirment que la circoncision pouvait augmenter le plaisir sexuel.
La prévention de maladies telles que le cancer du pénis, les maladies sexuellement transmissibles et le VIH sont aussi cités.
Depuis 2007, en Afrique du Sud, il existe des campagnes de circoncision volontaire initiées par l’Organisation Mondiale de la Santé dans le but de prévenir la transmission du virus du sida. Il semblerait en effet que la circoncision diminuait les risques de transmission du VIH. Mais il est évident qu’elle ne se substitue pas à l’efficacité du port du préservatif.

Contrairement à l’excision, cette pratique qui est pratiquement abandonnée un peu partout et sur le continent noir, pour des raisons d’esthétisme et d’entrave à l’épanouissement sexuel, la circoncision a résisté au temps et est encore un rite très apprécié que subissent la plupart des garçons africains. Cependant, avec la prolifération des maladies sexuellement transmissible, on doit veiller à ne pas contaminer le circoncis.

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