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DIALOGUE : Faut-il y croire?

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Les protagonistes de la crise togolaise vont (enfin ?) peut-être ouvrir des rounds de discussions. Aux termes d’un communiqué rendu public en début de soirée du 1er février dernier, le ministre de la Sécurité nationale du Ghana  Albert Kan-Dapaah  et le ministre d’Etat de la Guinée  Tibou Kamara, représentant leurs chefs d’Etat respectifs, ont annoncé que l’ouverture du dialogue politique aura lieu le 15 février à Lomé. Après six (6) mois de tensions, plusieurs victimes civiles et militaires, des dégâts matériels importants et un ralentissement subi par  l’économie, cette nouvelle laisse entrevoir la  fin de la période de turbulences. Sans tout de même aucune  certitude.

 

Le  ministre  de la Sécurité nationale du Ghana Albert Kan-Dapaah  et le ministre d’Etat de la Guinée Tibou Kamara, ont effectué du 31 janvier au 1er février, une mission de travail à Lomé en vue de faire le point de la situation. Celle-ci s’inscrivait dans le cadre des efforts de leurs chefs d’état respectifs, Alpha Kondé et Nana Kuffo Addo, visant à favoriser et à entretenir le dialogue politique inter-togolais. A l’issue des échanges et des consultations avec les principaux acteurs et la coalition des 14 partis, il a été convenu de l’ouverture du dialogue politique le lendemain de la Saint Valentin.

La question liée aux préalables posés par l’opposition a été tranchée. De fait, les personnes  faisant l’objet d’une détention provisoire dans le cadre de l’affaire des incendies des marchés de Kara et de Lomé seront examinés de manière prioritaire à l’ouverture du dialogue ; le texte précisant « dans un esprit d’apaisement. » Quant aux autres personnes encore en détention pour des faits commis dans le cadre des manifestations publiques organisées depuis le 19 août 2017, notamment celles dont la liste a été établie par la coalition, leur cas sera examiné dans le même esprit et dans le respect des procédures judiciaires.

En outre, le communiqué annonce que les acteurs conviennent de la suspension des manifestations publiques à compter de la publication de la date du dialogue (soit le 02 février dernier) et ce jusqu’à sa tenue et pendant tout son déroulement. Et indique que la liste des participants et l’agenda du dialogue seront déterminés dans le cadre des travaux préliminaires.

PESSIMISME. 

Quelques heures seulement après la publication du communiqué des deux ministres, la réaction du G14 a été lue par bon nombre d’analystes  annonciatrice d’un échec programmé. En effet, dans sa sortie, le coalition déclare avoir pris acte du texte du Ghanéen et du Guinéen, tout en demandant des clarifications et maintenant les manifestations prévues le lendemain, contrairement à l’avant dernier point présenté par les deux émissaires sous- régionaux.

Au demeurant, les plus pessimistes soutiennent que ce dialogue serait le 24è (voir la liste ci-contre) que feraient le pouvoir et l’opposition et connaîtra  donc le destin de ses précédents.

Par ailleurs, après une demi-année de crise, certains des acteurs ne semblent  pas pressés d’aller à une table de discussions, parce qu’en réalité ils n’y ont pas grand intérêt, politiquement. En effet, la situation a révélé la figure de Tikpi Atchadam qui truste aujourd’hui le statut de tête de proue de l’opposition, sur le terrain du radicalisme et du populisme, longtemps fond de commerce de Jean-Pierre Fabre.

Un dialogue qui rétablirait une    vie politique institutionnelle normale arriverait trop tôt pour lui. «  La persistance de la crise est du pain béni pour Atchadam qui mise sur le moyen et le long terme et n’a aucun intérêt à entrer dans les rangs d’une vie politique classique » analyse cet enseignant à l’Université de Lomé. Obligé tout de même par des contingences externes  à y participer, ce sera à reculons et il ne fera aucun effort pour qu’il réussisse.

Dans ce contexte, l’ANC et Jean-Pierre Fabre ont tout à gagner à la réussite  de ce dialogue, pour reléguer derrière eux le PNP et Tikpi Atchadam, le temps jouant contre eux. «  Mais si lors des discussions, le PNP prenait des positions qui devraient aboutir à l’échec du dialogue, l’ANC le soutiendra, à son corps défendant, pour ne pas paraître plus modéré devant l’opinion que le PNP » explique l’enseignant.

Ce mano-mano entre l’ANC et le PNP peut être l’une des  clés de réussite ou d’échec du round de négociations, en plus de la nature et du niveau de   concessions que le pouvoir serait prêt à faire.

                                                                                              RAISONS D’ESPERER :               

Malgré tout, plusieurs facteurs donnent des raisons d’espérer. En effet, après ces mois difficiles, la lassitude est le mot qui caractérise le mieux l’état d’esprit des Togolais.

Tout le monde n’a qu’une envie : que la crise soit résorbée, d’autant que ses effets, notamment sur les activités économiques sont de plus en plus ressentis durement.

Au surplus, malgré le match ANC-PNP, l’opposition dans sa majorité souhaite en finir, encouragée il est vrai par l’impasse dans laquelle elle s’est enfermée et face à une mobilisation que se dément par rapport à ce qu’elle fût il y a encore  trois mois.

Quant au pouvoir, il a tout aussi intérêt à faire preuve de souplesse et à lâcher du lest sur la question des réformes institutionnelles et constitutionnelles, afin de créer les conditions de la poursuite d’une politique socio-économique  transformatrice du pays et de la vie quotidienne des Togolais.

«  Au regard des effets néfastes et préjudiciables de la situation actuelles sur la cohésion nationale et les activités économiques, personne n’a intérêt à rechercher une pérennisation d’un climat de crispation » a ainsi rassuré par exemple  Gilbert Bawara.

Qui , peut-être signe des temps, tout en recadrant Brigitte Adjamagbo-Johnson après sa réaction suite au communiqué de Kamara et Kan-Dapaah, soutenant que le texte a été le fruit d’échanges ainsi que  de consultations entre les parties et signé en présence de leurs représentants, n’en a pas rajouté.

Le ministre de la Fonction publique a même essayé de trouver une explication au maintien de la manifestation du G14, indiquant que l’on « peut comprendre que des activités politiques déjà planifiées et annoncées auparavant ne soient pas affectées par les nouveaux développements ».

Depuis, en écho, la coordinatrice de CAP 2015 a indiqué lundi dernier chez nos confrères de Nana FM que « l’opposition ira au dialogue dans l’esprit de ramener des solutions durables à la crise ».

Plusieurs partis dont par exemple le Nouvel Engagement Togolais ( NET) de Gerry Tamaa , non membre du G14, ont pour leur part salué l’annonce du dialogue et déclaré qu’il marquera la fin de plusieurs années de tensions.

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