ENQUETE AFRO BAROMETRE :le paradoxe togolais.

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Le Center for Research and Opinions Polls (CROP) a publié le 19 avril dernier les résultats d’une enquête d’opinion des Togolais sur les grandes questions politiques actuelles du pays. Menée entre le 11 et le 23 novembre dernier sur un échantillon de 1200 adultes togolais répartis sur les 5 régions économiques du pays, elle fait partie d’une batterie comparative d’enquêtes nationales qui mesure les attitudes publiques envers la démocratie, la gouvernance, l’économie, le leadership, l’identité ainsi que d’autres questions y afférents, dénommées Afro Baromètre. Les conclusions confirment les grandes tendances qui font consensus dans le pays tout en révélant des paradoxes sur des sujets agitant la vie politique dans notre pays.

Selon les résultats Afro Baromètre, sans surprise, 87% des Togolais soutiennent la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels. C’est une tendance lourde qui perdure dans le temps, puisque ce chiffre était déjà élevé lors de précédentes enquêtes, avec 84% en 2012 et 85% en 2014 ; soit 3 points de plus en 3 ans. Ce résultat n’a guère rien d’étonnant puisque un consensus sur la question est réunie depuis longtemps et sur tous les bancs politiques, le principe de la limitation est acquis.

Les difficultés pour la réalisation des réformes, y compris celle limitant les mandats, sont davantage dues aux conditions de sa mise en œuvre que sur l’idée même de la limitation. De fait, si l’opposition considère ce chiffre comme la validation de son combat actuel par une écrasante majorité des Togolais, le gouvernement y voit également l’approbation de son projet de loi initié en septembre dernier, introduisant la limitation de mandat mais rejetée par les opposants.

Par ailleurs, le soutien des sondés à 77% au droit de vote de la diaspora n’est pas non plus une surprise puisque là également, aucune des forces animant la vie politique au Togo, ne s’y oppose, par principe. Si l’opposition exige son adoption sans délai, le gouvernement tout en considérant que c’est une réforme pertinente à réaliser, argue qu’il faut bien se pourvoir avant sa mise en œuvre. Et rappelle opportunément qu’en 1991, la Commission constitutionnelle technique composée essentiellement de juristes n’avait pas retenu le vote de la diaspora.

Que face à la polémique, le gouvernement de transition, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Abdou Touré Cheaka, avait soutenu que : « Si l’établissement des listes et cartes électorales, le recensement des Togolais de l’intérieur sont difficiles à réaliser en raison des fraudes qui ne sont un secret pour personne, ces opérations sont encore plus difficiles et aléatoires à réaliser pour nos compatriotes de l’étranger….Si nul n’a le droit de denier à tout citoyen togolais le droit de vote, il n’est pas en revanche concevable que les voix des Togolais expatriés puissent modifier, voire même basculer parfois du simple au double, les résultats des élections ». Autant dire donc que chacun renvoie à l’autre la responsabilité de la non effectivité du droit de vote de la diaspora, tout en le considérant que c’est une réforme qui devra être réalisée à terme, comme le pense 77% des sondés.

PARADOXAL :

Si l’enquête confirme de grandes tendances consensuelles, il n’en demeure pas moins qu’elle révèle également des opinions paradoxales. Comme cette majorité relative 45 % contre 41 des sondés qui seraient d’accord avec la demande de l’opposition relative à la démission avant la fin de son mandat du président de la République. Alors que dans le même temps, 66% d’entre eux soutiennent le respect de l’ordre constitutionnel.

Ou encore comme les 66% qui estiment que l’opposition devrait maintenir la confrontation pour obtenir les réformes, tout en restant là également, dans la même proportion attaché au respect de l’ordre constitutionnel. Pour le coup, il faut tout de même relever que le terme « confrontation avec le gouvernement » n’est pas facilement appréhendable par les sondés quant à son contenu.

DERNIER MOT AUX ELECTEURS :

Le résultat le plus commenté reste les 70% des Togolais, qui selon les sondeurs, ne souhaiteraient pas que le Chef de l’Etat brigue un nouveau mandat en cas d’adoption de la réformes portant sur la limitation des mandats. Pour l’opposition, c’est la démonstration que les Togolais restent attachés à l’esprit et à la lettre de la Constitution de 1992 dont le retour est par ailleurs demandé par 63% d’entre eux, et qui exclue en toute hypothèse, l’exercice de plus de 2 mandats. En revanche pour le pouvoir, la question ou la manière de la poser peut entraîner des réponses différentes. Des cadres de la majorité relèvent que ce sont les textes qui encadrent les élections qui déterminent la validité d’une candidature.

Et qu’au surplus, la loi ne rétroagissant pas, seul l’intéressé et son parti peuvent, le moment venu(deux longues années nous séparant de l’échéance et les opinions peuvent d’ailleurs évoluer) trancher cette question, et choisir le candidat le mieux placé et à même d’assurer leur victoire.
« Chiche alors. Raison de plus pour l’opposition d’aller aux urnes et de battre Faure Gnassingbé si elle est réellement convaincue que c’est l’aspiration de 70% de nos compatriotes » confie un ministre qui conclut que «les sondages, quoique sincères et fiables, ne sont que la photographie de l’opinion à un moment donné. Celle-ci peut évoluer dans le temps et en fonction de plusieurs impondérables. Mais surtout, une élection crée sa propre dynamique qui peut contredire toutes les certitudes antérieures. D’ailleurs de grandes élections récentes dans plusieurs pays ont démontré à quel point, les sondages pouvaient se tromper » CQFD.

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