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ET MAINTENANT, DES APPELS A L’ARMEE.

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Qui l’eût cru ! Depuis plusieurs jours, les plus irréductibles pourfendeurs des Forces Armées Togolaises (FAT), accusées de tous les maux et objets régulièrement de moqueries, d’invectives si ce n’est de menaces, en sont à lui adresser d’incessants appels pour qu’elles prennent position dans la crise politique actuelle. De l’ancien commandant de gendarmerie Olivier Amah, au leader du Parti National Panafricain (PNP) , en passant par le Professeur Komi Wolou du Pacte Social pour le Renouveau ( PSR) etc., tous font les yeux doux à ce corps habituellement décrié. Les réseaux sociaux en ont été les précurseurs avec leurs activistes si prompts à utiliser les adjectifs les plus abjects envers les militaires togolais et qui par extraordinaire, leur découvrent subitement et opportunément des vertus. La démarche sur la forme a donc de quoi surprendre.
Mais c’est davantage sur le fond qu’elle interroge. En effet, les FAT comme toutes les armées du monde sont par principe apolitiques et doivent se tenir à l’écart du débat public, en restant dans leurs casernes. Les militaires africains surtout, en mésestimant trop souvent ce principe se sont engagés dans des aventures hasardeuses aux conséquences bien fâcheuses pour leurs nations. Le Togo n’a pas échappé à la règle, avec l’interventionnisme chronique de ses hommes en uniforme dans la sphère partisane. De fait, après des décennies de coups d’état et de force, le reflux s’est amorcé à la fin des années 90, en dépit de quelques résistances et réminiscences du passé. La tendance générale aujourd’hui est que la grande muette doit rester circonscrite aux fonctions traditionnelles et classiques qui lui sont dévolues et laisser les acteurs qui en ont fait ce choix, animer la vie publique. Elle est validée et consolidée par tous les organisations, sous régionales et régionales, qui abhorrent désormais tout renversement de l’ordre constitutionnel par d’autres voies que celles prévues par les textes, et s’opposent très clairement, à toute prise de pouvoir par les armes. En recourant à l’armée, les initiateurs de ces appels sont donc dans un anachronisme regrettable mais surtout, empruntent les voies tortueuses de crimes, puisque l’incitation des militaires à la révolte ou leur irruption dans le jeu politique y compris en piétinant les institutions, en constitue un et puni comme tel.

Au demeurant, c’est un extraordinaire aveu d’échec et d’impuissance que des leaders de partis politiques légalement constitués, aspirant à gouverner un pays , dans le respect des règles constitutionnelles établies et du fonctionnement régulier des institutions, en soient réduits à espérer, susciter voire soutenir une solution militaire à une crise dont on ne voit pas encore l’issue et dont ils partagent la responsabilité , avec des postures populo-démagogiques improductives. En ouvrant cette boîte de Pandore, ils ne peuvent d’ailleurs pas garantir que cette intervention qu’ils appellent de leurs vœux soit limitée dans son objet et dans le temps. En effet, si leur démarche prospérait, pourquoi , dans le futur, d’autres, leurs opposants, ne s’y essaieraient pas , ne serait-ce que pour leur rendre la monnaie de leurs pièces ?

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