GUINEE BISSAU : une tradition de crise

0
241

Le 16 avril dernier, le président bissau-guinéen José Mario Vaz a nommé Aristides Gomes, un dirigeant du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), premier ministre. La nomination de cet ancien chef de gouvernement de 2005 à 2007 sous le régime du défunt président Joao Bernardo Vieira Nino, au lendemain du Sommet extraordinaire de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ( CEDEAO) tenu le 14 avril et consacré essentiellement à la question bissau-guinéenne, constitue indéniablement une étape importante dans le dénouement de la énième crise que traverse ce pays. Retour sur trois ans de tensions qui n’auront pas laissé indifférente l’organisation sous-régionale.

La énième crise politique que traverse la Guinée –Bissau, pays en proie également à des récurrents coups d’Etat et au règne des narco traficants, est peut être en train de connaître son épilogue, après le sommet de Lomé et les engagements pris et tenus par le président José Mario Vaz. Notamment la nomination d’un nouveau premier ministre, la convocation en novembre prochain d’élections législatives. A ceci, il faut ajouter la reprise des travaux au parlement ainsi que la fixation projetée par les députés des modalités de fonctionnement de la Commission nationale électorale (CNE).

La crise en voie de résorption est née le 12 mai dernier suite au renvoi du gouvernement dirigé depuis septembre 2015 par Carlos Correia. Pour justifier ce deuxième renvoi en deux ans de mandat, le président a fustigé l’absence de plan gouvernemental. « J’ai pris une décision qui responsabilise les partis politiques en leur donnant l’occasion de prouver qu’ils placent l’intérêt supérieur de la nation et du peuple au-dessus de leurs intérêts personnels ou de groupe ou de parti », s’est-il expliqué dans une allocution retransmise par la presse. Mais il faut remonter à août 2015 pour en comprendre les germes. A cette date, Mario Vaz a congédié son Premier ministre Domingos Simões Pereira, en poste depuis juin 2014. Entre les deux hommes, la mésentente était notoire.

Alimentées par leur rivalité pour prendre le contrôle du PAIGC lors des élections législatives et présidentielle de 2014, les tensions entre eux se sont encore aggravées après leur ascension au pouvoir en raison du régime semi-présidentiel, qui fait du Premier ministre le véritable homme fort du pays.

Alors que le président reprochait à son Premier ministre de ne pas le tenir suffisamment informé des affaires en cours et lançait contre lui des accusations de corruption, les partisans de Domingos Simões Pereira affirmaient de leur côté que la popularité de ce dernier aurait fait de l’ombre au président, qu’ils accusaient également de trop s’immiscer dans les affaires du gouvernement.

« Il faut que le président comprenne que selon la Constitution, c’est le gouvernement qui gouverne », répétait alors Agnelo Regala, président de l’Union pour le changement (UM) et ancien ministre de la Communication. Selon ce dernier, le président n’aurait pas dû procéder aux limogeages de Domingos Simões Pereira et de Carlos Correa.

Après de longues semaines de vacance politique et de médiations régionales, la nomination en septembre 2015 de Carlos Correa, un vétéran du PAIGC, devait en effet clore la crise. C’était sans compter la fronde de 15 députés du PAIGC, qui ont refusé fin décembre de voter la confiance au gouvernement. L’affaire s’est peu à peu envenimée : après les avoir exclus du PAIGC puis démis de leurs fonctions de députés, la Cour suprême a finalement décidé de réintégrer les 15 frondeurs à l’Assemblée. Depuis, leur retour a donc fragilisé la majorité absolue du PAIGC, qui dispose théoriquement de 57 sièges sur 102. Sans les 15 élus, le parti ne conserve donc que 42 sièges, soit seulement un de plus que la principale force d’opposition, le Parti de la rénovation sociale (PRS).

PORTE DE SORTIE :

Les négociations entre les protagonistes de la crise ont été sanctionnées de plusieurs échecs. Or, selon la Constitution bissau-guinéenne, il revient au parti vainqueur des élections législatives – soit le PAIGC – de proposer le nom du Premier ministre, que le président doit ensuite accepter et désigner. La situation se complique un peu plus avec les statuts du PAIGC, qui préconisent que le rôle de chef de gouvernement soit endossé par le chef du parti, soit Domingos Simões Pereira.

De fait, les responsables des cultes catholiques et musulmans ont été mis à contribution pour assurer la médiation entre le palais présidentiel et le siège du PAIGC. Pour le ministre togolaise des Affaires étrangères, Robert Dussey , « tous les acteurs Bissau-guinéens (hommes, femmes, religieux, anciens combattants, sages, jeunes, société civile) avaient besoin d’être écouté ; c’est bien ce que nous avons fait durant nos missions ».

« Evidement, il était important pour la CEDEAO de comprendre l’environnement politique de ce pays frère et surtout de rappeler, de sensibiliser tous ces acteurs à leur responsabilité morale et politique vis-à-vis du peuple Bissau-guinéen et de son avenir » relève-t-il, pour se réjouir de cette sortie de crise. Pour lui, cet exploit vient de la classe politique et du président José Mario Vaz, qui ont pu durant ces longues et périlleuses négociations surmonter leurs divergences. » Nous devons les féliciter tous et les encourager à œuvrer tous pour une paix durable en Guinée-Bissau » a-t-il conclu, tout en rendant un hommage appuyé comme d’ailleurs Mario Vaz lui-même, au président Faure Gnassingbé, l’un des artisans de l’accord de Lomé. Pour s’assurer de l’effectivité de sa mise en œuvre, un comité de suivi a été mise en place. Composé du chef de l’Etat guinéen et médiateur de la CEDEAO, Alpha Condé, de son homologue togolais et président en exercice de l’organisation régionale, Faure Gnassingbé, et du président de la Commission de l’organisation, Jean-Claude Brou, il prendra toutes les dispositions idoines pour la mise en œuvre de la feuille de route, notamment la formation d’un nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre, Aristides Gomes, la réouverture du parlement, la nomination des membres de la Commission nationale électorale et l’organisation des élections législatives en novembre 2018.

Commentaire

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

7 − trois =