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CAR : L’EVENTUALITE D’UN RETOUR DE Me AGBOYIBO A L’ORIGINE DE TENSIONS

Ce n’est pas encore une crise ouverte mais ses ingrédients sont presque  réunis. Le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) traverse une période  de fortes turbulences depuis que son leader historique, Me Yawovi AGBOYIBO,  a affiché son intention de reprendre les rennes du parti, laissés à Dodji APEVON en 2008.

 

Ainsi, les informations qui filtraient depuis quelques jours  dans la presse n’étaient pas infondées. La troisième force politique du pays vit effectivement une période de tensions,  depuis que, lors d’une réunion du présidium, une des instances du parti, Me Yawovi AGBOYIBO, président d’honneur du CAR  qu’il a fondé en 1991, a annoncé vouloir en reprendre la tête. L’ancien bâtonnier de l’Ordre des Avocats  avait été le premier leader politique en vue,  à organiser une succession au sommet de son parti et laisser sa place à son fidèle lieutenant de toujours, Me Dodji APEVON. Cette démarche,  qui consacrait pour la première fois une alternance au sein d’une formation, avait été saluée par la presse et l’opinion publique. Elle  fera jurisprudence. Depuis, Edem Kodjo à la Convergence Patriotique Panafricaine (CPP), Léopold GNININVI à la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) parmi les leaders de premier rang des années 90, et plus récemment Abi TCHESSA au Pacte des Socialistes Républicains (PSR) lui ont emboîté le pas. 

Autant donc dire que le  retour aux affaires de celui qui est affectueusement surnommé le « Bélier Noir » par ses partisans serait un « contre exemple » et une « contradiction à l’ère du temps », selon plusieurs cadres du parti. Pour eux, dans  un contexte de guerre de leadership au sein de  l’opposition et au moment où celle-ci a besoin de se reconstruire autour d’un projet, d’une stratégie et d’un homme charismatique, cette éventualité aurait des conséquences négatives en termes d’image et destructrices politiquement pour le CAR. 

Renvoyée pour être débattue un mois plus tard, les positions tranchées entre les opposants et les soutiens à l’initiative,  ne semblent  pas avoir évolué lors de la dernière réunion du présidium. L’ancien Premier Ministre reste décidé à effectuer son come-back. Pour trois raisons essentiellement d’après de bonnes sources.

 

CINQUIEME COLONNE

 Pour le natif de Kouvé, trois raisons principales motivent le choix de retour. Il explique d’abord  que son successeur, Me Dodji APEVON n’a jamais été à la hauteur, n’ayant pas réussi à faire faire au parti, ce saut qualitatif dont il a besoin et surtout que lui impose sa feuille de route. Il l’accuse de n’avoir pas pu arrêter l’hémorragie du départ des militants ni la dégringolade électorale qui font que le CAR n’a plus son audience d’antan. Il lui reproche par ailleurs certaines de ses prises de position ou ses « curieux alignements » sur  des choix de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) ; rendant illisible la ligne du parti.

Ensuite, Me AGBOYIBO déclare vouloir « solder le reliquat » de l’Accord Politique Globale (APG) qu’il considère un peu comme son œuvre. Il est convaincu  que son retour au-devant de la scène, permettrait de faire avancer la question des réformes constitutionnelles et institutionnelles.

 

Enfin, l’avocat dénonce une « proximité » supposée de certains de ses jeunes cadres avec le pouvoir. Il dit craindre que ceux qu’il considère désormais comme « une cinquième colonne », ne finisse par rapprocher le CAR de l’Union pour la République (UNIR) et que le parti connaisse le destin  de  l’Union des Forces de Changement (UFC) de Gilchrist OLYMPIO. Aussi, se voit-il comme le seul rempart face à cette éventualité. 

« Ces arguments sont fallacieux », objecte un membre du présidium, opposé farouchement au retour de l’ancien Premier Ministre. Il explique que la perte d’audience du parti n’incombe pas uniquement à son président actuel mais est plutôt le résultat d’un échec collectif qui plus est, a commencé avant même que Me APEVON ne devienne président. «  Nous n’avons jamais pu retrouver notre niveau électoral de 1994. Et ce, pour plusieurs raisons ; notamment à cause de certains de nos choix, à la désinformation et  à l’intoxication orchestrées contre nous, ou encore à notre entrée au gouvernement mal compris par certains », analyse t-il. « Pour preuve, les scores du CAR en 1998, 2003 et 2007 alors même que le président actuel du parti ne le dirigeait pas encore », avance-t-il.

Il se moque de l’idée de vouloir solder l’APG de Me AGBOYIBO, indiquant que « l’époque des hommes providentiels est révolue.» «  Comment peut-il réussir à faire réaliser des réformes en tant que président du parti, alors qu’il a échoué à le faire en tant que Premier Ministre », s’interroge-t-il.

 

Il qualifie les soupçons de proximité avec le pouvoir de procès en sorcellerie et dénonce des accusations graves portées contre des « individus intègres qui ont démontré leur fidélité et leur engagement depuis plusieurs années. » Ajoutant : «  ne leur demandez pas de renier des amitiés de longue date, qui relèvent de la pure sphère privée. D’ailleurs quand on scrute bien, on verrait  que les donneurs de leçons sont très mal placés pour en donner ». Ce qui prouve selon lui que la vraie motivation est à rechercher ailleurs.

 

PASCAL 2020. 

Des proches du président d’honneur du CAR en sont convaincus : un AGBOYIBO peut en cacher un autre. En effet, d’après plusieurs sources, l’ancien Premier Ministre roulerait en réalité pour son fils Pascal. Brillant avocat d’affaires, il est à 47 ans,   l’un des très rares Africains nommés au conseil d’administration de l’une des plus grandes firmes internationales de droit des affaires. À la tête du département « Afrique » du cabinet américain Orrick Herrington & Sutcliffe LLP, basé à Paris, il y est salué comme un « stratège de l’ombre » de grands contrats aux enjeux aussi discrets que formidables entre États et investisseurs étrangers sur le continent africain. C’est donc lui que son père verrait rependre en réalité la tête du parti après une période intérimaire de deux à trois ans qui conduirait Pascal à porter les couleurs du CAR à la présidentielle de 2020. Pas pour gagner mais pour prendre date sur 2025. Son père en est persuadé, dans le désert actuel de leaders charismatiques capables d’élever le niveau du débat public, l’avocat parisien à l’étoffe, le bagage intellectuel, le carnet d’adresses et de chèques pour être la prochaine figure importante de l’opposition togolaise. A peu près de la même génération que  Faure GNASSINGBE qu’il connaît bien, l’homme de Kouvé voit en lui un adversaire de poids du Président de la République, pouvant d’ores et déjà capitaliser sur la base électorale de son parti, notamment dans le pays ouatchi. 

Cette hypothèse suscite, avant même son éventuelle confirmation, de vives critiques. « Finalement que reprochons-nous au pouvoir en place si nous même organisons une succession héréditaire avec des arguments tirés par les cheveux ? Le CAR n’est pas une entreprise familiale. Nous nous opposerons à toute tentative allant dans ce sens au risque sinon d’aller vers une implosion. »  Ambiance !