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INCENDIES DES MARCHES DE LOME ET DE KARA : DES AUDITIONS QUI FONT FROID DANS LE DOS, DES AVEUX, DES NON-LIEU POUR 23 DES 43 INCULPES ; JEAN-PIERRE FABRE TOUJOURS POURSUIVI

 

 

 

BIENTÔT, OUVERTURE D’UN PROCES EN ASSISES

L’ordonnance définitive de non-lieu partiel, de requalification et de transmission de pièces au Procureur général près la Cour d’Appel de Lomé  prise le 09 mai dernier par le doyen des juges d’instruction Idrissou TCHAGBA, clôt l’instruction dans la très médiatique affaire des incendies qui ont ravagé les marchés de Lomé et de Kara en janvier 2013. Elle est sans doute annonciatrice d’un procès imminent en assises des personnes restées inculpées et devra permettre, enfin, d’apporter des réponses  aux nombreuses victimes  qui attendent depuis plus de trois (3) ans.

 

En janvier 2013,  des incendies et  tentatives d’incendies ont  secoué  le Togo. Dans la nuit du 09 au 10 janvier, le marché de Kara a été la proie des flammes, suivi 48 heures plus tard par le principal bâtiment du marché d’Adwalato ravagé. Dans la série, le marché de Gboto dans la préfecture de Yoto et deux établissements abritant les services du Centre Informatique et Bureautique de l’Institut National des Technologies Appliquées (CIB-INTA) à Atakpamé ont été également détruits. Des tentatives d’incendier le marché d’Adidogomé à Lomé et la Centrale électrique de l’usine des phosphates de Kpémé dans la préfecture des Lacs n’ont pas été couronnées de succès.  Ces actes qui n’ont pas causé de pertes en vies humaines, ont tout de même occasionné d’importants dégâts matériels. Au total, plus de 6 milliards de FCFA de pertes et environ 3.106 commerçantes et commerçants sinistrés, dont 2.225 enregistrés à  Lomé et 881 à Kara.

 

Pour déterminer les causes et les circonstances de ces incendies, une enquête judiciaire a été ouverte. Menée par le Service de Recherches et d’Investigation (SRI) de la gendarmerie  et la Brigade de Recherches de Kara, ses premiers éléments vont révéler très vite que les incendies sont d’origine criminelle. Les informations judiciaires ouvertes au cabinet du doyen des juges d’instruction à Lomé et au Tribunal de Kara vont être jointes en octobre 2013,  après l’arrêt de la Chambre judiciaire de la Cour  suprême du 02 mai 2013, ordonnant le dessaisissement du juge d’instruction du tribunal de première instance de deuxième classe de Kara au profit du doyen des juges d’instruction de Lomé. Au total, 43 personnes dont 38 à Lomé et 5 à Kara  vont être  inculpées, notamment pour  destructions volontaires et complicité de destructions volontaires par incendie ou explosifs, tentative de destructions volontaires  et  groupements de malfaiteurs.

 

Parmi elles, les principaux responsables du Collectif Sauvons le Togo ( CST), dont Jean-Pierre FABRE le Président de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), Agbéyomé KODJO, Président de l’Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire ( OBUTS),  qui passera plusieurs jours en détention préventive, Abass KABOUA, Président du Mouvement des Républicains  Centristes, les avocats Zeus AJAVON, Raphaël KPANDE-ADZARE et Jil-Bénoît AFANGBEDJI, l’ancien député Kwami MANTI, membre de l’ANC qui serait l’un des cerveaux de l’affaire selon les termes des dépositions, Gérard ADJA, vice-président d’OBUTS, Jean EKLOU président de la jeunesse de l’ANC , Alphonse KPOGO secrétaire général de l’Alliance des Démocrates pour un Développement Intégral ( ADDI) devenu député depuis etc.

 

A l’issue de l’instruction de plus de 3 ans, 23 des inculpés ont obtenu le 09 mai dernier un non-lieu pour charges insuffisantes et ont vu la levée des mesures de contrôle judiciaire qui leur étaient imposées. (Voir la liste). L’action publique est éteinte à l’égard de Monsieur Etienne YAKANOU, décédé en cours d’information le 10 mai 2013. Les 20  restants (lire par ailleurs) dont fait partie  monsieur FABRE,  devront répondre devant la Cour d’assises de destructions volontaires, de complicité de destructions volontaires, de tentative de destructions volontaires  et de groupement de malfaiteurs. Ils risquent pour le groupement de malfaiteurs une peine de 5 à 10 ans de réclusion et la perpétuité pour destruction de bâtiments d’utilité publique par incendie. En outre, certains des suspects ont vu les  faits qui leur étaient reprochés requalifiés.

 

L’ANCIEN DEPUTE MANTI, LE CERVEAU !

 

Un nom est souvent revenu au cours  de l’instruction et lors des auditions :  celui de Kwami MANTI. Originaire de Danyigan, il est un cadre de l’ANC dont il anime la section à Agoè où il habite ( Agoè-Démakpoé). Il fut député de la dernière législature. Lors des dépositions, il a été régulièrement désigné comme l’un des principaux instigateurs des incendies et considéré comme faisant partie des cerveaux, même s’il reste présumé innocent jusqu’à ce qu’une cour en décide autrement.

De fait, il ressort par exemple des déclarations du sieur Josué YALOU, 31 ans, apprenti soudeur et également inculpé dans le dossier, que c’est monsieur MANTI qui lui aurait confié pour mission de brûler, en compagnie du sieur Christophe AGBEGNIZI,  les sites du CIB-INTA à Atakpamé. Leur première rencontre aurait eu lieu au siège local à Agoè Nyivé ; suivie ensuite d’une autre au siège national à Bè. Cette première mission a échoué face à l’opposition des responsables de la section de l’ANC d’Atakpamé. Mais monsieur YALOU y retournera, cette fois-ci en compagnie du dénommé Fofo MIGAN un mécanicien, toujours sur instructions de l’ex-député MANTI. Les deux compères incendieront le CIB-INTA d’AGBONOU, «  en l’aspergeant d’essence et avant de mettre le feu ».

Le même MANTI est également cité par ses coinculpés, notamment Mohammed LOUM, Komlan SENA et Ayaovi TOUKPUI, comme ayant supervisé les préparations mystiques d’un charlatan amené au siège de l’ANC à Bè Kamalado, organisées au profit de groupes de jeunes qui avaient pour mission de détruire un site déterminé par avance. Il est par ailleurs désigné avec Jean EKLOU et Alphonse KPOGO, comme ceux qui ont instruit et confié des missions à exécuter : brûler les marchés notamment, les écoles, les banques, les locaux de CIB-INTA sur le territoire national.

Dans ce sens, le 09 janvier 2013, des groupes organisés au siège de l’ANC étaient chargés les uns, de la préparation des cocktails Molotov et des explosifs à base de poudres à canon, les autres , de ranger ces explosifs dans des sacs bafana, les autres encore, de transvaser le carburant dans des bidons de 25 l.

Il est donc poursuivi pour s’être rendu complice des crimes de destructions volontaires  et pour avoir sciemment provoqué les actions de ses coinculpés, en leur donnant des renseignements et instructions. Il doit également répondre devant les tribunaux pour avoir adhéré ou participé à un  groupement ayant pour objet la préparation des crimes ou délits.

 

QUE REPROCHE-T-ON A FABRE ?

Le leader de l’ANC qui s’est montré « surpris et furieux » face au maintien de son inculpation selon son entourage, est poursuivi pour s’être rendu complice des crimes de destructions volontaires et pour avoir sciemment provoqué leurs actions, en leur donnant des renseignements ou des instructions. Mais également pour avoir adhéré ou participé à un groupement ayant pour objet la préparation des crimes ou délits.

En réalité, pour le juge instructeur, Jean-Pierre FABRE qui nie tout  et a refusé de se soumettre à l’expertise psychiatrique, ne pouvait ignorer les faits. Etant établi que les réunions de préparations spirituelles ont été organisées au siège du parti dont il est le premier responsable  et des rôles répartis à des groupes de jeunes constitués préalablement pour la perpétration des faits incriminés. D’autant plus également qu’un  des inculpés, Komlan AMAVI a soutenu que c’est dans le  bureau du président de l’ANC que des jeunes ont été reçus par le charlatan pour les préparations mystiques. Ou encore que des cocktails MOLOTOV destinés ou ayant servi à déclencher des incendies ont été découverts au cours d’une perquisition au siège de son parti. Suffisant pour que le magistrat soit convaincu que ledit siège a servi de « cadre de planification et de préparation des actes de destructions volontaires des biens publics et privés et que l’inculpé FABRE Jean-Pierre qui a reconnu que les comptes rendus de toutes les réunions qui se tenaient dans le cadre des programmes du CST lui étaient régulièrement faits » ; et que celui-ci ne pouvait donc pas ignorer la tenue de ces importantes réunions et l’accomplissement de ces nombreux actes graves au siège de l’ANC dont il est le premier responsable.