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FAURE GNASSINGBE VOYAGE-T-IL TROP ?

C’est une polémique récurrente à chaque déplacement du Président de la République à l’étranger. Et presque sans surprise, elle est revenue après l’intense séquence diplomatique qui a amené Faure GNASSINGBE à quelques jours d’intervalle, à Pékin (Chine)  et à Berlin (Allemagne) pour deux visites d’Etat de rang. Si les interrogations autour des voyages présidentiels sont légitimes, au regard de la nécessaire transparence et celle de l’utilisation efficiente de fonds publics, elles ne sauraient en occurrence occulter le caractère parfois délirant des arguments empruntés pour dénoncer ces sorties à l’étranger, considérées comme trop fréquentes, budgétivores et inutiles. Pour les apprécier, FOCUS INFOS s’est intéressé à ce que font les autres Chefs d’Etat, notamment dans la zone de l’Union Economique Ouest-Africaine (UEMOA) et ce qu’en dit leur presse. Revue !

 

« Macky SALL, un globe-trotter inefficace »

C’est en substance ce qu’on peut retenir des critiques émanant des  détracteurs du  président sénégalais, qui  dénoncent  ce qu’ils décrivent  comme des voyages coûteux. « Macky Sall s’est révélé un véritable globe-trotter qui, en moins de 7 mois de présidence,  a déjà effectué pas moins de 12 voyages à l’extérieur, soit une moyenne de presque 2 voyages par mois. Pour un pays dont les « caisses sont vides » et les populations qui ont du mal à s’en sortir, ces voyages sont budgétivores et loin de constituer un signe de bonne gouvernance tant chantée par les tenants du pouvoir actuel. Ces voyages coûtent extrêmement cher aux pauvres contribuables sénégalais que nous sommes. Un simple voyage coûte des centaines de millions de nos francs, en frais de kérosène, d’hôtel de luxe, de protocole, de frais de bouche, sans compter les sommes que le président distribue à ses militants dans les pays qu’il visite » s’indignait le  confrère sénégalais du Leral au début du mandat du successeur d’Abdoulaye WADE. Ce dernier qui, du fait de ses nombreux voyages à Touba et à l’étranger ainsi que de ses apparitions nombreuses à la télévision publique (la RTS)lorsqu’il dirigeait le pays de la Teranga, avait fini par se voir coller lui-même  le sobriquet du président des trois T : «Télé, Touki , Touba». Le quotidien « En Quête » avait quant à lui   fait ses comptes. « Au cours de ce mois de mai 2016, le président a voyagé 3 fois en 10 jours.  Du 11 au 13 mai, il était à Kigali au Rwanda où il participait à la 26ème édition du Forum économique mondial sur l’Afrique. Le Lendemain, il a fait cap sur Abuja pour prendre part à la deuxième session du Sommet sur la sécurité régionale. Du 18 au 22 mai, Macky Sall a été au Kazakhstan, un pays peu connu des Sénégalais. Sur le chemin de retour, il a fait escale à Istanbul en Turquie » écrivait-il. Avant de conclure : « On dirait que le locataire du palais préfère aller à l’étranger ou alors être en haute altitude.»  Un mois plus tôt, le président sénégalais allait effectuer  de nouveau  trois voyages en l’espace de 10 jours : Turquie, Congo et Etats-Unis. Réaction du  leader du Mpd/Ligeey Aliou SOW: « le chef de l’Etat dépasse non seulement son prédécesseur WADE, mais il n’a pas d’égal sur le continent africain. Le président voyage trop ! Il voyage énormément. C’est le président africain qui voyage le plus’’, soutenait-il. Et de le moquer : « Les présidents Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ne passaient jamais inaperçus lors des rencontres internationales, ils étaient toujours au premier plan. Avec Macky Sall, parfois on  se demande s’il était vraiment de la partie. Il se cherche toujours, même sur les photos de famille, on a parfois du mal à voir notre président. »

 

2,6 VOYAGES PAR MOIS POUR OUATTARA.

Cette moyenne, c’est l’opposant à Alassane OUATTARA, le Dr Séraphin Yao PRAO, délégué national pour le système économique et financier de la formation politique LIDER qui l’a établi. Dénonçant le fait que « les voyages incessants du président de la République  causent un accroissement de la dette de l’Etat ivoirien », il soutient que celui-ci paie » kérosène, parking avion, perdiems de la cour qui l’accompagne pour en moyenne 5 jours par mission, frais d’hôtel et de déplacements, dépenses de courtoisie... »  Selon lui, le président ivoirien voyagerait  2,6 fois  par mois. Et de proposer de « savants calculs » : « un  mois ayant 30 jours, nous pouvons donc conclure que le chef de l’Exécutif travaille 17 jours par mois (30 jours : 13 jours de vadrouille = 17 jours travaillés).  Si l’on prend le coût horaire de chacun des membres de la délégation, dont le travail n’est pas effectué en Côte d’Ivoire mais dont le salaire est bel et bien payé en plus des perdiems perçus, et si l’on tient compte de la taille des délégations qui l’accompagnent, il faut estimer que chaque voyage du président de la République coûte au moins 1,5 milliards fcfa et au plus à 2 milliards fcfa au contribuable ivoirien.

C’est donc au minimum 3,9 milliards de fcfa par mois (1,5 milliards x 2,6 voyages par mois) que l’Etat ivoirien débourse pour aller chercher des investisseurs, qui pour leur part attendent que la sécurité revienne en Côte d’Ivoire pour s’engager. »

 

Le journal « bleu » Le Temps, proche de l’ancien régime du président Laurent GBAGBO  enfonce le clou, en désaccord visiblement avec le sénégalais SOW pour qui Macky SALL serait le président qui voyagerait le plus au monde. Selon  le confrère ivoirien, c’est plutôt Alassane OUATTARA qui serait « champion du monde des voyages de chefs d’Etat du XXIè siècle ». «  Rien qu’en   deux ans seulement ( 2011- 2013), Ouattara a effectué plus de voyages hors du pays que Félix Houphouët-Boigny en trente-trois ans » écrit-il. «   Les totaux cumulés des voyages de Ouattara dans cette période dépassent la centaine.

Sous ce rapport des voyages des chefs de l’Etat ivoirien hors de la Côte d’Ivoire, Henri Konan Bédié et Robert Guéï font tout simplement figure de nains à côté d’Alassane Dramane Ouattara. Quant au président Laurent Gbagbo, il est de notoriété qu’il n’était pas un adepte des parades et de la vie de château dans les pays étrangers. Le nombre de ses voyages hors de la Côte d’Ivoire ne s’élève qu’à une dizaine, à peu près, en dix ans » assure-t-il.

 

55 VOYAGES EN 1 AN ½ POUR IBK.

Comme ses homologues du  Togo, du Sénégal et de la  Côte d’Ivoire, le président malien n’échappe pas à la polémique sur ses voyages à l’étranger. Le site malilink.net qui se veut par ailleurs une plate-forme de discussion des intellectuels maliens, allègue avoir fait le détail des voyages d’Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) à l’extérieur : 55 entre sa prise de fonction en septembre 2013 et le 11 février 2015. « En raison de 3 jours par voyage en moyenne (comme l’estiment certains analystes), IBK aura passé 165 jours hors du Mali depuis sa prise de fonction en septembre 2013. Soit près de 6 mois sur un total de 18 mois. Autrement dit, à ce jour, IBK aura passé le tiers de sa présidence à l’étranger, et cela au moment même où le pays est en guerre civile et joue son avenir »  constate notre confrère. « Rien que pour les douze (12) premiers mois de son accession au palais de Koulouba, Ibrahim Boubacar Kéita a effectué vingt huit (28) voyages officiels et privés hors du Mali.  Un record »  note pour sa part l’hebdomadaire Le Prétoire. Selon lequel,  «  c’est au minimum 7 milliards de Fcfa par mois (1 milliard x 7 voyages par mois) que l’Etat malien débourse pour aller chercher des investisseurs, qui pour leur part attendent que la sécurité revienne au Mali pour s’engager. La conséquence à moyen terme est que nous n’avons pas d’investissement, sauf sur les grands discours de nos autorités qui nous assurent que l’Etat travaille pour nous. Par contre, nous avons bien de la croissance, mais elle ne concerne que la dette publique, le chômage, la pauvreté et l’insécurité.  Conclusion : en réduisant ses voyages, Ibrahim Boubacar Kéita pourrait consacrer une partie de ce  milliard mensuel à la restructuration du secteur de la sécurité, ce qui, tout le monde en conviendra avec nous, est une priorité urgente au Mali »

A ce rythme, conclue-t-il, «  IBK   a de fortes chances de battre en cinq ans le record de voyages présidentiels établis par deux de ses prédécesseurs (Alpha Oumar Konaré et Amani Toumani Touré ) durant les dix ans qu’ils ont fait au pouvoir ».

 

YAYI BONI ET SES 21 MILLIARDS SELON LA PRESSE.

« En huit ans de gouvernance, Boni Yayi a effectué plus de voyages à l’étranger que le Président Mathieu Kérékou en dix ans. Il a sillonné plusieurs capitales africaines, occidentales et asiatiques. De 2006 à ce jour, le Président Boni Yayi a fait pas moins de 80 déplacements officiels à l’étranger avec en moyenne au moins 1,2 voyage chaque mois et 8 par an »,   croit savoir la presse béninoise. Selon la Nouvelle Tribune par exemple, le « rythme de voyages à l’extérieur de M. Yayi Boni est l’un des plus élevés en tant que président de la république, comparé aussi bien à ses congénères africains qu’à ses pairs du monde.

Dès son élection en 2006, la manie du voyage international a frappé les esprits par sa cadence folle ».  « Pourquoi Yayi voyage-t-il si fréquemment pour ne pas dire si frénétiquement » s’interrogeait-il.

C’est surtout, Laurent Mêtongnon,  Secrétaire général de la Fédération des Syndicats de l’Administration des Finances (Fésyntra-Finances) qui a alimenté la polémique en publiant sur une radio locale ce qu’il présentait comme une partie du «   coût des nombreux voyages de Boni Yayi hors du Bénin ». Ainsi,  du  06 avril 2006 à septembre 2014, ils auraient coûté  au Trésor Public béninois plus de 21 milliards 600 millions (21,6 milliards) de Fcfa. Ce montant couvrirait  uniquement les affrètements d’avions, locations d’équipage, l’entretien et la maintenance de l’avion présidentiel. Les frais d’hébergement et de mission des délégations présidentielles ne sont pas pris en compte. Il en est de même pour les frais de déplacement du Président de la République à l’intérieur du pays.

 

PENCHANT EXCESSIF DES VOYAGES AU NIGER :

Dans la zone UEMOA, c’est au Niger que la polémique sur les voyages présidentiels, quoique existants, est la moins vive. Il est reproché au président Mahamadou Issoufou d’avoir un penchant excessif pour les voyages à l’étranger. Les critiques estiment que ses fréquents déplacements grèvent les ressources déjà maigres du budget de l’Etat.

 

42 VOYAGES PAR AN POUR FRANCOIS HOLLANDE.

Le constat est que de Lomé à Niamey, en passant par Bamako, Cotonou et Abidjan, la polémique est la même sur les voyages présidentiels. Les détracteurs des Chefs d’Etat de ces pays  croient chacun visiblement que ce sont les leurs qui se déplacent de manière excessive. Cela s’explique en partie et en ce qui concerne le cas du Togo,  d’une part  par l’absence de l’habitude de rendre compte y compris à l’opinion, d’autre part par  le déficit de communication au retour de ces voyages. Laissant ainsi libre cours à des débats légitimes mais mal posés, à  toutes les spéculations, y compris celles volontairement de mauvaise foi.

A preuve, au lendemain d’une intéressante et fructueuse séquence diplomatique avec des visites d’Etat de rang en Chine et en Allemagne, aucun « service après-vente » n’a été assuré. Aucun ministre ni  autorité ayant légitimité et qualité pour se faire, comme à l’accoutumée, n’a déféré à l’important besoin d’information au bénéfice de nos compatriotes, sur les enjeux et les bénéfices des déplacements, d’autant plus que d’utiles conventions ont été signées, pouvant impacter positivement l’économie togolaise.

Car en réalité, comme l’a si justement indiqué El Hadj KASSE, Chargé de Communication à la présidence sénégalaise, «  un  président se déplace pour développer la coopération. C’est le premier diplomate du pays». Partout dans tout le monde, aux Etats-Unis, en France, en Afrique du Sud les présidents voyagent. » . Avant d’ajouter : «  nos  économies  sont  extraverties. Nous dépendons beaucoup de l’extérieur, de la dette, de l’aide au développement, de l’investissement étranger » pour expliquer les voyages à l’étranger des chefs d’Etat.

Au surplus ce n’est pas que le président de la République qui voyage. 

Les députés autant, sinon davantage, les ministres, les hauts fonctionnaires, les grands commis de l’Etat et toute une flopée de personnes voyagent également sans pour autant émouvoir l’opinion. En outre, le Togo est  membre de plusieurs organisations internationales comme le NEPAD, l’ONU, l’UA, le G8, le G20, Chine/Afrique, Inde/Afrique, Europe/Afrique, USA/Afrique, CEDEAO , UEMOA, mettant donc à la charge du  président de la République  un certain nombre d’obligations protocolaires et diplomatiques.  La Présidente du Malawi Joyce PANDA ne dit pas autre chose lorsqu’elle indique devoir voyager pour « faire revenir les donateurs et attirer les investisseurs vers son pays». « Si je reste ici à la Présidence comme une poule qui couve ses oeufs, personne ne viendra nous aider », a-t-elle déclaré.

Elle soutient donc  qu’il est vital pour un pays à la recherche d’une visibilité sur le plan international et de partenariat économique, de «souffrir» que son Chef d’Etat multiplie les voyages à l’extérieur, afin de pouvoir inverser la tendance. Et comme le souligne un parlementaire français sur le sujet, la conception d’une inutilité des voyages présidentiels est  une illusion, tant les rapports inter-personnels entre chefs d’Etat et l’enjeu symbolique des déplacements sont porteurs d’un poids politique non négligeable.

Car le président ne se déplace jamais seul, et on ne saurait résumer ses visites à la résolution de problèmes ou l’affirmation d’une amitié bilatérale. De fait, par exemple les voyages des présidents français à l’étranger se sont multipliés depuis un demi-siècle. Alors que le général de Gaulle en réalisait en moyenne 3 par an, François Hollande a effectué  près de 42  voyages à l’étranger par an depuis son arrivée au pouvoir.

 

 

 

 

Last modified onjeudi, 07 juillet 2016 12:59