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Tout comprendre de l’affaire Cauris/Axxend c/ Alberto Olympio

La décision du tribunal est tombée le 21 septembre. Alberto Olympio doit rembourser à ses ex-associés les sommes investies dans sa société et surtout passer cinq ans derrières les barreaux.

 

60 mois de prison, remboursement des 5,9 milliards détournés, plus 1,3 milliards de dommages et intérêts... Il faut dire que la justice togolaise est restée  insensible à la campagne médiatique orchestrée par le camp d’Alberto Olympio. « Cette affaire est d’une simplicité déroutante. Les preuves présentées par les plaignants ne souffrent d’aucune faiblesse », indique-t-on du côté des magistrats. Pour comprendre la sévérité du jugement rendu par les juges, il faut remonter aux sources du différend entre les parties.

 

Les acteurs

Créé en novembre 2009, le Groupe Axxend est une société dédiée à l’ingénierie informatique et aux télécommunications. Fondé par Alberto Olympio (avec des partenaires), il  est présent dans huit pays avec des clients dans plus de quinze  pays en Afrique et employant plus de cent cinquante personnes. Des effectifs aujourd’hui en dégraissage pour assurer la survie d’une entreprise en proie à d’énormes difficultés après la gestion calamiteuse de ses anciens dirigeants.

Cauris Management est la première structure de gestion de fonds de capital-investissement à vocation sous-régionale créée en Afrique de l’Ouest Francophone. Opérationnelle depuis 1996, Cauris Management investit dans des entreprises à fort potentiel de croissance et de rentabilité. Et en 2013 le groupe Axxend affiche des potentialités –selon les documents fournis par ses dirigeants- et ambitionne de se lancer à la conquête de nouveaux marchés.

Le premier contact entre les deux entités s’opère sur un vol Abidjan-Lomé entre Nathanaël Olympio (frère et accessoirement directeur de cabinet d’Alberto Olympio) et Noël Eklo, PDG de Cauris Management. Très vite ce dernier va rencontrer Alberto Olympio. Comme tout investisseur, il souhaite investir dans une entreprise dont les dirigeants ont su présenter les potentialités. Les choses vont aller très vite et aboutir à l’injection de 9 millions d’euros dans Axxend, 5 millions en participation à l’actionnariat et 4 millions en capital.

 

Les dégâts

En réalité, les problèmes ne commencent pas lorsque Alberto Olympio se lance à l’été 2014 en politique. « Les sous ont commencé à disparaître avant même qu’on ne demande à Alberto Olympio de quitter progressivement la direction de l’entreprise pour se consacrer à la direction de son parti politique », indique-t-on du côté des investisseurs. Les nouveaux dirigeants d’Axxend verront bien plus tard une série de virements suspects vers des entités qui appartiendraient à des proches d’Alberto Olympio. Lorsque les investisseurs réclament en 2014 des preuves de présence d’une partie de l’argent - 1 milliard  75 millions de francs CFA dont Alberto Olympio a indiqué la disponibilité sur un compte domicilié à la BGFI Côte d’Ivoire- de faux relevés bancaires seront fournis par l’informaticien.

Le compte en réalité ne disposait que de que 3 millions de francs CFA avec de nombreux traites en attente. « C’est proprement du grand banditisme que d’établir des faux relevés de comptes pour tromper la vigilance de partenaires », indique-t-on dans l’accusation. La justice togolaise a donc constaté le faux en écriture bancaire – les documents ont été versés au dossier-, ce qui vaut notamment à Alberto Olympio la condamnation à de la prison ferme, reconnu coupable « des délits d’abus de confiance, de fraude dans l’usage  du crédit de faux et usage de faux ».

Il faut souligner qu’à plusieurs reprises début 2015, l’intéressé a promis alors même qu’il n’était plus le dirigeant de Axxend, de commencer le remboursement des sommes dues à l’investisseur. « M. Olympio a d’ailleurs promis vendre un bien immobilier en France évalué selon lui à 800 000 euros pour payer une partie des sommes dues », explique-t-on du côté de Cauris. Même devant le juge, Alberto Olympio a demandé un moratoire censé lui permettre d’aller rencontrer des investisseurs en Israël notamment pour reprendre les titres de Cauris au sein de la société. Or lorsque le bon de sortie lui a été délivré, il n’a plus remis les pieds au Togo.

 

Mandat d’arrêt

Outre la condamnation au payement des « sommes détournées » et les dommages intérêts, la justice togolaise a émis un mandat d’arrêt contre Alberto Olympio, absent du territoire depuis mai 2015. Il ne s’est donc pas présenté personnellement aux étapes essentielles du procès, mais  représenté par son conseil, Me Célestin Agbodan. « Avec la condamnation, le mandat d’arrêt qui existait depuis plusieurs mois se renforce », explique un juriste.

De fait, Alberto Olympio risque l’extradition partout où il passera désormais. A Dakar où il serait principalement basé, des sources évoquent une possible extradition vers le Togo. Cela dépendra surtout des conventions judiciaires entre le Sénégal et le Togo, explique le juriste cité plus haut. L’appel formé contre le jugement du tribunal n’a pas d’effet suspensif sur les peines prononcées contre le patron du Parti des Togolais.

« Monsieur Olympio, tient à rappeler qu’il ne reconnaît  aucun des faits pour lesquels la justice togolaise le condamne, à l’issue d’une procédure dont la légalité et l’équité sont clairement mises en cause. Depuis son point de départ jusqu’à cette première conclusion, cette procédure est en total déphasage, non seulement avec le droit, mais surtout avec la logique  et le bon sens. Aucune des parties engagées dans cette procédure n’est dupe, les Togolais encore moins», indique un communiqué dont s’est fendu sa formation politique.

Pour le reste, Cauris Management espère un remboursement rapide des fonds investis dans Axxend.

Une société aujourd’hui à l’agonie, qui procède à des licenciements et à des fermetures de bureaux un peu partout. « Il est difficile voire impossible de retrouver les traces des sommes investies dans notre société il y a quelques années par Cauris Management », soutient la nouvelle direction qui se demande ce qui a bien pu être réalisé avec les 5,9 milliards de francs CFA. Axxend espère retrouver les 5 millions d’euros d’actions pour repartir sur de nouvelles bases.