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ENTREPRENEURIAT, LEVIER D’UN DEVELOPPEMENT DURABLE POUR LES PAYS AFRICAINS

  • Written by Salomon Wilson

La route du développement pour les pays Africains passe aussi par le développement de l’entrepreneuriat. Une évidence longtemps ignorée, mais qui commence à tracer son sillon dans les mentalités. Contexte de crise économique et de chômage oblige, l’impératif pour nos pays d’emprunter cette voie s’impose de plus en plus. 

 

En 2006, lors du lancement de la tournée africaine portant sur le « social business », le Professeur Muhammad Yunus, économiste et entrepreneur bangladais, Prix Nobel de la paix, a déclaré que « l’entrepreneuriat serait la clé du développement de l’Afrique ». Aujourd’hui, nombreux sont les économistes, les décideurs politiques, les leaders d’opinions et les organisations internationales qui s’accordent sur ce dessein et essayent de tout mettre en œuvre pour développer  l’Afrique tout en promouvant l’entrepreneuriat. 

L’Afrique avec 70% de sa population ayant moins de 25 ans (OECD, 2011), se positionne comme étant le continent le plus jeune. Par conséquent, il peut se prévaloir d’une main d’œuvre abondante.

Cependant, cette jeunesse africaine est confrontée à un sérieux problème de chômage ralentissant significativement la croissance du continent.

 

Productivité et innovation 

60% des chômeurs africains sont des jeunes. Aujourd’hui et depuis le début du 20ème  siècle, l’Afrique qui a connu une croissance positive, est sous les feux des projecteurs attirant des investisseurs de partout dans le monde. 

Si les pays du sud, ont, dans la moitié du 20ème siècle à travers l’entrepreneuriat augmenté leur productivité, l’Afrique doit leur emboiter le pas tout en restant dans la dynamique d’un développement durable. Non seulement l’entrepreneuriat est une solution aux problèmes d’emploi, mais, il est également créateur d’emplois ; contribue à la croissance économique et lutte aussi contre la pauvreté. L’entrepreneuriat crée un environnement concurrentiel sur les marchés et augmente la création d’entreprises. 

Par ricochet, des impacts positifs sur la productivité dans tous les secteurs d’activités se font ressentir. La redynamisation des secteurs d’activités doit passer par l’innovation, ce qui incitera les autres entreprises à se perfectionner.

 

Redynamisation des secteurs d’activité 

L’entrepreneuriat peut jouer un rôle important dans la croissance économique de l’Afrique. Cependant, pour atteindre cet objectif, les politiques publiques doivent s’orienter dans ce sens. Avec l’appui des organisations internationales, les décideurs politiques doivent accentuer leurs efforts sur certains points fondamentaux notamment, la promotion de l’entrepreneuriat qui passe par sa vulgarisation, l’instauration d’un environnement favorable à la création d’entreprise, faciliter  l’accès au financement et assurer le suivi des entreprises pour leur pérennisation. 

Dans la sous-région, le Nigeria et le Ghana devancent les autres en matière de promotion du concept entrepreneuriat.


 

Focus sur BeCoNet (Be Connect to the Network) : une expérience togolaise de fédération d’entrepreneurs à partir de whatsapp

Rencontre avec Désiré BENISSAN-GBIKPI, Coordonnateur de BeCoNet.

« BeCoNet offre la possibilité de voir, de se voir et d’être vu »

 

Plus qu’un ordinaire groupe de discussion sur whatsapp, la vision de BeCoNet est d’être la première organisation de professionnels pour l’amélioration du cadre des affaires et la promotion de l’entrepreneuriat. Sur cette logique, la mission de BeCoNet est de favoriser des échanges et des opportunités entre entrepreneurs au sein d’un réseau panafricain. Le partage d’expériences, le Respect et le professionnalisme sont entre autres les valeurs communes des membres de cette communauté. 

Le Coordonnateur de BeCoNet  insiste sur le principe de communauté. Ainsi, le mot « partenaire » remplace l’idée de « concurrent ».  De Lomé à Pékin en passant par Abidjan, Paris, Dubaï, Texas, Hong Kong, et bien d’autres villes, BeCoNet dispose d’une couverture géographique qui brise les frontières par le biais de la technologie.

Ce réseau dispose d’une kyrielle de compétences aux origines issues des quatre coins du monde.  On peut sans se tromper dire que BeCoNet est une communauté accessible avec une organisation stricte et inclusive. Les conditions d’adhésion sont simples:

- Disposer d’un Smartphone pour participer aux échanges interactifs quotidiens via l’application Whatsapp

- Etre volontaire

- Respecter le code de conduite défini par le biais d’un règlement intérieur

- Au-delà des échanges virtuels, participer aux rencontres physiques (Atelier de formation et d’information, les séminaires, les afterwork, etc…)

Créé le 27 octobre 2015, le réseau compte à ce jour 92 membres, tous promoteurs d’une entreprise en activité ou en création.

Plus qu’un groupe de discussion, BeCoNet est un levier de réussite.

 


 

Quatre questions sur l’Entrepreneuriat  à Moctar SOW, Chef d’entreprise

 

Focus Infos : Que pensez-vous de l’entrepreneuriat au Togo ?

Moctar SOW : En premier lieu, il faut reconnaître qu’au Togo le mot « entrepreneuriat» rime avec « commerce ». Et dans ce domaine, les togolaises avaient démontré leur habileté et leur maîtrise du marketing.

Mais, nous avons beaucoup dormi sur nos lauriers. En effet, les autres pays de la sous-région ont conquis, en un laps de temps, le secteur phare du commerce togolais qui est celui du tissu pagne. Il faut actuellement repenser complètement la stratégie dans ce secteur.

En second lieu, il faut relever, que, de nos jours, il existe une volonté de plus en plus forte des jeunes entrepreneurs d’aller vers l’investissement privé. Les chiffres du Centre de Formalités des Entreprises (CFE) sont assez parlants. Mais il s’agit toujours d’un entreprenariat basique. Il n’existe pratiquement pas d’industrie de pointe dans le pays et l’investissement dans le domaine agricole est encore balbutiant (ici nous parlons d’investissement débouchant sur une transformation agro-industrielle). Il faut quand même relever l’engouement de certains jeunes à aller dans deux secteurs clés : les NTIC et la Culture (musique, arts graphiques et Design). 

Ces deux secteurs, s’ils sont bien soutenus, pourraient permettre de développer une destination « Togo » capable de rivaliser avec les pays de la sous-région déjà très avancés comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Nigéria.

En troisième et dernier lieu, il faut préciser que, malgré l’ingéniosité des togolais, ils ne croient pas en leur pays. C’est un constat amer qui nous désole et qui a pour conséquence d’altérer considérablement la capacité entrepreneuriale de mes concitoyens.

 

Focus Infos : Au regard des politiques mises en œuvre par le gouvernement togolais, pensez-vous que ces mesures soient efficaces pour promouvoir l’entrepreneuriat au Togo ?

M.S : Le Gouvernement a pris des initiatives pour créer un environnement porteur à l’investissement au Togo. Mais il faut relever que des retards dans la mise en application de certaines décisions ont eu des effets négatifs sur tout ce qui a été fait de bon.

Il s’agit essentiellement du démarrage des activités de l’Agence de Promotion des Investissements et de la Zone Franche (API-ZF) et de la mise en application du Code des Investissements adoptés depuis quelques années. 

Les investissements au niveau du port, la nouvelle aérogare, les investissements dans les infrastructures routières pour les connexions avec l’hinterland, la constitution de la Holding « Togo Invest », le projet « Rail » sur le Sahel, la création du CFE et les réformes basées sur les besoins du « Doing Business » constituent des avancées appréciables. Mais, il faut savoir que nos concurrents directs sont les pays de la sous-région où se trouve notre marché de prédilection. Et ces pays également font les mêmes réformes. Que faut-il alors faire pour soutenir la concurrence ? 

Il faut créer l’ambiance pour pouvoir attirer l’investissement étranger, mais aussi favoriser l’investissement interne des togolais et celui des togolais de la Diaspora.

 

Focus Infos : Quel avantage comparatif le Togo a, par rapport au Ghana, à la Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Nigéria ou au Mali pour qu’un investisseur veuille venir ici ?

M.S : La position stratégique du Togo dans la sous-région, sa vocation à être un couloir attractif pour les pays de l’hinterland, la vocation régionale de son port en eau profonde naturelle sont des atouts. Il faut maintenant travailler sur nos faiblesses pour en faire des forces. Il faut nécessairement que nous créions l’environnement culturel et de loisir adéquat pour amener les gens à aimer plus notre pays. 

Nous avons la paix, la sécurité et le sourire, mais il faut y ajouter la créativité dans le domaine des loisirs pour que les étrangers, venant au Togo, ne fasse pas la comparaison avec Abidjan ou Dakar. C’est également un élément qui rentre dans les choix d’établissement des étrangers dans un pays. 

Cela ne dépend pas uniquement du Gouvernement et c’est pourquoi, je lance un appel aux organisations patronales, à la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo et à la future API-ZF d’apporter leur contribution constructive pour créer au Togo les conditions optimales pour favoriser les investissements tant étrangers que nationaux.

Enfin, une question fondamentale, c’est le positionnement de l’administration publique face à l’investissement privé. Elle doit se préparer à soutenir l’investissement et ne pas en être un concurrent direct.

 

Focus Infos : Des conseils pour les jeunes diplômés pour entreprendre ?

M.S. : Le secteur privé et l’investissement privé sont une joie mais aussi un parcours dur et exaltant. Les jeunes diplômés qui optent pour devenir des auto-entrepreneurs sont une chance pour tout pays. Et pour un pays comme le Togo, nous devons les encourager. Cela permettra de créer des emplois mais aussi de participer à l’amélioration de la richesse nationale.

Ils doivent savoir que la fortune ne vient pas en un seul jour et que le développement d’une idée de projet n’atteint la réussite qu’à travers le travail : un travail pénible, constant et persévérant. Ils doivent savoir accepter les chutes, les ratés et les déceptions et se relever pour mieux se battre.

Aujourd’hui, ils ont en face d’eux des structures comme l’ANPGF, le FAIEJ qui peuvent les assister dans leurs démarches et leurs financements. Ils ont aussi le FNFI qui s’y est ajouté depuis quelques deux ans.

Ce sont des opportunités qui peuvent favoriser l’éclosion d’un nouveau type d’entrepreneur au Togo. 

Un « bon » projet n’est bon que si sa rentabilité étant déterminée, il est géré avec méthode par un promoteur qui travaille dans la durée et dans l’objectivité. Avec ces atouts et les conseils des structures d’appui disponibles, ils peuvent réellement participer au développement de l’entrepreneuriat au Togo.