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FONDS DE FINANCE INCLUSIVE (FNFI) :ET POURTANT, Ca MARCHE!

 PLUS DE 700 000 NOUVEAUX BENEFCIAIRES, 85% DE VILLAGES TOUCHES ET 90% EN MOYENNE DE TAUX DE REMBOURSEMENT.

Elles s’appellent  Dométo, Sibi, Kafoui, Solim, Aïcha, Abidé, Solange etc.. habitent à Atiégou, Ahligo, Sotouboua, Kara ou encore Mango et en sont toutes bénéficiaires. Comme des dizaines d’autres que nous avions rencontrées et dont nous avions publié dans un précédent numéro les déclarations, elles sont unanimes : le Fonds de Finance Inclusive (FNFI) a changé leur vie, leur quotidien. Pourtant, ce projet phare du gouvernement destiné à fournir des services de crédit et d’épargne pour l’insertion des femmes et hommes pauvres sur le marché de la finance inclusive, reste toujours moqué et critiqué par certains, dont les arguments restent souvent spécieux et empruntés. Quel est l’objectif de cette initiative, comment est-elle structurée, qui en sont les bénéficiaires et quels sont ses chiffres clés ? Dossier de FOCUS INFOS.


Comme beaucoup d’autres pays, le nôtre fait face à une quadrature du cercle. D’une part, un taux de chômage important  que n’arrive pas à résorber un secteur privé à la relance mais dont le dynamisme reste poussif, encore moins la fonction publique ; l’Etat ayant aujourd’hui besoin davantage de fonctionnaires de qualité qu’en quantité. A ceci, il faut ajouter d’autres facteurs dont l’inadéquation emploi/formation. Et d’autre part, la difficulté d’accès aux crédits classiques pour une bonne frange de la population, notamment la plus vulnérable, pour créer ce qui est appelé trivialement des activités génératrices de revenus.  Ce tableau n’est pas une bonne nouvelle dans la lutte contre la pauvreté et la précarité pour les dirigeants.

C’est dans ce contexte qu’est né le FNFI destiné à fournir des services de crédit et d’épargne pour l’insertion des femmes et hommes pauvres sur le marché de la finance inclusive. Lancé en Janvier 2014, il a pour objectif de développer des interventions spécifiques destinées à promouvoir dans la durée, la mise en place au niveau des partenaires financiers de proximité, des approches novatrices et des produits pertinents et fortement adaptés, répondant aux besoins pratiques en services financiers des personnes pauvres ou à revenus intermédiaires. En clair, permettre aux « exclus » et autres « marginaux » , qui ne peuvent satisfaire aux conditions de crédits classiques  auprès d’institutions bancaires,  financières et de micro-finances, d’avoir accès à des produits correspondant à leur profil et à leur projet. Et ils sont des centaines de milliers dans ce cas. Il s’agit par exemple de « bonnes femmes » battantes, croisées tous les matins sur nos routes, engagées dans de petits commerces (vente de bouillie, de cure-dents, de fruits) etc…, dans l’artisanat de services ( coiffure), de production ( tissage) etc…Tout comme de jeunes en fin d’apprentissage ou diplômés sans emploi ayant envie de se prendre en charge à travers l’auto-emploi.

Tous ont la particularité de ne pas satisfaire aux conditions traditionnellement définies pour avoir accès aux crédits et se tournent bien souvent vers la famille ou l’entourage, sans succès établi ou à des conditions usurières.

De fait, le FNFI ne se substitue pas aux outils existants ; il intervient de façon spécifique au profit de ceux qui n’entrent dans aucune des cases de financement classiques ou existantes. Ainsi, pour en bénéficier, outre les conditions particulières à chaque produit mis en œuvre (lire par ailleurs) il faut résider dans la communauté où le crédit est sollicité depuis au moins deux (2) ans , être membre d’un groupe solidaire où les membres acceptent de se porter garants pour le prêt mutuellement, participer à l’analyse de faisabilité de prêt au sein du groupe solidaire, être à jour dans tous ses remboursements de prêts éventuels (capital et intérêt) , participer aux séances d’éducation financière et d’éducation entrepreneuriale, avoir une volonté ferme de toujours rembourser son crédit, être honnête et avoir le sens de la solidarité ou encore ne  pas être salarié dans une structure publique ou privée.

 

 BEST PRACTICE ET TRANSPARENCE:

Le FNFI est une institution publique à caractère économique et social, dotée de la personnalité morale et de l’autonomie de gestion. Il gère les ressources collectées auprès du gouvernement et des partenaires financiers qu’il prête aux institutions de micro-finances (IMF) partenaires, selon le principe du faire-faire. Au nombre de 26, celles-ci  ont été  sélectionnées suivant les critères de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest ( BCEAO)  et couvrent l’ensemble du territoire national pour refléter la volonté du FNFI d’être un programme au service de tous les Togolais et d’offrir des services variés dans les zones les plus reculées.

La mise en place par l’IMF des crédits se fait aux bénéficiaires organisés en groupes solidaires, avec un suivi rigoureux de chaque bénéficiaire jusqu’au remboursement complet du crédit. L’équipe de gestion est multi-compétente composée de financiers, banquiers, assureurs, spécialistes en microfinance et inclusion financière, en suivi-évaluation, informaticiens et autres professionnels expérimentés. Sous la supervision d’un Conseil d’administration qui promeut l’utilisation des « best practices » en inclusion financière. Celle-ci est constituée par une partie publique et une autre privée, dont des représentants de différents ministères, de la BCEAO, de la Banque Africaine de Développement, de l’Association pour le bien-être familial ( APBEF) , de l’association professionnelle des prestataires des services financiers ( AP-PSF).  C’est dire donc que c’est une conduite  professionnelle du programme avec une forte reddition des comptes qui a été mise en place.

 

PRODUITS ADAPTES :

Les IMF, sur la base de leur connaissance du terrain et de leur expérience, ont à ce jour mis en œuvre trois produits au profit des personnes vulnérables exclues des services financiers classiques.

Il s’agit d’abord de l’Accès des Pauvres aux Services Financiers (APSEF),  produit générique à 4 cycles de 30.000 FCFA à 50.000 FCFA, destiné aux femmes et hommes pauvres économiquement et potentiellement actifs pour les petites activités génératrices de revenus (AGR) tous secteurs d’activités confondus.  Les activités éligibles sont le  petit commerce, réparation, restauration, artisanat de services, petite agriculture, élevage, pêche, transformation, fabrication etc. Pour accéder au crédit, il faut  appartenir à un seul groupe solidaire de 4 à 6 personnes et exercer une AGR ou être potentiellement économiquement actif.

D’un montant  de 30 000 FCFA aux 1er et 2ème cycles,  50 000 FCFA aux 3ème et 4ème cycles, sa durée  maximale  est de 6 mois, différé y compris. Le taux d’intérêt sur le crédit  est de  5% constant l’an dont 3% d’épargne stratégique aux 1er et 2ème cycles ; 8% constant l’an aux 3ème et 4ème cycles dont 5% d’épargne stratégique. Il n’est exigé aucune  garantie financière ou réelle, seule la caution solidaire du groupe de solidarité est requise. Il est prévu des frais d’assurance invalidité et décès , équivalent à 0,5% du montant du crédit à la charge du bénéficiaire.

 

Le droit d’entrée est unique  et de  1 000 FCFA par individu à la charge des bénéficiaires pour  les 1er et 2ème cycles et 500 FCFA pour les 3ème et 4ème cycles. Une épargne stratégique de 3% est organisée  pour  le bénéficiaire et   5%  pour les crédits de 50 000 FCFA.

Une épargne volontaire progressive peut également être mise en place lors du remboursement du crédit.

Il y a ensuite l’Accès des Agriculteurs aux Services Financiers (AGRISEF), produit spécialisé à  2 cycles de 100.000 FCFA destiné aux petits exploitants agricoles pour des activités de chaines de valeurs

agricoles. Mis en place avec  l’appui du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de Pêche,  y sont éligibles  les femmes et hommes pauvres potentiellement économiquement actifs exerçant une activité agricole (petits exploitants), exerçant des activités d’ agriculture, maraîchage, élevage, pêche, transformation, stockage etc. 

Pour en bénéficier, il faut exercer une activité agricole, avoir au moins une expérience d’un an dans son activité agricole, être membre d’une association, ou d’un groupement, ou d’une coopérative agréée ou non ayant au moins deux ans d’existence, se constituer en groupe  de  caution solidaire d’au moins 5 personnes, accepter de présenter sa demande dans le cadre de son organisation, avoir la caution solidaire des membres de sa coopérative  ou encore accepter l’accompagnement technique des services d’appui et de conseil (ICAT, projets, ONG…).

D’un montant maximum  de  100 000 FCFA, il a  2 cycles  et dure  6 à 12 mois, différé y compris en fonction du type d’exploitation. Le taux d’intérêt sur le crédit  est de 8% constant l’an aux 2 cycles dont 1% d’épargne stratégique.  Aucune garantie, ni  financière ni  réelle n’est exigée, seule la caution solidaire du groupe solidaire est requise. Les frais d’assurance invalidité et décès sont  de 0,75% du montant du crédit à la charge du bénéficiaire. Quant au droit d’entrée, il est unique et d’un montant  de 1 000 FCFA par individu à la charge des bénéficiaires pour  les 2 cycles de crédit. Une épargne  stratégique de 1% à reverser au bénéficiaire lorsque le remboursement est au complet est mise en place, de même qu’une épargne volontaire progressive lors du remboursement du crédit.

 

L’Accès des Jeunes aux Services Financiers (AJSEF) est le troisième produit.  Il est spécialisé à  deux cycles de 300.000 FCFA et  destiné aux jeunes artisans en fin d’apprentissage et ou en activités (tout corps de métier et diplômé sans emploi porteur d’idées dans les domaines de la transformation et des services TIC.) Y sont éligibles, l’artisanat de services (coiffure, menuiserie, maçonnerie, soudure, couture, etc.),  artisanat de production (tissage, etc.),  transformation, petits services TIC etc.  En est exclu,  le commerce (achat et revente de biens sans transformation) qui est déjà pris en compte par d’autres programmes du FNFI. 

Pour en bénéficier, il faut être jeune et avoir entre  18 et 40 ans maximum , être  en fin d’apprentissage ou jeune diplômé sans emploi ayant envie de se prendre en charge à travers l’auto emploi, appartenir à un groupe solidaire de 2 à 4 membres, être en activité ou être apte ou avoir les aptitudes nécessaires pour démarrer une activité relative à un métier (être en fin de formation professionnelle ou à une création (transformation), accepter l’accompagnement technique des services d’appui et de conseil

D’un montant maximum  de 300 000 FCFA pour les deux cycles, la durée de remboursement maximum est de 12 mois + différé maximum de 3 à 6 mois selon les cas, soit une durée totale du crédit de 15 à 18 mois au cas par cas (différé y compris). Le taux d’intérêt sur le crédit  est de 8% constant l’an aux 2 cycles, dont 1% d’épargne stratégique. Les garanties  exigées sont le nantissement du matériel financé et la caution mutuelle et solidaire des membres du groupe solidaire. Il n’y a pas de garantie financière. Les frais d’assurance invalidité et décès  sont de  0,75% du montant du crédit à la charge du bénéficiaire et le droit d’entrée unique de 2 500 FCFA par individu à la charge des bénéficiaires pour  les 2 cycles de crédit. Une épargne stratégique de 1% à reverser au bénéficiaire après remboursement  et une volontaire progressive lors du remboursement du crédit sont mises en place.

 

Aux côtés de ces trois produits, il existe  le Produit d’accompagnement spécial aux PSF (Refinancement) d’un montant de 100.000 FCFA et destiné aux bénéficiaires en fin de cycle des produits APSEF et AGRISEF. Sa mise en œuvre est effective depuis Juin 2016. Et le  Produit spécial BAD   de 40.000 F CFA à deux cycles mis en œuvre dans le cadre du Projet d’Appui à l’Inclusion Financière des Femmes Vulnérables, projet financé par la BAD au profit des femmes vivant avec le VIH SIDA, les femmes portefaix, les femmes guéries de fistules obstétricales, les femmes handicapées et les femmes veuves.

Par ailleurs,  un produit microassurance répondant aux règles de l’art et dénommé ASSUR-FNFI a été conçu et mis en œuvre au profit des bénéficiaires. De même qu’une  solution assurancielle pour la pérennité des activités de ces derniers en cas de survenance d’évènements malheureux :

 

- une garantie Accident/ Décès Accidentel qui permet une protection contre les impayés en cas de survenance d’accidents de la vie aux conséquences dramatiques. L’assureur prendra en charge l’encours du prêt à la date du décès de l’adhérent.

une couverture multirisque professionnelle afin d’assurer la pérennité de leurs activités génératrices de revenus. Ainsi, en cas d’incendie une indemnisation de 50 % du crédit restant est octroyée au bénéficiaire, afin de lui permettre de reprendre son activité.

 

- une couverture santé afin de permettre de faire face aux soins primaires en cas de maladie. Cette garantie qui se présente sous forme de prise en charge totale, dans les centres de santé publics est plafonnée par période de couverture. Les plafonds de la couverture santé sont les suivants ; APSEF 5000 F ; AGRISEF 10 000F ; AJSEF 15 000 F.

Les cotisations sont de  0,5% du montant du crédit pour les bénéficiaires APSEF et de  0,75% pour les adhérents AGRISEF et AJSEF.

 

SUCCESS STORY :

Presque 3 ans après sa création, le FNFI est un véritable success story. Avec notamment près de 500.000 bénéficiaires de l’APSEF depuis son lancement en avril 2014,  132.000 pour l’AGRISEF lancé en mars 2015, 12.000 pour l’AJSEF mis en place à la même période etc.  Au total, ce sont près de

700.000 nouvelles personnes touchées sur l’ensemble du territoire, et    85 % des villages  par les différents produits du Fonds.

 

Le taux moyen national de remboursement des bénéficiaires du terrain vers les institutions de microfinance partenaires  est de  90% (avec des pics de 99% dans les régions septentrionales qui sont aussi les zones d’extrême pauvreté), grâce aux nombreuses campagnes d’information et de sensibilisation, la maîtrise des étapes de la fonction engagement, l’effet de la caution solidaire et des formations en éducation financière et entrepreneuriale.

 

Quelques poches d’impayés liées surtout soit à des problèmes climatiques (AGRISEF) ou à des déficits de sensibilisation ou l’expression parfois de la mauvaise foi. Des corrections idoines et appropriées y sont apportées. Le bilan, c’est aussi plus  de 232.000 renouvellements de crédits en 2015 sur le produit APSEF  et  120.000 renouvellements supplémentaires en 2016 sur APSEF, AGRISEF et AJSEF

 

CHASSE A FEMME :

En dépit de ces chiffres plutôt encourageants et de la satisfaction des bénéficiaires, une certaine critique perdure sur le FNFI. Non pas tellement sur le fond. Le débat qu’elle pose n’est pas idéologique ou celui d’une vision différente   de la société.  En effet, les détracteurs du programme ne proposent aucune solution alternative à ceux qui aujourd’hui, sont exclus du système mais ont pourtant besoin de crédit et de financement. Au demeurant, le Togo n’est pas l’inventeur de ce concept, développé aujourd’hui dans la plupart des pays en développement, mais qui inspire de plus en plus des organisations de nations développées, confrontées à notre époque, à la pauvreté de leurs populations. Si donc le projet implémenté dans notre pays et plutôt avec succès est l’objet de tant d’attaques, c’est en réalité à cause de celle qui l’a porté à bout de bras, au point d’être surnommée « Maman FNFI » par les bénéficiaires : Mme Victoire DOGBE, ministre du développement à la Base.

 

En effet, on peut tout lui reprocher sauf sa force de travail, son esprit d’initiatives et sa détermination à apporter des solutions aux problèmes quotidiens de nos compatriotes, et relevant de son domaine de compétences. En clair, elle essaie. Suffisant pour se mettre à dos les partisans du moindre effort et de l’immobilisme, associés aux misogynes de tous ordres ainsi qu’aux conspirateurs intrigants de tous acabits. Utilisant leurs relais dans la presse, leurs coups sont de plus en plus bas, faute d’être audibles et crédibles sur le fond.

 

La réalité est qu’une catégorie de compatriotes, souvent aux situations bien confortables et sûrs de leurs faits prennent en horreur, les têtes bien faites et ceux qui réussissent, ce dont ils sont incapables.

Le débat public est important pour faire progresser un pays. A condition de challenger les projets ou les programmes mis en œuvre pour enrichir  la réflexion ou constituer  des alternatives crédibles ; l’objectif final étant d’impacter  la vie quotidienne de nos compatriotes.

Les « chasse à femme », les « règlements de compte » par presse interposée n’ont jamais constitué les résultats d’une action ni masqué l’incurie d’un responsable.