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CIMENT :DANGOTE ET LA CONCURRENCE DELOYALE.

C’est une interpellation de la Ministre du Commerce et de la Promotion du Secteur privé la semaine dernière à l’Assemblée nationale qui a relancé  la polémique sur le prix du ciment au Togo. Les consommateurs dénonçaient  un coût trop élevé et voyaient d’un bon œil l’arrivée sur le marché d’Aliko DANGOTE qui promettait un tarif sensiblement plus bas. Mme Bernadette LEGZIM-BALOUKI a confirmé l’injonction faite au milliardaire nigérian de s’aligner sur la structure du prix existante. Au grand dam des clients et pour le plus grand bonheur des cimentiers togolais, qui dénonçaient une concurrence déloyale et un dumping commercial. 

 

Le ciment DANGOTE était promis à la vente à 65.000 FCFA la tonne, soit 3250 FCFA le paquet, contre 81.000 FCFA pour les trois acteurs  qui se partageaient le marché jusque-là, notamment Cimtogo, propriété de l’allemand HeidelbergCement, Diamond Cement et Fortia, toutes deux filiales de l’indien West African Cement (Wacem). Au final, le gouvernement a exigé du géant nigérian qu’il s’aligne sur la structure du prix du marché en vendant son ciment à 81.000 FCFA. Ce que dénoncent les consommateurs qui crient au scandale. Selon le député Jean KISSI qui est intervenu sur le sujet à l’Assemblée nationale et qui soutient la réaction de ceux-ci, ce n’est pas à DANGOTE d’augmenter son tarif mais aux trois cimentiers de baisser le leur. Il appelle à l’application de la libre concurrence.

 

SUSPICION :

C’est justement au nom de cette libre concurrence que Cimtogo, Diamond Cement et Fortia sont vent debout contre l’arrivée de DANGOTE. Ils l’accusent de dumping commercial et de concurrence déloyale. En effet, ils trouvent suspects que le ciment vendu sur le marché nigérian entre 2300 et 2500 naïras, soit environ 4400 FCFA au cours actuel, puisse être proposé  4000F CFA après avoir traversé deux frontières et payé la TVA. Selon un spécialiste, l’écart important de prix constaté entre le produit Dangote et ceux vendus par les cimentiers locaux, est probablement le fait des importateurs (DANGOTE ne distribuant pas directement le ciment au Togo) qui auraient « oublié » d’appliquer la TVA après le dédouanement, lors de la distribution sur le marché togolais. «  En appliquant au prix cif ( coût, assurance, frêt) de DANGOTE les frais de dédouanement et la TVA à la consommation, il est mathématiquement impossible de revendre le ciment DANGOTE à 65.000 FCFA aux consommateurs comme annoncé, même sans la marge de l’opérateur » explique-t-il. Le label « produit de la CEDEAO »qu’atteste le certificat d’origine ne dispensant pas du paiement de la TVA. De fait, le commissariat aux impôts a rappelé tout le monde à l’ordre le 07 novembre dernier à son siège.

 

Outre cet « oubli » de paiement de la TVA, le prix bas proposé  par DANGOTE peut aussi s’expliquer selon d’autres avis, par  les  subventions à l’exportation  accordée au cimentier dans son pays d’origine. Ou encore par la recherche de devises pour l’importation d’autres produits ; les banques nigérianes étant en manque criarde de devises en ces temps de forte crise du secteur pétrolier.

 

INVESTISSEMENTS EN PERIL :

Contrairement à une idée généralement répandue dans l’opinion, le prix actuel du ciment n’est pas le résultat d’une entente entre les trois cimentiers. Il a été fixé par un arrêté ministériel datant de 2008. En clair, c’est le gouvernement qui fixe le tarif du ciment.

Il est structuré pour le CPJ 35 par exemple comme suit :

Coût Hors Douane (HD), Hors TVA (HTVA) 60 795 FCFA

Valeurs de sacs (pour 1 tonne de ciment) 22 98 FCFA

Douanes : 751 FCFA

Transport-Péréquation : 4800 FCFA

TVA : 12 356 FCFA

Prix TVA : 81 000 FCFA.

 

« Nous ne sommes pas contre la concurrence ; au contraire. A condition qu’elle soit loyale et se déroule dans les règles de l’art » déclare Jean ADOLEHOUME, Directeur administratif et des Ressources humaines de CIMTOGO, qui rappelle que sa société discute depuis des années avec le gouvernement sur la structuration du prix. «  Il faut que l’opinion comprenne bien qu’on ne peut pas imposer un tarif à ceux qui sont sur le marché local, et autoriser un concurrent étranger, qui plus est n’a pas investi 1 seul F sur le territoire ni créer aucun emploi, fixer lui-même son prix, en prenant des libertés avec certaines réglementations » insiste-t-il. De fait,  le ciment fait partie des 41 produits interdits d’importation au Nigéria, protégeant ainsi DANGOTE contre la concurrence de cimentiers étrangers. Ce que dénoncent les acteurs togolais qui parlent de violation  des règles en vigueur au sein de la Cedeao en matière d’échanges commerciaux.

Celles-ci indiquent que pour bénéficier des avantages liés au Schéma de libéralisation des échanges, qui assure la libre circulation des marchandises sans le paiement de droits de douane et de taxes à l’importation au sein de la Cedeao, les pays d’origine des produits doivent ouvrir leur marché. Ce qui n’est pas le cas du Nigeria, qui interdit l’importation du ciment sur son territoire.

Monsieur ADOLEHOUME évoque aussi la menace que fait peser l’importation aux conditions déloyales du ciment nigérian sur les emplois directs et indirects du secteur. Tout comme la mise en péril de d’importants investissements de plusieurs milliards de FCFA réalisés par HeidelbergCement,à travers ces filiales Cimtogo, Scantogo et Granutogo, avec notamment un complexe à Tabligbo et la construction d’une nouvelle cimenterie de 200 000 tonnes à Awandjélo, dans la région de la Kara, dans le Nord, avec pour objectif de mieux alimenter le marché intérieur.

Notons qu’au Togo, la production du ciment est estimée à plus de 2 millions de tonnes par an, pour des besoins locaux évalués à 1,25 million de tonnes.