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Réduction de la pauvreté : Les transferts monétaires comme instrument d’atteinte de l’OMD1

A quelques mois de l’échéance pour l’atteinte des huit (8) Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), l’heure est au bilan. Ainsi, même si une trentaine de pays ne pourront pas à cette date relever le défi de l’OMD1, « lutter contre l’extrême pauvreté et la faim », globalement sur le plan mondial, le taux de pauvreté a reculé de moitié et en deçà du niveau des années 90. En cours de réalisation dans plusieurs pays dont le Togo,  le projet « Transferts monétaires», est l’un des instruments qui y auront contribué. 

Les «Transferts monétaires» ont pour rôle d’assurer aux bénéficiaires les ressources suffisantes au maintien d’un niveau minimum de consommation. Ces ressources peuvent être allouées sous forme d’allocations familiales, de prestations d’invalidités, de soutiens ciblés au revenu. Ciblant généralement  les pauvres ou tous les individus appartenant à des couches vulnérables de la population, notamment les orphelins, les personnes âgées, les invalides et les ménages menacés d’insécurité alimentaire, les «Transferts monétaires» peuvent être conditionnels (TMC) ou non conditionnels (TMNC). Les conditions peuvent être des mesures incitatives visant à s’assurer que les ménages bénéficiaires envoient leurs enfants à l’école et utilisent les services de santé, suite aux transferts directs et réguliers de petites sommes.

Les «Transferts monétaires», un succès  mondial

Les «Transferts monétaires» constituent un mécanisme déjà expérimenté par la Banque mondiale dans plusieurs pays pauvres dans le monde. Ils peuvent être un programme efficace dans la perspective d’atteinte des OMD notamment la réduction de l’extrême pauvreté,  de  la mortalité infantile ...

 

Il a été démontré que les «Transferts monétaires»  en termes de capacités à assurer la consommation minimale,  ont augmenté le capital humain, renforcé les actifs et contribué à la croissance économique en général.

 

Ainsi, l’ Afrique du Sud, avec son programme d’allocations sociales qui d’ailleurs est considéré comme le plus important des programmes de transferts monétaires d’Afrique subsaharienne a rehaussé la fréquentation scolaire et diminué la faim chez les enfants tout en augmentant la participation des mères à la main d’œuvre. En outre l’inscription aux allocations a réduit de 9 % la probabilité de maladies infantiles ,  l’activité sexuelle et les grossesses précoces ainsi que l’utilisation des drogues et de l’alcool chez les adolescents. Environ 15 millions de personnes reçoivent ces allocations.

 

Au Mali, une évaluation du programme TMC  dénommé « Bourse maman » a conclu que  ce projet avait augmenté de façon importante l’inscription et la présence à l’école.

 

Au Swaziland, les ménages qui reçoivent les transferts monétaires du programme de réponse à la sécheresse d’urgence (Emergency Drought Response) ont réussi non seulement à lisser leur consommation, mais également à investir dans les activités importantes telles que l’éducation de leurs enfants et ceci en dépit des effets néfastes de la sècheresse.

Que ce soit le programme de transferts monétaires aux orphelins et enfants vulnérables au Kenya, le programme de renforcement des moyens de subsistance contre la pauvreté au Ghana, ou encore le programme de filets sociaux productifs d’Ethiopie... l’impact sur les bénéficiaires est significatif et encourageant.

 

Plusieurs pays africains, pour atteindre les OMD, consacrent une large part du budget alloué aux filets sociaux à la distribution alimentaire en cas d’urgence.  Néanmoins l’apparition du programme de «Transferts monétaires» peut constituer une solution plus fiable en matière de filets sociaux. Les expériences menées dans les pays africains démontrent que la consolidation et l’extension des «Transferts monétaires» peuvent constituer un filet social plus efficace. La plupart de ces derniers pourraient être transformés en programmes nationaux.  Pour assurer la pérennité de ces programmes, il faudra accroître la part des financements provenant du budget national des pays concernés, particulièrement avec l’expansion des économies. En outre les financements extérieurs continueront à jouer un rôle crucial dans la plupart des pays puisque les donateurs peuvent fournir un soutien technique utile et appliquer leurs connaissances des meilleures pratiques mondiales en matière de transferts monétaires. Cependant, les donateurs doivent s’assurer que leurs appuis sont intégrés au programme de protection sociale du gouvernement.

 

Les «Transferts monétaires» au Togo

 

Commencé depuis septembre 2014, ce projet qui entre dans le cadre de la mise en œuvre de la politique de développement à la base  a été officiellement lancé le 14 janvier dernier à Landa (préfecture de la Kozah) par le Chef de l’Etat. Il vise à améliorer l’accès des communautés pauvres des régions de la Kara et  des Savanes aux filets de protection sociale et plus spécifiquement à prévenir et à réduire la malnutrition chez l’enfant de moins de 5 ans. Le projet consiste en l’octroi mensuel d’une somme de 5000 F CFA  à toute femme enceinte d’au moins trois mois ayant justifié de son état par un document médical , aux mères ou tuteurs d’enfants de 0 à 59 mois , atteints de malnutrition sévère ou aigüe.

A terme, ce sont les pratiques familiales essentielles à la santé -nutrition et les comportements favorables à la protection des droits de l’enfant qui sont visés. Ainsi le projet encourage les mères/tuteurs à observer les conditionnalités pour pouvoir bénéficier plus tard d’un petit bonus à la fin du programme. Il s’agit notamment pour chaque enfant de : l’amélioration de l’état nutritionnel;  la possession d’un acte de naissance; la régularité de la mère/tuteur aux séances mensuelles de suivi de croissance de l’enfant;  la présence à au moins quatre consultations prénatales pour les femmes enceintes; la scolarisation au moins en primaire de tous les enfants en âge scolaire dans le ménage pour éviter les situations de traite ou d’exploitation des enfants.

 

En tout 21 500 bénéficiaires (11500 sur le financement de la Banque mondiale, et 10000 sur le volet financé par le gouvernement togolais) répartis dans 12 préfectures dont 6  classées parmi les dix préfectures les plus pauvres du Togo, sont concernées par cette phase pilote du projet. Il s’agit de Dankpen, Doufelgou, Kéran, Assoli, Kozah, Binah et Bassar dans la région de la Kara et Oti, Kpendjal,Tône,Tandjoaré et Cinkassé dans la région des Savanes.

 

Au moins deux cent trente-sept (237)  villages sont  concernés. Dans ces villages,  il est organisé  chaque mois des séances de sensibilisation éducative sur les thématiques de santé, de nutrition, de protection de l’enfant, de scolarisation. Ces causeries sont assurées par  des agents communautaires de protection de l’enfant dans une approche participative avec les bénéficiaires. Des visites à domicile permettent également à ces agents d’évaluer les progrès des foyers bénéficiaires et de leur prodiguer des conseils. Ces agents sont appuyés par les agents de santé communautaire, chargé d’évaluer l’état nutritionnel des enfants , de détecter et de prendre en charge les cas de malnutrition aiguë, grave ou sévère. En outre ils conseillent les mères sur l’hygiène et la nutrition des nourrissons et des jeunes enfants.

 

Le projet « Transferts monétaires »  est piloté par le Secrétariat Technique du Projet de Développement Communautaire et des filets sociaux (PDC plus), sous la tutelle du ministère du Développement à la Base, de l’Artisanat, de la Jeunesse et de l’Emploi des Jeunes. Il assure la gestion courante du projet et la coordination de l’intervention. Au niveau opérationnel, les services déconcentrés  du ministère de l’Action Sociale, de la Promotion de la Femme et de l’Alphabétisation animeront dans chaque village d’intervention, une cellule de protection de l’enfant. Il s’agit des  Agents de Promotion Social (APS), des Agents Communautaires de Protection de l’Enfant (ACPE). Ils sont appuyés par les Agents de Santé Communautaire (ASC) et supervisés par les directions régionales de l’ action sociale, avec l’appui technique des Agences d’Appui aux Initiatives de Bases (AGAIB).

La Poste effectue les opérations de paiement dans chaque village bénéficiaire, avec l’appui de l’ACPE de la localité.

Estimé à 4, 525 milliards FCFA, le projet est financé par la Banque Mondiale à hauteur de 2,275 milliards, le reste par l’Etat togolais,  l’UNICEF et le Japon pour la phase pilote couvrant une période de trois ans.

 

Le 4ème rapport de suivi des OMD au Togo de janvier 2014, fait ressortir des avancées notables  notamment  en matière de l’Education, de la Santé, la lutte contre la malnutrition pondérale. Des efforts restent cependant à faire en ce qui concerne la réduction de l’incidence de la pauvreté,  la santé de la mère et de l’enfant, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement… Dans ce contexte, le programme de « Transferts monétaires »  pourra significativement contribuer aux efforts du gouvernement et ceci avant l’imminent rapport final sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement.