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Capitaine BESSI-KAMA, identité remarquable dans la Grande Muette

Première femme recrutée au sein des Forces Armées Togolaises en 1996, elle a aujourd’hui le grade de Capitaine et parle de son métier avec une ferveur qui en dit long sur un tempérament en acier. Portrait d’une amazone polyvalente.

« Adolescente, j’étais très sensible à la douleur des autres et prête à braver tous les dangers pour prodiguer soins et tendresse. La vue des images des enfants malnutris d’Ethiopie  diffusées à l’époque par la télévision nationale a suscité en moi le désir d’être médecin. Je me demandais s’il n’y avait  personne pour aller secourir ces enfants et mon père  m’a suggéré qu’avec la carrière militaire, j’avais la possibilité de porter assistance aux démunis, aux plus faibles », confie le capitaine BESSI KAMA Lidi sur son choix de carrière.

Coup de destin ou heureux hasard ? En 1996, elle fait partie des  premières  filles à être reçue à l’Ecole des Services de Santé de l’Armée de Lomé (ESSAL). Alors qu’elle n’avait que 17 ans, elle fut admise dans cette école pour y recevoir une formation médicale et militaire. En compagnie de 15 jeunes gens dont 4 filles, elle passe huit ans au sein de cette école réputée pour sa rigueur et sa discipline.

 « C’est comme ça que je suis venue dans cette famille qui m’a appris la discipline, la confrérie, le respect  de l’autre et  bien d’autres valeurs », confie-t-elle. Depuis, celle qui est également « docteur » a fait de l’armée  sa seconde famille.

De ces huit années passées à l’ESSAL, le Docteur-Capitaine BESSI-KAMA Lidi épouse GUMEDZOE garde de bons souvenirs et de moins bons, notamment l’initiation au  parachutisme  en passant par la « Formation Elémentaire Toute Arme »  à Kara.

 

La première en tout…

 

Après sa formation de base, BESSI-KAMA, présente sa thèse de doctorat en 2005 sur l’asthme, devenant ainsi, la première femme officier de grade de capitaine dans l’armée togolaise. Un diplôme qui est l’accomplissement de son ambition, celle de concilier deux métiers qui lui plaisent à savoir la médecine et l’armée.

Après sa soutenance, son premier poste d’affectation est le Centre médical des familles des forces armées Togolaise (CMFAT). De cette affectation elle garde une  anecdote. Elle a remarqué qu’à chaque fois  que les infirmiers sortent de  leurs voitures, ils sont accueillis par les soldats qui prennent leur sac, mais lorsqu’il  s’agissait d’elle aucun soldat  ne venait à sa rencontre. Décidée à connaitre la raison de cette attitude, elle s’est entendue dire que pour certains militaires, prendre le sac d’une femme alors que leurs épouses  viennent en consultation serait mal vu. La réaction a été immédiate : « si vous prenez les sacs des hommes c’est que vous devez prendre les sacs des femmes ! Il n’y a pas de honte à cela ! Je suis votre chef et ça s’arrête là », leur a-t-il lancé en substance. Et depuis ce jour-là l’attitude de ces militaires a progressivement changé à son égard. 

Mais l’une des expériences les plus exaltantes de sa formation militaire reste le  saut en parachute. En 1999 alors qu’elle était en 3ème année, il fallait obligatoirement faire le saut en parachute en avion à une altitude de 600 m. Une expérience aussi agréable que périlleuse pour la jeune femme. Il fallait s’armer de courage pour montrer aux hommes que le statut de femme officier était mérité.

Le jour J malgré ses angoisses, elle a n’a pas craqué, surmontant une appréhension partagée par d’autres camarades. « Si je ne réussissais pas, je pourrai plus m’imposer  puisqu’on va dire que je suis une femmelette qui a désisté au moment où on cherchait les vrais hommes», relate-t-elle  avec une fierté non dissimulée.

« J’ai ainsi aidé les femmes en brisant ce tabou », souligne-t-elle.

Cette réussite, le capitaine BESSI KAMA la doit aussi à l’accompagnement et à l’encouragement de ses moniteurs.

Outre ce couronnement, elle a obtenu  en 2007, le certificat militaire de premier  degré d’Anglais. L’année suivante elle obtient à Marseille, au terme d’un stage d’application, le Brevet de médecine de mission extérieur (BMMEX 2008).

Pionnière, elle a fait beaucoup d’émules qu’elle suit personnellement. Même si elles ne parviennent pas toutes à devenir médecins militaires, elles réussissent quand même dans leurs carrières respectives parce qu’elles ont un modèle.

Mais tout n’a pas été facile. A l’époque, il n’y avait pas de femmes militaires. Les pesanteurs socio-culturelles avaient la vie dure. Les clichés concernant le rôle des femmes dans la société étaient encore poignants. Son  entourage porte toujours sur elle un regard d’admiration en tant que femme militaire. Quant à ses supérieurs hiérarchiques, ils apprécient ses compétences professionnelles et l’esprit de discipline qu’elle observe en toute circonstance, témoigne le Colonel Djibril Inoussa. 

Cette dame qui porte le grade de capitaine depuis 2009 nourrit l’ambition de gravir les différents échelons de l’armée et être utile à son pays.

 

Engagement dans le milieu sportif et associatif

 

Diplômée en médecine du sport, BESSI-KAMA Lidi est très engagée dans le domaine sportif et associatif, surtout religieux où elle apporte sa contribution à l’émancipation de la jeune fille. 

Elle est cette voix féminine qui résonne au sein de plusieurs regroupements sportifs. Depuis 2006, elle est la Représentante du Togo à l’Organisation Régionale Antidopage (ORAD) zone II et III. A ce titre, depuis le  23 Juillet 2015, elle assure la présidencce de cette zone qui regroupe 10 pays. En 2009, elle est élue membre de la Commission Médicale de Confédération Africaine de Hand Ball (C.A.H.B.). En 2009, elle a reçu le trophée CIO Sport et lutte contre le dopage.

A deux reprises, ce Chevalier  de l’Ordre National du Mérite   a été du présidium du Forum national de la femme togolaise.

Mme Epiphanie Houmey Eklu-Koevanu, la Coordinatrice du Groupe de réflexion femme démocratie et développement (GF2D) qui a eu à la côtoyer à plusieurs reprises témoigne: « C’est une femme exceptionnelle et pionnière dans son domaine. Une personne très assidue au travail. Elle est très organisée pour allier sa vie professionnelle et son engagement social au service d’autres femmes ».

Cette amazone des temps modernes et mère de deux enfants, considère  qu’elle a eu la chance d’épouser un « homme en uniforme » qui fait le même métier qu’elle et qui en connait les exigences.

« La difficulté c’est que moi je travaille triplement.  En tant que leader je dois maintenir un certain cap, je dois donner le meilleur de moi-même parce qu’il y a d’autres qui croient  en moi. Je dois montrer la voie, je dois tenir, je dois réussir sur le plan professionnel », explique-t-elle.

Une résolution qui transcende largement le milieu professionnel pour embrasser la sphère privée et familiale : « Je m’efforce d’être présente dans la vie de mes enfants, de leur donner l’amour et leur inculquer la rigueur indispensable à leur épanouissement ». Comme partout ailleurs dans le monde, la vie d’une femme au sein des forces armées n’est pas chose aisée, ceci en raison parfois d’éléments inhérents à la condition féminine.

Mais BESSI-KAMA Lidi réussit à s’imposer dans un monde encore bien dominé par les hommes malgré les efforts des autorités pour promouvoir les femmes.