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« SODABI » :CE SPIRITIEUX TRADITIONNEL MAL AIME

Malgré une consommation qui ne se dément pas, tendant même à se diversifier, le « sodabi », ce spiritueux traditionnel très prisé dans la sous-région ouest-africaine, traîne toujours avec lui une mauvaise réputation.

 

Il n’est de boisson qui ait gardé  une si grande popularité dans la sous-région ouest-africaine que cette eau-de-vie ancestrale,  obtenue à partir de la distillation du vin de palme. Il prend des noms différents. Si au Togo et au Bénin il est connu sous le nom de « Sodabi », au Ghana, il est plutôt appelé « Akpétéshie » comme les Nigérians le connaissent sous l’appellation d’ « Agoro. » Très utile pour son mérite apéritif, au Togo comme partout ailleurs, le « Sodabi » a d’autres vertus, surtout quand il est mélangé avec d’autres ingrédients étrangers ou adjuvants tels des racines, écorces de plantes ou des herbes servant aussi d’arôme.

A preuve, le Kasabréko ghanéen qui,  après analyse faite dans les laboratoires au Togo suite à la saisie d’un stock par la police togolaise, révèle les vertus en virilité des quatre plants sur sept utilisés pour faire cette boisson.

 

Même si la consommation de cette liqueur locale à bas prix n’est plus l’apanage d’une classe sociale et qu’elle continue à avoir une place importante dans les sociétés traditionnelles, sa fabrication qui intervient dans des distilleries souvent installées en brousse, continue à garder son caractère secret. Un fait lié à l’histoire selon l’enseignant-chercheur de l’Ecole Supérieure de Techniques Biologiques et Alimentaires, ingénieur en Industrie agro-alimentaires, M. Elolo OSSEI. En effet, la fabrique du « Sodabi » avait été interdite depuis l’époque coloniale, pour sa prétendue nocivité sur la santé.

Il s’agit plutôt à travers cette prohibition, de favoriser l’importation et la consommation des liqueurs d’origine européenne. Cette prohibition restera en vigueur jusqu’à la fin des années 80.

En 1989, le mémoire de l’étudiant Kanfoutiny DJATO dirigé par M. OSSEI sur le « Sodabi », conclue que celui-ci n’ a pas d’effets négatifs sur la santé. Avec cette réserve que les machines utilisées à l’époque n’étaient pas des plus performantes.

Une thèse dont les travaux sont en cours en Belgique et dirigée par le même OSSEI, révèle aujourd’hui la présence du méthanol (une substance qui a une conséquence sur la santé) dans le « Sodabi » mais à une dose insignifiante.

Si le procédé de fabrication de la boisson était  jusque-là  resté identique à celui des origines, d’autres pratiques ont vu le jour. A Tsévié par exemple, ville qui revendique la meilleure qualité de sodabi,  un producteur confirme les informations selon lesquelles le « Sodabi » serait produit par certains à partir de métaux rouillés. » Les résultats de recherches ont de quoi surprendre.

 

Que reproche-t-on  au  Sodabi ?

Les rideaux blancs, installés ici et là aux coins des rues, sont les signes de la vente du « Sodabi »  dans ces endroits. Si sa consommation va crescendo pour le plus grand bonheur des producteurs et vendeurs, sa production reste encore rudimentaire et non réglementée. De fait, son taux d’alcool n’est pas contrôlé comme pour d’autres liqueurs.

Ce qui explique la différence de degré, avec parfois du « sodabi » à 60° alors que le taux normal selon les spécialistes devrait se situer entre 44 et 50°, plus précisément 44,31°.  Parfois l’utilisation du « Zota », une  substance brute très riche en alcool est à l’origine de l’augmentation du taux et de la présence du méthanol. En effet, il suffit de diluer le « zota » pour avoir du « sodabi ».

 

A consommer comme un Whisky

Le discrédit jeté (ex nihilo ?) sur la liqueur, fondé parfois sur des observations très souvent erronées est plus que devenu normal, même si rares sont les travaux basés sur cette eau-de-vie. Pourtant, les recherches du doctorant TAGBA démontrent par exemple que le « sodabi » ne nuit pas plus que d’autres liqueurs, à la santé.

En réalité, le suivi de sa production auprès d’une vingtaine de producteurs a permis d’identifier de différentes méthodes de production. Les résultats ont permis d’identifier les différentes composantes de cette boisson. La plupart des molécules mises en évidence ne sont pas différentes dans d’autres spiritueux commercialisés comme le très consommé Whisky. Selon le maître de mémoire, aucun composé toxique majeur n’a été retrouvé hormis des traces insignifiantes de méthanol, des quantités qui ne constituent aucun risque de toxicité sérieux sur l’organisme.

Selon l’enseignant, même le « sodabi » fait avec des éléments comme les métaux qui ne servent qu’à dynamiser la fermentation de l’alcool, est en réalité sans effet nocif,  « puisqu’avec cette méthode de préparation, c’est la vapeur obtenue à partir des chauffages qui constituent le produit fini alors que  les microbes ou la rouille ne peuvent pas se transformer en vapeur. La vapeur, c’est l’eau et l’alcool ».

Dans ce cas de figure, si problème il devrait avoir, c’est la qualité potable de l’eau utilisée à la fin.