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L’inoxydable Agboti Yawo ! « La musique, c’est un don de Dieu »

Agboti Yawo, artiste de la chanson togolaise Agboti Yawo, artiste de la chanson togolaise

Il est une figure de proue de la musique togolaise, Agboti Yawo Mawuéna est l’un des artistes musiciens qui ont fait danser le public  togolais ces trente dernières années. Et pourtant, rien ne prédisposait l’auteur du tube « Ablodé Gbadja » à une carrière musicale bien remplie. Enfant, il rêvait d’être  un douanier, un policier ou un mécanicien des bateaux avant que le virus de la musique ne l’atteigne. Aujourd’hui, Agboti Yawo vit pleinement de la musique. Après une parenthèse à l’extérieur, l’artiste est  de retour au bercail et ses chansons ont encore du succès comme à ses débuts. C’est donc cet artiste au talent inoxydable que Focus Infos vous fait redécouvrir à travers cette interview.

 

F I : Vous êtes un artiste emblématique du Togo. Après quelques années à l’extérieur, vous êtes de retour au pays et on vous voit sur la scène musicale togolaise avec autant de succès. A quoi est due cette longévité musicale ?

Agboti Yawo : Chacun a son don. La musique, c’est ce que l’Eternel Dieu m’a donné, m’a confié à démontrer sur cette terre. Tant que je vivrais je dois démontrer toujours le don de l’Eternel. C’est inné en moi. Ce n’est pas seulement une passion mais c’est un travail dans lequel je retrouve pleinement la bénédiction.

Avant je voudrais être policier ou douanier. Ce sont les deux métiers qui m’impressionnaient mais tant que le Saint-esprit n’a pas parlé et qu’on fait quelque chose à son gré ça ne marche pas. Mais quand le Seigneur a parlé c’est la musique que j’ai choisi finalement.

Au Collège, pendant la semaine culturelle, il faut que tout le monde démontre ce qu’il sait fait culturellement. Il y avait concours de chants, de danse, de poésie. C’est là où j’ai composé une chanson. Cette chanson a été  primée premier au collège ce jour là.

Par la suite, il y a un professeur de français du nom de M. Atsou, qui est dans le secteur des arts et de la culture qui m’a conseillé de tout faire pour être à Lomé parce que la manière dont il voit mon talent, je ne peux rien bénéficier si je suis à Kouvé.

C’est comme ça il m’a amené chez Melo-Togo. J’étais bien intégré au sein de Melo-Togo mais j’étais confronté à un dilemme : faut-il poursuivre la musique ou abandonner les études. Finalement j’ai choisi les études et j’ai quitté le groupe.

Au cours de mes études, Radio Lomé a lancé le  concours de chanson inter-ville en 1977. Je me suis inscris à ce concours et c’est là où j’ai composé la chanson « A toi ma mère ».

Le jour de la prestation, l’équipe de Radio Lomé était arrivée avec Ahadzi Komla en tête. Le jury devra choisir celui qui va représenter la circonscription de Tabligbo et de Vogan.

Quand le tour est venu sur moi de prester, j’ai vu que tout le monde est venu sur le podium pour m’envahir alors que mes prédécesseurs n’ont pas reçu un tel accueil. Les gens étaient contents. Le choix a été finalement fait par le public et lorsque le jury devrait publier les résultats, j’étais retenu pour ma circonscription et Afia Mala a été retenue pour Vogan.

C’est comme ça que ma carrière dans la musique a commencé. L’Eternel Dieu a voulu que je sois sa créature qui démontre son savoir-faire. Ma musique je la fais pour la gloire de l’Eternel. C’est pourquoi tous les jours avant de chanter, je pense à tout ce que je vais dire parce que je vais lancer un message au public. Il faut que ce message arrive à toucher le cœur, le cerveau et puis le corps.

J’essaie de toucher le cœur des gens afin que tout le monde soit content de ce que je fais. C’est pour cela que ma musique dure jusqu’à présent et par surcroit je suis né musicien, je dois être musicien, je dois toujours composer, je dois toujours chanter. C’est pourquoi je chante jusqu’aujourd’hui.

 

F I : Pour revenir au concours inter-ville de Radio Lomé, qui l’a finalement remporté ?

A Y : On était 25 candidats en demi finale. J’ai occupé la deuxième place à la demi-finale et Tsogbé était classé premier. Mais le public n’était pas d’accord avec ce choix du jury. Il scandait « vous avez triché l’enfant, vous avez triché l’enfant ».

Le lendemain,  pour la finale, 10 chansons ont été retenues. Je fus également classé deuxième et la même scène que la veille s’est encore reproduite quand Tsogbé a été encore déclaré gagnant. Tsogbé a l’habitude des scènes  alors que  moi c’est la première fois que je participe à un spectacle de ce genre raison pour laquelle j’ai dis au public de ne pas protester que c’est la volonté de Dieu et que prochainement je serai aussi premier.

Après ce festival, en 1980, il y avait un homme d’affaire togolais M. Félix De Souza, en collaboration avec Radio Lomé, a organisé un festival « l’Etoile d’or de la chanson togolaise ». Seuls ceux qui ont une chanson sur un disque ou sur une bande magnétique peuvent participer à ce concours. Le concours est donc réservé à ceux  qu’on écoute sur les antennes.

Je me suis inscris au dernier moment mais finalement je fus retenu. C’est là où j’ai eu l’Etoile d’or de la musique togolaise ».

 

F I : En dehors de ce prix, dans votre carrière musicale, quel autre prix avez-vous remporté ?

 A Y :  J’ai été apprécié  sur notre côte parce que ma musique est très bien acceptée au Ghana, au Bénin, au Burkina. J’ai eu la chanson de traduire « A toi ma mère » en français pour me faire connaitre davantage. C’est là où j’ai été très connu en Côte d’Ivoire.

J’ai fait un disque avec le monument de la musique africaine Franco. On a chanté ensemble au studio contre la famine en Ethiopie à l’initiative d’un homme d’affaire. On a ensuite fait un concert à l’hôtel Ivoire après la sortie d’un  album consacré à la famine. Cet album c’est comme un prix que j’ai reçu. Et puis en 1990 on m’a appelé au Ghana avec Fifi pour nous donner à Accra des distinctions « Le Prix PAFAM 90 » par le ministère de la Culture ghanéenne.

J’ai été au Burkina avec M. Ducreux l’organisateur des Tours d’Afrique. Au pays des Hommes intègres, on m’a aussi donné des prix. C’est tout ce que je peux mentionner pour le moment puisque ma carrière continue. Tout ce que je sais c’est que ma puissance, mon savoir, mon énergie, ma chance, c’est Dieu. Tout ce qu’Il me donne je dis papa merci c’est le moment que je le mérite demain sera encore un autre jour.

 

F I : Etes-vous prêt à laisser un de vos enfants vous emboiter le pas dans le domaine musical ?

A Y : Dieu nous a montré que les doigts ne sont pas les mêmes. Mes enfants ont déjà commencé. J’ai un garçon qui est à l’université mais qui joue au clavier, qui est batteur, trompettiste, basiste lui seul. Son petit frère  est batteur également. Il y a un autre  fils DJ Keli qui fait l’ « atalakou » (NDLR : flatterie). Je ne veux pas le déranger parce que tout  ce j’ai compris c’est qu’il ne faut pas bousculer les enfants. Je ne suis pas Dieu, il pouvait chanter comme moi mais il a choisi son style. Il faut que je le conseille pour qu’il perfectionne ce style pour qu’il réussisse dedans et devenir célèbre. Mon avant dernier enfant est une fille. Elle est en classe de première. Je vois qu’elle sera aussi une grande chanteuse puisque à l’école elle remporte des prix de chanson donc mes enfants ont déjà commencé par démontré que la famille musicale est là et la famille mathématique aussi est là, la famille scientifique on peut les trouver.

 

F I : Ces derniers temps on assiste à l’émergence de jeunes artistes sur la scène musicale togolaise. Quel regard portez-vous sur ces jeunes talents ?

A Y : C’est une question très pertinente. D’abord j’apprécie beaucoup tout ce qu’ils font mais si je dois, par expérience, dire quelque chose c’est que nous copions beaucoup les occidentaux en oubliant nos racines. Nous avons nos parents qui n’ont jamais été à l’école, ils conservent nos cultures, donc nous avons notre culture à nous, notre manière de chanter, notre manière de danser, de s’exprimer musicalement.

La démocratie a laissé un grand trou dans lequel la jeunesse s’est engouffrée. Après la conférence nationale beaucoup sont partis à la suite de la grève générale illimitée, les jeunes qui sont restés ont embrassé le style hip-hop. Dieu merci, ils ont bien copié. Mais je leur demande de bien travailler ce hip-hop là pour en faire un autre genre musical togolais. Parce que nos parents vont partir et nous devons raconter une histoire à nos enfants et seule notre culture doit nous aider à le faire. Nous ne devons pas laisser de côté notre culture. Je dis ce que la jeunesse fait est bien mais elle doit penser à leurs parents qui n’ont pas été à l’école dans la composition de leur chanson. Ils peuvent mélanger le hip-hop avec nos sonorités. S’ils peuvent prendre des conseils chez leurs ainés ce sera bien.

 

F I : Quand je dis « Ablodé Gbadza » qu’est-ce que ça vous rappelle ?

A Y : Je pense avant tout à l’indépendance du Togo et à la lutte de  notre premier Président pour que nous puissions avoir notre propre souveraineté. Ce mot, je l’ai trouvé dans le discours du premier Président qui disait : « Togo te voilà libre aujourd’hui, libre de ton destin Ablodé ! …, Ablodé Gbadza ! …».

Après les soubresauts démocratiques, toutes les forces vives de nation  devraient se retrouver en Conférence nationale souveraine. Aucun artiste  n’a pas été invité à cette assise nationale.  A la maison, j’écoutais les mots qui sortaient de la bouche des conférenciers : des moqueries, des injures fusaient alors que ceux qui  étaient dans la salle  étaient des  élites capables de trouver des solutions aux problèmes de notre pays. Cette assise était devenue du n’importe quoi. Je me suis dis comme ils ne nous ont pas invité, je vais leur envoyer une « bombe » qui va leur rappeler la phrase de notre président Sylvanus Olympio. C’est de là j’ai dit « Un nouveau jour s’est levé que tout le monde le sache qu’on le veut ou pas. Un nouveau jour, c’est un nouveau départ : Ablodé Gbadza ».

En bref, Ablodé Gbadza me rappelle la conférence nationale où moi aussi j’ai apporté ma contribution pour que cette conférence soit un souvenir agréable pour le Togo.

 

F I : Mais cette chanson vous a valu des ennuis ?

 A Y : Tu l’as bien dit ; certains ont pensé que cette chanson étaient dirigés contre eux  alors que ce n’est pas mon idée. Mon idée était de renforcer la solidarité, la cohésion nationale, la citoyenneté et que notre nationalisme soit reconnu par tout le monde. Mais des gens sont partir jusqu’à dire que je l’ai composé contre X ou Y. Alors on a propagé en ville on a tué Agboti, on a enlevé Agboti, on a fait ceci Agboti mais personne ne m’a rien fait jusqu’à ce que le directeur de Togo-Presse a envoyé ses journalistes pour venir m’interviewer.

Donc Ablodé est une chanson à succès et chaque 27 avril on joue ça mais je n’ai pas encore fait le clip de cette chanson. J’attends que cette chanson soit acceptée par tout le monde, les X et les Y et maintenant je vais faire le clip parce que c’est une chanson de réconciliation.

 

F I : Enfant, votre chanson dédiée à Nelson Mandela, nous a fait connaitre ce personnage emblématique de l’Histoire contemporaine. Dites-nous comment est né ce désir de composer une chanson à cette époque pour ce prisonnier célèbre ?

A Y : J’ai d’abord pensé au Pasteur Martin Luther King qui a lutté en Amérique pour que les Blancs comprennent  que nous sommes tous égaux.

En écoutant les informations que je reçois et les analyses que j’en fais m’ont poussé à dire que s’il y a quelqu’un qui lutte pour ses frères, l’égalité des races, et cette personne est emprisonnée pendant plus de 27 ans, je ne peux pas me taire parce que j’aime la vérité. Ce n’est que par la vérité que nous puissions nous affranchir, donc je dois chanter pour Nelson Mandela. J’ai prié, j’ai demandé à l’Eternel que cette chanson soit une clé pour que Mandela sorte de prison.

Lorsque le Togo devra organiser le sommet Franco-Afrique  (NDLR : en 1986) j’ai composé cette chanson. Le ministre Agbo Yao m’avait appelé dans son bureau. J’étais à Abidjan ; il m’a envoyé un émissaire pour me demander de   regagner le pays pour les aider à bien honorer les invités. A Abidjan, je devrais signer un contrat le troisième jour avec la cigarette Craven A. Mais l’amour du pays m’a poussé à laisser ce contrat et j’ai regagné le pays.

De retour dans son bureau, le ministre m’a dit : «  Agboti fait tout pour que ce sommet culturellement et musicalement réussisse ». Lorsqu’il faisait le tour des problèmes contemporains avec moi dans son bureau, il est encore revenu sur Nelson Mandela. C’est de là que dans le bureau du ministre Agbo j’ai commencé par écrire la chanson « Libérez Mandela ». A la maison j’ai continué et c’est le ministre Amegbo qui a peaufiné le texte.

Au cours du banquet lorsque Aïcha Koné a chanté, François Lougah a également chanté ensuite vint le tour des Togolais et c’est moi qui devrais ouvrir le bal. Lorsque j’ai entonné la chanson tout le monde était debout. Il y avait les présidents qui dansaient dans leurs fauteuils. J’avais bien remarqué le président Joachim Chissano qui tournait  dans son fauteuil. Je l’ai bien vu puisque j’étais allé devant pour honorer les invités et notre président. C’est comme ça la chanson là est venue. Je rends grâce à Dieu et Il a exaucé ma prière. Après la sortie de cette chanson Nelson Mandela est sorti de prison.

Le titre même de la chanson c’est « Justice, Libérez Mandela ». Voilà comment est née cette chanson c’est parce que Nelson Mandela je l’ai comparé à Martin Luther King.

F I : Entre votre talent et votre voix, lequel préférez-vous le plus ?

A Y : Les deux parce que sans la voix je ne pouvais pas reconnaitre que j’ai un talent et sans le talent je ne pouvais pas reconnaitre qu’avec ma voix je pouvais être reconnu comme chanteur donc j’aime les deux. Je remercie l’Eternel pour cela.

 

F I : Quand Agboti se réveille de son lit, qu’est-ce qu’il fait premièrement ?

A Y : Etant qu’un être humain lorsque j’ouvre premièrement les yeux je pense à l’Eternel Dieu. Je dis merci à l’Eternel, c’est un nouveau jour et c’est Toi qui va me conduire toute la journée, je rends gloire à Dieu. Après je vois si tous mes enfants sont debout.  Ensuite je pense à comment je vais conduire la maison par l’aide du Saint-Esprit.

 

F I : Entre une femme blanche et une femme noire, laquelle appréciez-vous ?

A Y : (NDLR : Après quelques temps d’hésitation) Je ne peux jamais négliger ce que l’Eternel a crée : femme blanche ou noire. Je les adore toutes parce qu’elles sont toutes crée par l’Eternel Dieu, grosse ou mince. Mais il faut savoir que j’ai une femme qui m’aime beaucoup et je fais tout pour la rendre heureuse.

 

F I : Quelle est la place de Lomé ou quartier de Lomé que vous adorez le plus ?

A Y : Pour  faire plaisir à mes enfants je me rends souvent à la plage. Il y aussi la place CERFER que j’aime beaucoup. Je vois que Lomé est en train de changer. Lomé s’embellie de jour en jour. Prions que l’émergence continue.

 

F I : Qu’est-ce que vous auriez aimé changer à Lomé ou qu’est ce que vous n’aimez pas chez les habitants de Lomé ?

 A Y : Si je dois parler ça va être très dur. Je ne vais pas répondre à cette question parce qu’il y a beaucoup de choses qui ne me plaisent pas ici. Je laisse le soin à la Mairie, et au Maire qui est en charge de la ville de Lomé de faire de son travail.