Log in

INTERVENTION EN GAMBIE: QUI PAIE LA FACTURE?

 Déployées au départ selon l’organisation de la sous-région pour contraindre le président Yaya JAMMEH à céder le pouvoir à son successeur  Adama BARROW, les forces de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), s’installeront finalement en Gambie pour assurer la sécurité du pays et la protection du nouvel homme fort de l’enclave. Qui paiera la facture ?

 

A l’instar de l’ensemble de la communauté internationale, la CEDEAO a fait preuve dès le début de la crise, d’une constance et d’une fermeté à toutes épreuves  à l’égard de Yayah JAMMEH. Elle a été unanime pour  condamner la  volte face de ce dernier, l’empressant d’assurer une transition pacifique. De fait, c’est par la voix du  Béninois Marcel de SOUZA que les premières menaces d’une intervention militaire se sont fait jour. Même si certains ont reproché au président de la commission de la CEDEAO « son langage peu diplomatique et sa propension à aller souvent trop loin et plus vite que les Chefs d’Etat » il n’en demeure pas moins que c’est sa ligne, dure et sans recul,  qui aura  triomphé.

 

 Dès la prestation de serment à Dakar (SENEGAL) d’Adama BARROW au sein de l’ambassade de GAMBIE et le vote d’une résolution à l’ONU (Organisation de Nations Unies) présenté par le pays de la Téranga, les troupes de la CEDEAO stationnées depuis lors à la frontière, ont pénétré sur le territoire gambien dans le cadre de l’opération baptisée «  Restaurer la démocratie » , ne rencontrant aucune résistance, et mettant un peu plus la pression sur monsieur JAMMEH.

 

ADDITION :

 

Si au final, aucun  coup ne sera tiré et que l’ancien président a pu être convaincu par ses pairs guinéens et mauritaniens de prendre la route de l’exil sans effusion de sang, il n’en demeure pas moins que  le déploiement de forces dans le pays  aura  un coût qui va s’alourdir avec la mission qui a changé de nature. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de déloger monsieur JAMMEH mais plutôt,  dans le cadre de la Mission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en GAMBIE (appelée MICEGA), « de contrôler des points stratégiques en vue de sécuriser les populations et faciliter la prise de fonction du président élu »  a expliqué notamment le général sénégalais François NDIAYE.

La mission restera déployée « conformément au mandat qui s’exercera jusqu’à ce que le président BARROW  prenne effectivement fonction et que les conditions de l’exercice effectif  de son pouvoir  soient réunies », a-t-il conclu.

 

De fait, d’après un haut fonctionnaire de la CEDEAO que notre rédaction a  contacté, c’est l’organisation sous-régionale qui paiera in fine la facture, « probablement soutenue de différentes manières  par ses partenaires et plusieurs autres contributeurs  » nous a-t-il indiqué. S’il explique ne pas être en mesure d’évaluer à ce stade le coût d’une telle intervention, se contentant d’avancer  plusieurs milliards de FCFA, il estime en revanche  que ce sont les pays engagés qui supporteront et avanceront les premières  dépenses (déploiement, équipements, matériels, émoluments,  services etc.), en attendant qu’un remboursement ou une compensation ait lieu   sur présentation de factures par la CEDEAO, ordonnatrice  de la mission.

 

Une source militaire au sein de l’Etat Major togolais   confirme que c’est une intervention  qui aura un coût important. «  Vous imaginez bien que lorsqu’un pays comme le Nigéria déploie par exemple son navire de guerre Unité SS qui est  le plus récent, cela engendre forcément des coûts pour son armée » confie-t-elle. Et d’expliquer :   «  dans ce genre d’opération et vu l’urgence, ce sont les pays engagés qui supportent les coûts, à charge pour l’institution sous la bannière de laquelle elle est conduite, de rembourser». «  Lorsqu’il y a une mission, on sollicite les Etats en leur précisant de quels profils de militaires (infanterie, génie, commandos etc…) on a besoin et de quels genres d’équipements.

 

Chaque Etat se détermine en notifiant quels genres de forces et de matériels il peut déployer. Généralement, ceci se fait dans un premier temps à ses frais, quitte à se faire rembourser par l’ordonnateur de la mission. Un taux journalier est fixé par jour pour chaque homme et chaque matériel. Il varie en fonction de l’ordonnateur, du  type de mission et de sa dangerosité » résume t-il.

 

En revanche, ce chercheur spécialiste des questions diplomatiques ne croit pas que la CEDEAO ait les moyens de financer une telle opération, même après coup. «  Avec le  budget qui est le sien, et des ressources en deça de ses  ambitions et des objectifs qui lui sont assignés, je ne vois pas comment cette organisation peut avoir les moyens d’une telle opération. Je pencherai plutôt pour un soutien onusien,  européen et autres contributions  sans pour autant   vous dire sous quelle forme » soutient-il. Selon lui, il faut envisager aussi que la GAMBIE, au profit de laquelle l’opération est organisée, en paie une partie. «  C’est la tradition.

 

D’une manière ou d’une autre, tôt ou tard, ce pays devra passer à la caisse » relève-t-il. Et d’ajouter : «  j’opterai surtout pour une prise en charge pour une bonne partie, par les pays engagés en première ligne dans ce dossier ». Pour quels intérêts ?

 

Pour lui, le SENEGAL  qui a pris la tête de la coalition anti-jammeh ne défend pas que la démocratie et le vote populaire des Gambiens. «  Il serait naïf de croire cela. Ses motivations sont d’ordre économique et surtout stratégiques » révèle-t-il. La GAMBIE est en effet enclavée à l’intérieur du SENEGAL. Et DAKAR a beaucoup à gagner avec le départ de Yahya JAMMEH  et l’instauration d’une GAMBIE démocratique.  Au-delà du désenclavement de la CASAMANCE, il y a l’espoir de mieux lutter contre les trafics : la drogue mais aussi le bois des forêts de CASAMANCE qui embarque pour la CHINE, via la GAMBIE. Mais pour le SENEGAL, c’est surtout l’occasion de mettre un point final à la rébellion casamançaise du MFDC. Yahya JAMMEH a en effet offert à la branche de Salif SADIO une base arrière. C’était pour lui un moyen permanent de pression sur DAKAR. Le président Macky SALL  en était d’ailleurs convaincu, lui qui a réservé sa première visite de chef d’Etat en 2012 à l’homme fort de BANJUL. Voilà pourquoi le SENEGAL a pris la locomotive de l’opération en cours et devra sans doute en supporter une partie du  coût.

 

Quant au NIGERIA, campant une puissance régionale et  aspirant à jouer les premiers rôles, il ne pouvait rester absent dans cette crise, ni accepter d’être relégué au second plan. D’où son implication dans le règlement politique de la situation  et celle dans l’intervention militaire, à travers le déploiement des moyens aériens, navals et terrestres. Il paiera également donc le prix de son positionnement.

 

D’après nos informations, ce sont les éléments de ces deux pays qui constituent l’essentiel des forces de la CEDEAO désormais sur le théâtre d’opération gambien. Les informations relatives à la présence de militaires togolais ayant été démenties par l’état-major des Forces Armées Togolaises ( FAT); celles sur les Ivoiriens vite retirées, paraissant d’ailleurs improbables vu la mutinerie chronique que vit ce pays depuis plusieurs semaines.