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LA CPI DOIT REVOIR SA COPIE !

Depuis quelques semaines, la polémique autour de la Cour pénale internationale (CPI)  a pris une nouvelle tournure avec l’annonce faite par trois pays, de se retirer du Traité de Rome qu’ils avaient ratifié des années auparavant. Si les cas de la Gambie et du Burundi ont été considérés par beaucoup comme anecdotique voire logique, ces Etats  étant régulièrement cités comme de patents violateurs massifs des droits de l’homme et leurs dirigeants comme de potentiels candidats à la Haye, celui de l’Afrique du Sud devrait en revanche interpeller. Ne pouvant,  d’aucun point de vue,    être assimilé au  caprice d’un « obscur dictateur sanguinaire ».

Ces différentes  positions doivent définitivement convaincre, au minimum, du malaise que crée le fonctionnement de la CPI. Elles constituent les réponses peut-être brutales, aux questions que se posent bon nombre de pays africains qui ont valu lors d’un sommet des Chefs d’Etat de l’Union africaine (UA), une proposition de sortie collective du Traité de Rome.

L’idée d’une justice internationale, qui viendrait pallier les insuffisances ou le manque de volonté délibérée de celle locale pour écouter, panser les plaies et faire rentrer dans leurs droits,  des citoyens victimes de la folie meurtrière et des comportements hautement répréhensibles de leurs compatriotes, souvent dirigeants, ne peut qu’être partagée. L’impunité favorise et encourage certains fléaux et crimes, dont les auteurs s’abritent  justement derrière la protection du principe de  la souveraineté des Etats.

Cependant, lorsque la quasi-totalité des affaires ouvertes par la CPI ne concerne que des Africains, un continent il est vrai en proie à de terribles conflits dévastateurs,  alors même qu’au Moyen et en Extrême-Orient, en Asie, en Amérique Latine et un peu partout dans le monde, d’autres plus sanglants et plus vieux ont lieu sans qu’elle n’en connaisse, difficile de balayer le reproche d’un tribunal contre les Africains.

Qui peut véritablement convaincre que le conflit post électoral ivoirien méritait davantage  l’intervention de la CPI, que les guerres en Irak, au Yémen ou encore en Syrie qui ne semblent pas faire partie des priorités des juges de la CPI, qui ont jeté leur dévolu sur la Côte d’Ivoire, le Soudan, la Centrafrique, la Répubique Démocratique du Congo….

Et  prétendent lorgner du côté du Gabon, comme si les évènements douloureux qui s’y sont déroulés et son lot insupportable de morts, quoique inacceptables, avaient quelque commune mesure avec les sauvageries quotidiennes que vivent les populations syriennes et yéménites. Pourtant, le curseur de la priorité n’est pas ( encore ?)  arrivé à ces conflits.

Ajouté à cela  le fait que certaines puissances, promptes à brandir la menace de la Haye, à l’instrumentaliser pour faire passer leur position, à l’instar des  Etats-Unis, n’ont même ratifié le traité. Bien plus, elles  ont signé des conventions avec des  pays pour qu’en contrepartie d’un soutien financier, ils ne soient jamais amenés à livrer leurs  ressortissants  à la CPI. Voilà une autre réalité qui fonde les critiques d’une justice à deux vitesses, de deux poids deux mesures.

En tout état de cause, ces images d’Africains menottés, escortés par des Occidentaux, amenés dans des tribunaux dont les juges sont à une écrasante majorité des Blancs, ne sont plus supportables pour une partie de l’opinion publique africaine. Sans pour autant que ceux qui la composent, soient des buveurs de sang, des accrocs à la guerre ou des défenseurs de vilains autocrates. Elles renvoient à d’autres images, que l’actuelle génération n’a pas certes vécues, mais qu’elle devine aisément.

La CPI doit donc revoir sa copie, pour poursuivre dans tous les conflits où les crimes les plus abjects sont commis ; démontrant ainsi qu’elle n’est pas aux ordres des puissances occidentales.  C’est à ce seul prix qu’elle fera taire les critiques, bien fondées et légitimes quoi qu’en disent les « droits de l’hommiste» qui sont dans leur rôle. La justice internationale quoique constituant un idéal intéressant et utile, doit par ailleurs composer avec la politique.

Si les premiers responsables des FARC avaient été à la Haye, l’accord aujourd’hui conclu avec le gouvernement colombien n’aurait peut-être pas existé ou s’en serait trouvé plus difficile à conclure.

C’est pour dire que l’on devrait parfois laisser aux peuples, aux nations voire à des régions, la possibilité de trouver les dynamiques pour trouver des solutions à leurs problèmes, le temps qu’il faudra, sans les handicaper par de grands principes moralisants, contre-productifs. Moussa TRAORE au Mali, Hissène HABRE au Tchad, Augusto PINOCHET  au Chili en sont les parfaites illustrations.