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VOUS EN AVEZ MARRE DE DIALOGUER, QUE VOULEZ-VOUS ESSAYER ?

Aux termes d’un communiqué publié début novembre, le gouvernement  a décidé de « prendre des mesures nécessaires à la remise en liberté de 42 personnes interpellées  jugées et condamnées par diverses juridictions dans le cadre des récentes manifestations  violentes, la restitution des motocyclettes saisis  à Lomé lors de la manifestation du 7 septembre 2017 et ce après 22 heures, la levée de la mesure de contrôle judiciaire  de M. Jean Pierre Fabre, Chef de fil de l’opposition dans la procédure des incendies ». Il a en outre annoncé,   prendre des dispositions nécessaires pour l’ouverture d’un dialogue  avec l’ensemble de la classe politique togolaise.

L’ensemble des mesures  vise à assurer selon les autorités  « la préservation et le respect effectif  de la liberté de manifestation» et réaffirmer  «la détermination du gouvernement  à promouvoir le  calme ainsi qu’un climat d’apaisement et de sérénité, indispensables pour la recherche de  solutions crédibles et durables à la question des reformes politiques».

Plus d’une semaine plus tard, cette initiative reste pour l’heure lettre morte. En dépit du soutien ferme et affiché de la communauté internationale qui d’ailleurs, depuis le début de la crise, ne disait pas autre chose et invitait  la classe politique togolaise à rechercher le consensus. Où réunir celui-ci si ce n’est autour d’un dialogue ou d’une table de négociations, peu en importe d’ailleurs le terme choisi.

Les pourfendeurs de la discussion ont trouvé leur argument massue : on dialogue trop au Togo et on en serait à une vingtaine déjà. Le compte  est certainement bon. Mais s’ils n’ont pas définitivement résolu le problème politique togolais, ils y ont fortement contribué, chacun en son temps et à son époque, dans un contexte particulier : les discussions pouvoir-FAR, pouvoir COD 1, pouvoir COD 2, les rencontres ayant abouti à l’Accord Politique Global (APG),  à l’Accord RPT-UFC etc….Elles n’ont pas toutes reçues  entière application. Elles ont cependant joué leur rôle dans le saut qualitatif de notre processus démocratique en validant ou en consacrant des acquis nullement remis en cause aujourd’hui, en créant les conditions d’un apaisement ou plus minimaliste sans être marginal, en posant certains débats sur la table.

En tout état de cause, s’il faut évoquer l’inefficacité des dialogues en convoquant le ratio dialogue/ résultats, il conviendrait de le mettre en perspective avec le rapport marches/résultats pour mieux comparer. Si les marches à elles seules pouvaient résoudre l’interminable crise au Togo, cela  aurait été su depuis des lustres. Que personne ne s’y méprenne : le dialogue est la voie la plus pérenne et la mieux indiquée pour définitivement en finir avec les soubresauts exaspérants de notre processus démocratique.

De fait, vu l’urgence, il faut revenir à l’essentiel pour aborder les propositions qui consacrent entre autres la limitation du nombre de mandats du Président de la République, l’institution d’un mode de scrutin à deux tours pour l’élection du Chef de l’Etat, quitte dans un second temps, à connaître de la refonte de notre Constitution ou du passage à une nouvelle république. Et ce débat ne doit pas être pris en otage par des considérations personnelles. Au Togo, à chaque fois qu’une réforme a été engagée en ayant dans le viseur une personne, cela s’est  soldé par un échec et beaucoup de tensions. Tirons-en des leçons !

PARLEZ A VOTRE PEUPLE, MONSIEUR LE PRESIDENT

Depuis plus de deux mois, le Togo connaît l’une de ses plus graves crises politiques de ces dernières années. A l’origine, des revendications sur les réformes institutionnelles et constitutionnelles, qui vont vite céder la place à une exigence plus maximaliste, complexifiant ainsi davantage la situation : la démission du Chef de l’Etat.  Il faut dire que la mobilisation qui ne se dément pas, aussi bien à l’intérieur du pays qu’au sein de la diaspora, a tôt fait d’enivrer les leaders de l’opposition, engagés dès lors dans un bras de fer autour du risqué pari du  tout ou rien. 

 

La radicalisation de plus en plus assumée des positions, associée au refus incompréhensible du dialogue, font le lit d’un enlisement  qui ne présage pas d’une sortie de crise à court terme. Dans ce contexte où le brouhaha des déclarations des plus enflammées se le dispute à celui des plus modérés, où encore des appels à la retenue et à la discussion des amis du Togo se font de plus en plus pressants, seule une voix manque à l’appel. Et elle est indubitablement la plus importante : celle du Président de la République.

Il est vrai que  sa parole est rare,  et toujours délivrée avec parcimonie et délicatesse. Question de caractère et leçon tirée d’une présidence précédente, omniprésente et surmédiatisée. L’absence de communication est une forme de communication, dit-on trivialement. Et ses compatriotes ont intégré, incontestablement et à leur corps défendant, l’absence quasi institutionnalisée de la parole présidentielle  de Faure Gnassingbé. Mauvaise fortune, bon cœur. Mais uniquement en période apaisée. Car l’invisibilité du capitaine en temps de vents calmes n’inquiète pas autant que dans la tempête. Or, nous y sommes. Parler pour dire quoi ? Définir le cap, lever les inquiétudes, prôner la cohésion ainsi que  la nécessaire préservation du tissu social et du vivre ensemble, sérieusement ébranlés  ces dernières semaines par un déferlement de violences dans la rue et une banalisation de la haine et de l’intolérance sur les réseaux sociaux. Et surtout  prendre de la hauteur et parler aux Togolais, à tous les Togolais, opposants, soutenant le pouvoir ou politiquement non marqués.

 

Un discours républicain donc et non partisan, qui s’évade des contingences politiques, prend appui sur la légitimité issue des urnes et promet des lendemains moins chahutés parce que construits ensemble, autour de l’idéal démocratique et de la culture de la paix.  A défaut, les contempteurs du Chef de l’Etat y verront l’expression d’un mépris pour le sort du pays et de tout ce qui s’y joue, actuellement. Ils ne s’en privent d’ailleurs déjà pas. Mais cela est de bonne guerre et le jeu politique est ainsi fait.

Cependant,  l’initiative de la prise de parole ne saurait  être simplement  motivée par l’interprétation que font les opposants à  Faure Gnasssingbé de son silence. Il correspond à un réel besoin, pour le peuple d’entendre, quitte à le critiquer et cela  ne manquera pas, l’analyse du numéro 1 d’entre eux de la situation devenue insupportable et étouffante pour bon nombre de Togolais,  et des moyens de s’en sortir.  Il n’y gagnera sans doute  rien, sinon que des coups.  Mais ses partisans qui veulent entendre sa voix, si. Le pays aussi, en étant assuré que le commandant tient  le  gouvernail pour le bien de tous ! 

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