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Santé : Manque de moyens techniques, de réactifs, erreurs, faut-il faire confiance aux résultats des analyses médicales ?

Etape importante dans le diagnostic d’une maladie permettant au médecin de confirmer ou d’infirmer ses présomptions, l’analyse médicale joue un rôle important dans la détermination du  mal dont souffre un patient.   Une analyse bien faite est un pas vers une bonne prise en charge. Encore faut-il que les résultats soient fiables. Ce qui dépend pour l’essentiel de plusieurs facteurs tant techniques qu’humains. Quelle est la situation dans les centres de santé publics au Togo ? Eléments de réponse, plutôt inquiétants au CHU Sylvanus OLYMPIO (CHU S.O).

 

Au CHU S.O, il  n’existe pas en tant que tel de « département des laboratoires ».  Ce sont des  différents services indépendants  qui sont en lien direct avec la Direction sur les plans technique, administratif et financier.

Il s’agit des services de :

- l’hématologie : les analyses hématologiques sont pratiquées sur le sang pour permettre le diagnostic ou le suivi de certaines maladies. Ainsi, l’hématologie regroupe l’analyse des cellules du sang mais aussi d’éléments dissouts dans le plasma comme les facteurs de la coagulation ou les anticorps.

- la parasitologie/ bactériologie : en bactériologie et parasitologie, le but des analyses est souvent d’identifier l’agent responsable de l’infection : bactérie, parasite, champignons microscopiques, etc. Elles consistent donc à prélever un échantillon et à rechercher l’élément pathogène soit par observation directe, soit après mise en culture. L’identification du germe pathogène aidera à définir le meilleur traitement et l’antibiotique le plus efficace.

 

- la sérologie : la sérologie est l’étude du sérum, c’est-à-dire le sang débarrassé de ses cellules et de certains constituants. La plupart du temps, il a l’aspect d’un liquide transparent et jaunâtre. Communément, la sérologie consiste à évaluer l’immunité à une maladie en mesurant la quantité d’anticorps spécifiques de celle-ci.

 

Ces 4 services sont réunis sous l’appellation microbiologie, cohabitant avec la biochimie. Celle-ci est l’étude des réactions chimiques du monde vivant. Les analyses biochimiques consistent à mesurer les quantités des constituants des liquides biologiques (sang, urine, etc.). La plupart des maladies ont en effet des répercussions sur leur composition et leur étude peut aider au diagnostic et au suivi de nombreuses maladies.

 

ABSENTEISME : .

 

Les heures officielles indiquées pour effectuer les prélèvements en vue des différentes analyses sont tous les jours de 07h à 09h ; sauf cas d’urgence. Les résultats sont en principe disponibles dès le lendemain à l’exception de la bactériologie pour laquelle, un délai de 72 heures est requis. A côté de ces horaires pour les prélèvements,  les laborantins sont censés effectuer leur service entre 07h et 15h, assurer une permanence de 15h à 17h30 et les gardes de 17h30 à 7h00.

Cependant, ces horaires sont aléatoires et il est très fréquent que les patients trouvent portes closes à leur arrivée, pour cause de retard de l’agent préposé au service ou carrément de son absence. Régulièrement par ailleurs, les délais de mise à disposition des résultats ne sont pas respectés. C’est ce que nous confient plusieurs patients ou accompagnateurs qui se désolent de cette situation qui impacte négativement sur la prise en charge diligente de certaines pathologies.

 « Il y a trop de lenteur dans les  services de laboratoire. Et lorsque vous vous y rendez la nuit, si vous avez la chance d’y croiser un agent censé être de garde, il vous signifiera clairement qu’il ne travaille pas la nuit. Il faut donc revenir le lendemain. C’est inadmissible pour le plus grand centre hospitalier du Togo » se désole Michel GBEDEMA, croisé dans les couloirs du CHU S.O.

 M. KODJOGAN, venu retirer les résultats d’analyse de sa mère, enfonce le clou : les agents auraient  leur propre horaire de service en marge de l’horaire officiel.   « Ils vous donnent des rendez-vous fermes. Mais à votre arrivée, vous trouvez souvent portes closes. Pourtant, ce sont des heures de service » révèle-t-il. «  Une fois, l’infirmier traitant qui ne nous croyait pas est monté lui-même pour retirer les résultats ; sans succès » a-t-il poursuivi.

 

«  Il existe une vraie  inadéquation entre le nombre de personnes affectées et les besoins réels en compétences techniques. Les services semblent de plus souvent paralysés du fait de l’absentéisme d’une partie du personnel notamment ceux inscrits sur le budget autonome du CHU-SO » peut-on lire dans le rapport d’audit sur le CHU sollicité par le gouvernement.

 

CONDITIONS DIFFICILES :

 

Pour cet agent qui a accepté répondre à nos questions tout en exigeant l’anonymat, ce que rapportent les patients est avéré. Mais il met cela davantage sur le manque de moyens. «  Nous n’avons qu’une seule machine. Au moment de sortir les résultats, un autre travaille sur le même appareil » explique-t-il. Il assure que lui et ses collègues travaillent à la réduction des délais, y compris en mettant leurs portatifs personnels au service de l’hôpital.

De fait, le personnel de ces services travaille  dans des conditions difficiles étant donné que les locaux sont vieux et aujourd’hui inadaptés aux conceptions d’un laboratoire moderne.  Le manque de matériel informatique et de logiciel de gestion de stocks explique  les  nombreux retards dans la production des résultats et ne facilite pas les contrôles sur la gestion des consommables nécessaires, avec comme conséquence, le détournement des réactifs à des fins privées. Il en résulte une surexploitation de quelques équipements entrainant de nouvelles pannes et conduisant naturellement à de nombreux retards dans la mise à disposition des résultats d’analyse aux patients.

Le problème de la disponibilité des intrants et consommables nécessaires est également récurrent. Certains équipements  acquis sur le financement BIDC nécessiteraient des réactifs spécifiques d’un fournisseur indien.

Selon le rapport d’audit mené au CHU par des experts français,  le service de laboratoire d’anatomie-pathologique est  fortement handicapé par la vétusté de ses équipements, qui sont limités actuellement à un microscope et un microtome (ancien modèle). Comme il rencontre de plus des difficultés dans l’approvisionnement des intrants spécifiques, un retard considérable est constaté dans la livraison des résultats. De nombreux échantillons sont ainsi en attente d’analyse (certains depuis plus d’un an ou deux).

 Le service laboratoire de toxicologie,  rattaché au laboratoire anatomie- pathologie est dans la même situation que celui de son laboratoire de tutelle.

 Le service histologie, embryologie, cytologie et biologie de la reproduction,  très spécialisé,  qui s’occupe de la santé de la reproduction, des maladies liées au sexe (maladie gynécologique et andrologique), des problèmes de stérilité du couple, du dépistage du cancer gynécologique et de la cytogénétique (maladie à transmission génétique) manque clairement de personnel spécialisé et de moyens technologiques au regard de ses ambitions.

 

FIABLITE:

 

L’absence d’un minimum d’informatisation rend la production des résultats (“à la main”) lente et peu fiable ; de plus, les résultats ne sont pas adressés directement aux services de soins. Les doutes sur les résultats sont également dus à la vétusté des équipements utilisés ou à l’indisponibilité de certaines machines, au manque récurrent de réactifs etc…

Le récit de Kayi, jeune mère, est édifiant.   « Après consultation de mon nourrisson au CHU Campus,  le médecin nous a demandé plusieurs analyses. Nous avons décidé de les faire à l’hôpital de Bè ce qui fut fait. Nous présentions une semaine plus tard les résultats des analyses au médecin traitant. Après décryptage des résultats, il juge douteux une analyse jugée positive à l’infection. Il explique son doute par le fait que le résultat a  été écrit à la main et que tout le monde peut le faire ainsi. Il nous demanda de  refaire la même analyse au CHU Campus, nous l’avons fait dans la même semaine. Cette nouvelle analyse contredisait  la précédente car elle était  négative ».

 

Elle  précise que pour la  nouvelle analyse, le médecin traitant leur avait dit comment ils devaient  recueillir l’urine de l’enfant ; contrairement à la précédente. 

 

PLUS UN HÔPITAL DE REFERENCE.

 

En plus de la lenteur dans la cession des résultats, de leur fiabilité, le CHU S.O. ne propose qu’une  gamme d’analyses « restreinte ». On n’y fait pas par exemple  les analyses d’hépatite B par manque d’appareil adéquat. Et lorsque l’appareil existe, c’est le réactif qui manque. Tel est le cas pour la sérologie toxoplasmique et la rubéole pour les femmes enceintes.  En hématologie, deux méthodes d’analyse cohabitent, contraires aux normes hospitalières : l’utilisation d’appareil le jour, de l’hémocue la nuit.  En 2014 par exemple, les patients qui avaient  besoin de faire des analyses en bactériologie en ont été privés pendant  six mois, pour des raisons budgétaires. 

 

De fait, la « référence » en matière d’analyses de laboratoire qui était attribuée auparavant au CHU SO se retrouve aujourd’hui dans le secteur privé, vers lequel les patients se tournent en masse pour pallier la restriction des gammes d’analyses et au délai de mise à disposition aléatoire, encouragés souvent, il est vrai, par   des agents de laboratoires publics, employés dans des cliniques privées. Ceux-ci parfois, n’hésitent pas à utiliser des réactifs du service public pour faire des analyses dans leurs établissements lorsqu’ils ne « détournent » pas purement et simplement les patients des hôpitaux vers des centres privés.

 

Ainsi, on  constate principalement pour les services de biochimie et de microbiologie une chute importante (de 20 à 45%) du nombre d’actes de 2012 à 2013 et une certaine stabilité dans les années ultérieures. Les autres services ont des productions relativement faibles, qui décroissent cependant encore ces dernières années.

Interview : Komi Valère HONYIGLOH-HOSSOU, expert-comptable diplôme et administrateur général de Grant Thornton Togo S.A

« L’adoption du référentiel syscohada s’explique par la nécessité pour nos pays de tendre vers un langage comptable international commun »

Au 1er janvier 2018, entre en vigueur le Système Comptable OHADA (SYSCOHADA) révisé. Ce référentiel qui a pour objectif d’harmoniser les règles comptables applicables dans les pays membres de l’OHADA, y a initialement cours depuis 2001. Pour connaître l’essentiel des dispositions telles que mises à jour ainsi que l’appropriation que devront en faire les comptabilités des entreprises, FOCUS INFOS a rencontré monsieur Komi Valère HONYIGLOH-HOSSOU, Expert-comptable diplômé et administrateur général de Grant Thornton TOGO S.A., membre du réseau mondial Grant Thornton International. Son cabinet organise dans les prochains jours, au profit des directeurs administratifs et financiers, des comptables, des contrôleurs de gestion, des trésoriers, des auditeurs etc.., un séminaire de formation sur le thème « les Innovations majeures du SYSCOHADA ». Interview !

 

Focus Infos : Rappelez-nous ce qu’est le SYSCOHADA?

 

Komi Valère HONYIGLOH-HOSSOU : Le SYSCOHADA est le référentiel comptable qui s’applique dans les dix-sept pays membres de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA), dont notre pays le Togo.

Un système comptable est une organisation du travail de la comptabilité caractérisée par :

-  un enregistrement exhaustif au jour le jour sans retard des informations comptables.

-  un traitement en temps opportun des données financières enregistrées.

- l’élaboration des états de synthèse (Bilan, compte de résultat et autres états) requis dans les délais légaux.

 

F I : Au 1er janvier prochain, le SYSCOHADA révisé entre en vigueur. Quelles sont les principales caractéristiques du nouveau dispositif comptable ?

 

K V H-H : Avant de répondre à cette question, je voudrais d’abord préciser que le Conseil des Ministres de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) a adopté, lors de sa 43ème session, ce nouvel acte uniforme, le 26 janvier 2017, à Brazzaville au Congo. Il a été publié au Journal Officiel de l’Organisation le 15 février 2017.

Le nouvel Acte uniforme entre en vigueur au 1er janvier 2018 pour les comptes personnels des entités et au 1er janvier 2019 pour les comptes consolidés et les comptes IFRS. Je précise au passage qu’avec le nouvel acte uniforme, ce qui était désigné sous le vocal « entreprise » devient « entité ». Ce qui veut dire que dorénavant, on ne parlera plus d’entreprise mais d’entité.

Ce nouveau dispositif comptable comprend l’Acte uniforme révisé et le système comptable OHADA révisé (SYSCOHADA) de plus de 1 200 pages, à savoir : le plan comptable général OHADA, d’une part, et le dispositif comptable des comptes consolidés et combinés, d’autre part.

Pour revenir à votre question, je dirai que le dispositif se caractérise, entre autres par :

 

- le changement de l’intitulé de l’Acte uniforme qui s’appelle désormais Acte uniforme de l’OHADA relatif au droit comptable et à l’information financière (AUDCIF) ;

- le maintien, aux côtés du système normal, d’un système minimal de trésorerie pour les petites entités économiques. Cette coexistence permettra aux entreprises de disposer d’une comptabilité appropriée en fonction de leur chiffre d’affaires. Cette option est intéressante en ce sens qu’elle fait un clin d’œil au secteur informel dont le développement est nécessaire à la croissance économique dans nos pays;

- la reconnaissance de la spécificité du système comptable des secteurs règlementés ;

- l’obligation des entités inscrites à une bourse des valeurs ou faisant appel public à l’épargne, de produire en sus de leurs états financiers individuels en normes SYSCOHADA ou selon le référentiel comptable spécifique à leurs activités, des états financiers en normes internationales d’informations financières (IFRS) afin de garantir la qualité et la comparabilité des données produites;

- la consécration de dispositions transitoires, pour permettre un passage efficient vers le nouveau référentiel révisé.

 

Il faut également signaler que la reforme a élaboré le cadre conceptuel du SYSCOHADA. Ce cadre conceptuel peut être schématisé comme étant la « constitution » du nouveau référentiel comptable, c’est-à-dire le cadre de préparation et de présentation des états financiers.

 

F I : Qu’est-ce qui a rendu nécessaire, selon vous, cette  mise à jour ?

 

K V H-H : L’Afrique s’est résolument engagée dans un processus de libéralisation économique s’acheminant vers son intégration progressive dans l’économie mondiale. Cette libéralisation aura pour conséquence le démantèlement progressif des barrières douanières. Avec ces changements économiques et ces mutations profondes, il fallait un système comptable qui soit à la hauteur de ces enjeux,  autrement dit, il s’est avéré nécessaire de tendre vers un langage comptable international commun.

 

C’est ce qui a motivé la décision des autorités des dix sept (17) états membres de l’OHADA, de mettre en place ce nouveau dispositif qui, dans une grande mesure tend vers les normes IFRS (International Financial Reporting Standards). Les IFRS sont des normes internationales d’informations financières destinées à standardiser la présentation des données comptables échangées au niveau international.

 

Aujourd’hui dans  nos pays, arrivent des investisseurs du monde entier et qui appartiennent à de grands groupes ou intérêts économiques. Ils ont besoin de lire des données comptables et financières de leur entreprise de l’espace OHADA de la même manière qu’ils lisent ces mêmes informations venant de leurs entreprises installées ailleurs.

 

F I : Quels sont les domaines couverts par la réforme ?

 

K V H-H : La réforme affecte essentiellement 2 parties : le droit comptable et la technique comptable

 

Dans la partie relative au droit comptable, on peut citer sans être exhaustif :

 

- le changement du titre de l’acte uniforme dont j’ai fait référence tantôt. Le nouveau titre sera plus facile à lire et à comprendre même par ceux qui ne sont pas du domaine;

- la précision du champ d’application de l’acte uniforme avec la distinction entre les entités soumises uniquement au SYSCOHADA; celles soumises à la fois au SYSCOHADA et aux IFRS et des entités exclues du champ d’application du SYSOHADA;

- la précision d’une mise à jour dynamique du SYSCOHADA par des avis et recommandations de la Commission de Normalisation Comptable OHADA (CNC_OHADA), la révision de l’acte uniforme lui-même demeurant la compétence du conseil des ministres, etc.

Dans la partie de la technique comptable, on notera entre autres les apports majeurs ci-après :

 

- la prévision du cadre conceptuel;

- la précision des utilisateurs des états financiers et leurs besoins ;

- la transformation de l’ancien principe comptable de la continuité d’exploitation en hypothèse de sous-jacent de la préparation des états financiers ;

- le nombre de principes comptables fondamentaux qui passe de 9 à 10 décomposés en postulats (05) et en conventions (05), etc.

 

F I : Quels changements apportent ces évolutions pour la comptabilité des entreprises de l’espace OHADA?

 

K V H-H : Ce nouveau dispositif réalise une profonde référence aux normes comptables internationales IAS/IFRS et engendrent des changements dans la culture et la technique comptables.

Jusqu’à ce jour, nous avons une comptabilité de type patrimonial. Avec les réformes, nous tendons vers la comptabilité financière.

Par ailleurs, pour des raisons de comparabilité, toutes les sociétés doivent retraiter les comptes de l’exercice 2017 suivant la nouvelle méthode, c’est ce que nous appelons informations proforma.

Enfin, pour certaines opérations, il ne s’agit plus de prendre une pièce comptable et l’enregistrer mécaniquement. Il va falloir analyser l’implication future de l’opération en question et en tenir compte immédiatement (actualisation). C’est pourquoi j’ai parlé tantôt de comptabilité financière.

 

F I : Quels risques courent les sociétés qui ne mettront pas en application ce nouveau dispositif comptable

 

K V H-H : Le principal risque provient du commissaire aux comptes de l’entité auditée. Ce dernier pourra donner un avis défavorable sur les comptes de l’entité ou refuser tout simplement de donner un avis sur ceux-ci.

Par ricochet, cette entité peut entre autres, se voir refuser un crédit bancaire pour cause des états financiers non conformes puisque le banquier a besoin des états financiers présentés conformément à la norme pour déterminer par exemple la rentabilité et la solvabilité de la société qui demande le crédit.

JUSTICE TRANSITIONNELLE: 2 milliards pour démarrer le dédommagement des victimes

Le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) entame dans les prochains jours l’une des étapes décisives de sa mission. Il s’agit de la phase des réparations des préjudices subis par les victimes   des incidents et violences à caractère politique qu’a connus le Togo de 1985 à 2005. Une somme de deux (2) milliards de francs CFA a été allouée à cette fin par le gouvernement. Cette nouvelle phase du processus de réparation officiellement lancé le 24 mars dernier par le Premier ministre Komi Selom Klassou,   capitale à la construction de l’avenir du pays et au renforcement de la cohésion sociale,  est diversement appréciée.

 

Un des piliers principaux des recommandations de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), qui a eu la mission en 2009 de faire la lumière sur les violences à caractère politique survenues de 1958 à 2005, les réparations que devront exécuter le Haut-commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) ont pour cadre de référence,  l’adoption d’une démarche de justice transitionnelle pour la consolidation de l’Etat de Droit et le renforcement de l’unité nationale.

 

Le chef du gouvernement en lançant officiellement le processus de réparation des victimes de violences politiques, s’est incliné devant la mémoire de tous les Togolais, sans distinction d’origine géographique, ni d’appartenance ethnique politique et religieuse, emportés par les « incompréhensions et les égocentrismes individuels ou collectifs ». « Au nom de la nation togolaise, je témoigne ici ma profonde compassion à toutes les victimes, à leur famille et toute la reconnaissance au peuple togolais pour la patience et la confiance manifestées au gouvernement. » a déclaré le ministre Klassou.

 

Les indemnisations sont considérées comme le troisième pilier de la justice transitionnelle après le droit à la vérité et celui à la justice.

«Les réparations sont aussi bien individuelles que collectives, directes qu’indirectes, matérielles que d’ordre pécuniaire, mais surtout de nature symbolique», a déclaré Awa Nana, la présidente du Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité (HCRRUN). «Le HCRRUN émet le vœux que les victimes trouvent dans les réparations qu’elles recevront la foi, la force et les motifs nécessaires pour reprendre leurs places dans la communauté nationale et apporter leur part à l’émergence d’un pays apaisé et en construction réconciliatrice», a-t-elle ajouté.

 

Modalités

 

La CVJR a répertorié durant son mandat après investigation et audition des citoyens ayant subi un quelconque préjudice un total de 22415 victimes.

Les 22 415 victimes sont recensées et regroupés selon les évènements en trois phases que sont les évènements de 1958 à 1962, des évènements de 1963 à 2004 et les évènements de 2005 qui enregistrent 7 075 victimes. Ainsi pour cette première phase des réparations, le HCRRUN jugeant les fonds mis à disposition insuffisants privilégie réparer une partie des victimes des évènements de 2005.

En effet l’on annonce la prise en compte pour cette première phase de quelques 2475 victimes ayant subi des dommages à l’issue des évènements de 2005 suite à la mort du Président Gnassingbé Eyadema le 05 février et au lendemain des élections présidentielle d’avril de la même année et qui nécessitent des prises en charge médicales.

 

« Quand on sait que sur un total de 22 415 victimes recensées pour toutes les trois périodes de 1958 à 2005, la seule phase 3 compte 7 075 victimes et la totalité des victimes en état de vulnérabilité nécessitant une prise en charge médicale urgente, on comprend que le HCRRUN donne priorité à cette phase dont les souvenirs sont encore douloureux », explique la présidente du HCRRUN Awa Nana Daboya.

 

Selon elle, ces victimes ainsi retenues bénéficieront selon les bases de la justice transitionnelle qui est adoptée soit et/ou de la restitution, de l’indemnisation, de la réadaptation, de la satisfaction et des garanties de non-répétition.

 

En outre,  il sera organisé  tel que recommandé par la CVJR, en collaboration avec les confessions religieuses, des cérémonies de purification dans chaque préfecture avant l’étape des indemnisations proprement dites. Un document interne de l’institution de réconciliation nationale précise : « Ne peut donc bénéficier d’une réparation des personnes ayant subi un préjudice notamment une atteinte à leur intégrité physique ou mentale, une souffrance morale, une perte matérielle ou une atteinte grave à leurs droits fondamentaux, en raison d’actes ou d’omissions constituant des violences graves des droits de l’homme et préalablement enregistrées par la CVJR ».

 

L’autre face : réformer

 

Quoique le lancement de cette première étape des réparations soit importante, les 2 milliards alloués ne paraissent qu’une goutte d’eau dans la mer si l’on s’en réfère à l’évaluation totale des réparations à 35 milliards par la CVJR.

Le  Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT) invite  le gouvernement  à faire vite. « Nous interpellons le HCRRUN sur la précarité de la situation des victimes. Nous promettons suivre de près ses travaux ainsi que ceux   de la Commission des réformes, et au besoin, apporterons notre contribution», a expliqué le Directeur Exécutif par intérim Ghislain Koffi NYAKU.

Pour certains acteurs, ce dédommagement financier n’est pas l’essentiel. Celui-ci est d’aller aux réformes nécassaires  qui offrent aux victimes des garanties de non-répétition.

« La réconciliation ne peut être un vain mot. Elle implique la fin de l’impunité, le respect de la parole donnée et des accords signés», indique dans un tweet l’Alliance Nationale pour le Changement de Jean Pierre Fabre, chef de file de l’opposition.

 

Au FDR, l’on estime  que les mécanismes de la justice transitionnelle sont : les poursuites criminelles, les réparations, la réforme institutionnelle et la recherche de la vérité qui aboutissent au pardon. Ce qui n’est pas encore le cas au Togo, souligne Binafame Kohan.

 

« Un point important dans le processus de justice transitionnelle, c’est la garantie de non- répétition. Ce qui va garantir la non répétition de ce qui s’est passé, ce n’est pas l’argent qu’on peut distribuer mais la mise en œuvre des réformes prescrites par l’APG, reprises par la CVJR et confirmées par le HCCRUN dans un large consensus » soutient pour sa part  Gmindewa Atakpama du Parti des Togolais.

ISRAEL RENFORCE SA PRéSENCE EN AFRIQUE

Du 16 au 20 octobre prochain, aura lieu à Lomé le Sommet Afrique-Irsaël. Cet évènement, le premier du genre, réunira dans un même lieu pendant cinq (5) jours, des officiels israéliens et africains. Le Premier Ministre de l’Etat hébreu,  Benjamin NETANYAHOU a confirmé sa présence, ainsi que de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement africains. La conférence portera non seulement sur les thèmes de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme, mais également sur les questions relatives au partenariat dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie, de l’eau, de la santé. Le sommet sera également consacré à l’utilisation des nouvelles technologies comme levier de développement. A un peu plus de six (6) mois du sommet, quel état peut-on  dresser des relations entre Israël et le continent ?

 

Du 04 au 07 juillet dernier, le Premier ministre israélien a effectué une tournée officielle en Afrique de l’Est qui l’a mené en Ouganda, en Ethiopie, au Kenya et au Rwanda. Première visite d’un dirigeant israélien depuis 30 ans. Lors de ce périple, Netanyahu a déclaré «Israël revient en Afrique et l’Afrique revient en Israël». Il s’agissait surtout pour le dirigeant hébreu de diversifier ses alliances.  Ce momentum diplomatique s’est poursuivi à un rythme accéléré : fin juillet, Jérusalem annonçait le rétablissement des relations diplomatiques avec la Guinée tandis que des pourparlers étaient engagés avec le Tchad, pays musulman situé dans le Sahel, front stratégique contre le Jihadisme.

 

Par ailleurs, des informations sourcées et crédibles font état de canaux officieux de discussions avec le Soudan et la Somalie. Les conditions d’un dialogue étroit entre Israël et l’Afrique sont désormais réunies grâce ou en raison du contexte géostratégique et d’impératifs économiques.

 

«Israël possède les solutions aux problèmes de l’Afrique. Si ce pays n’est pas le seul pays a maitriser les technologies requises par le continent, il est le plus dynamique», avait déclaré en septembre 2016 Faure Gnassingbé lors d’une rencontre de haut-niveau à New York avec Benjamin Netanyahu et d’autres dirigeants africains, dont Paul Kagame du Rwanda.

 

LIENS HISTORIQUES :

 

Les relations avec les pays d’Afrique sub-saharienne datent en réalité du milieu des années 1950 ; les premiers contacts furent établis avant même l’accession de certains d’entre eux à l’indépendance. En 1956, des relations diplomatiques furent instaurées avec le Ghana, puis avec la plupart des pays situés au sud du Sahara (dont la Côte d’Ivoire en 1962). Au début des années 1970, Israël entretenait des relations diplomatiques pleines et entières avec trente-trois Etats d’Afrique noire.

 

Ces relations étaient l’expression d’une affinité avec l’Etat d’Israël, lui-même tout jeune, ayant conquis son indépendance en 1948 et impatient de partager son expérience et son savoir-faire avec les nouveaux Etats africains. Des relations économiques profitables aux deux parties ont également été établies, comprenant de nombreux projets communs.

 

Dans le sillage de la Guerre de Kippour en 1973 et de la crise pétrolière mondiale qui s’ensuivit, la plupart des pays sub-sahariens décidèrent de rompre leurs relations diplomatiques avec Israël, pour deux raisons principales : les promesses de pétrole à bon marché et d’aide financière, ainsi que l’alignement sur une résolution de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) adoptée sous l’égide de l’Egypte et appelant à la rupture des relations avec Israël. Seuls le Malawi, le Lesotho et le Swaziland maintinrent des relations diplomatiques à part entière avec Israël, tandis que quelques autres pays gardaient des contacts dans le cadre de bureaux d’intérêts auprès d’ambassades étrangères.

 

La coopération, cependant, se poursuivit dans une certaine mesure ; des étudiants africains participaient à des stages de formation en Israël ; et des experts israéliens étaient actifs dans l’ensemble du continent.

 

Depuis les années 1980, les relations diplomatiques ont progressivement été renouées avec les pays sub-sahariens (Côte d’Ivoire et Cameroun en 1980, Zaïre en 1982, Liberia en 1983, Togo en 1987) mouvement qui s’est accéléré avec les négociations de paix engagées entre Israël et ses voisins arabes. A la fin des années 1990, des relations officielles étaient rétablies avec 39 pays sub-sahariens.

 

Israël et les pays sub-sahariens sont actuellement engagés dans un dialogue politique se traduisant par des visites réciproques de chefs d’Etat et de ministres. Entres autres activités, citons les relations économiques et commerciales, les contacts culturels et universitaires, divers projets conjoints dans les domaines de l’agriculture et de l’assistance médicale, des programmes de formation professionnelle et, en cas de besoin, de l’aide humanitaire.

 

Israël suit avec intérêt le processus d’intégration économique et politique en Afrique, et la création de l’Union africaine. En témoignage d’amitié et de solidarité, Israël a renouvelé son engagement à œuvrer de concert avec les nouvelles institutions et organisations africaines, ajoutant un autre chapitre aux relations uniques en leur genre entretenues avec ce continent.

 

LES PARTENAIRES COMMERCIAUX :

 

Le continent est  une terre d’expansion pour Israël, qui y vend son expertise dans l’ingénierie, l’agronomie, l’irrigation et la sécurité.  Parmi les plus gros projets en cours, figure la centrale thermique au gaz naturel de Songon-Dagbé, qui sera construite dans la banlieue d’Abidjan par le groupe israélien Telemania pour 500 millions d’euros.

L’Afrique est classée avec la Turquie, le Canada et le Brésil dans la section « reste du monde » des statistiques de l’Institut israélien des exportations et de la coopération internationale (IEICI). Une vaste zone qui représente tout de même 24 % des ventes d’Israël à l’étranger…

 

LE TOGO BIEN PLACé.

 

En 2013, l’Afrique du Sud, le Togo, le Nigeria, l’Egypte et le Kenya ont été les principaux partenaires commerciaux d’Israël en Afrique. Le Togo, d’habitude moins important, ne se retrouve classé second qu’en raison d’une forte variation annuelle, avec 191 millions d’importations en provenance d’Israël, contre 64 millions en 2012 selon les statistiques israéliennes.

Le pays de Mandela draine l’essentiel des échanges, dans une relation qui repose en grande partie sur l’industrie diamantaire et s’avère favorable à l’Afrique du Sud. Les produits et biens d’équipement importés d’Israël ont atteint 425 millions de dollars en 2013 (dont 147 millions de diamant). Les ventes de minerais et métaux précieux de l’Afrique du Sud à Israël se sont élevées à 721 millions de dollars (dont 283 millions de diamant).

 

Un flux constant de gemmes va et vient entre les deux pays. Les diamantaires de Tel-Aviv s’approvisionnent en Afrique du Sud auprès du groupe De Beers en gemmes bruts, pour y réexporter ensuite des pierres taillées. « Pour le reste, les sociétés israéliennes s’intéressent surtout aux marchés de l’agro-technologie, des technologies de l’information, de l’énergie renouvelable et du traitement des eaux », note Itaï Melchior, l’attaché économique de l’ambassade d’Israël à Johannesburg.

 

Le Nigeria, de son côté, a importé pour 155 millions de biens israéliens en 2013 (contre 368 millions en 2012) alors que ses ventes à Israël ne dépassent pas 10 millions de dollars. Quant à l’Egypte, elle a acheté pour 120 millions de biens à Israël en 2013 (contre 97 millions en 2012) et lui en a vendu pour 108 millions de dollars. Le Kenya, de son côté, s’est approvisionné à hauteur de 91 millions auprès d’Israël (contre 120 millions en 2012), mais n’y a écoulé des produits qu’à hauteur de 27 millions de dollars.

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