A+ A A-

FAURE MUST STAY* ! (FAURE DOIT RESTER)

Faure doit rester ! Ce titre, un brin et volontairement provocateur n’est pas une  réponse au slogan en vogue dans les cortèges, de Lomé à Paris, en passant par Bruxelles ou New-York etc, défilant pour « exiger » le départ sans conditions, hic et nunc, du président de la République. Il n’est pas non plus l’expression du désir d’un règne ad vitam aeternam, envers et contre tous. Il se veut  simplement l’opposition à une posture fondée sur un argumentaire dont la vacuité est flagrante, qui  martèle l’idée que le renversement de l’ordre constitutionnel actuel, serait non seulement soutenable juridiquement,  mais en plus  ouvrirait la voie à une stabilité politique dans notre pays, davantage qu’elle ne le fût jusqu’alors.

 

En effet, à peine à mi-mandat, rien ne saurait justifier l’appel à la démission de Faure Gnassingbé, tel que le réclament les leaders de l’opposition, sous le diktat et la cohue de la rue. Car parmi les hérauts de cette ligne, certains se sont confrontés à lui, par deux fois, en 2010 et 2015, sous l’arbitrage du suffrage universel, en ayant  accepté les règles du jeu et cautionné par leur simple participation, les conditions d’organisation de la consultation électorale, et s’en sont trouvés perdants ; largement. Au nom de quoi et  en vertu de quelle légitimité peuvent-ils, deux ans plus tard, réclamer le départ de celui qui les a battus ? Même le nouveau chouchou de la classe politique, de l’opinion et des médias, Tikpi ATCHADAM, quoique mobilisant plusieurs dizaines de milliers de nos compatriotes, et au crédit duquel on peut mettre le réveil aussi bien de l’opposition que du pouvoir sur les questions de réforme, ne peut se prévaloir  uniquement de ce fait et à ce titre, d’une légitimité suffisante pour « exiger » le départ de Faure GNASSINGBE.

 

Si réunir plusieurs dizaines de milliers de concitoyens dans la rue, exprimant leur ras-le-bol social ainsi que leur soif d’alternance et d’une autre gouvernance, était une condition suffisante pour que le pouvoir change de main et de titulaire, l’on ne serait plus en démocratie.  Et quasiment aucun gouvernement dans le monde ne survivrait. La rue est une photographie de l’opinion à un instant donné,  le réceptacle des oppositions, des frustrations et de la soif   d’un changement. Elle ne peut cependant se substituer aux règles  définies de dévolution de pouvoir, surtout lorsque ceux qui l’instrumentalisent, ont échoué par ailleurs.

Les leaders de l’opposition seraient davantage dans leur rôle et plus efficaces s’ils se saisissaient plutôt de  l’opportunité de ce nouveau rapport de force, pour faire avancer et valider les réformes devenues inéluctables parce qu’incontournables, dont les emblématiques limitations de mandat et l’élection à deux tours. D’autant plus que le chœur de ceux qui entonnent le refrain chimérique de « Faure must go »,  ne nous renseigne pas sur le coup d’après.  Sur comment et avec qui, si par extraordinaire, leurs incantations se transformaient en réalité,  ils comptent composer et organiser le fonctionnement des institutions et de la République. Et s’ils en avaient les moyens, en y étant aujourd’hui préparés. Peuvent-ils exercer un pouvoir qu’ils auraient pris à l’issue d’une insurrection ?

De fait, Faure GNASSINGBE devra aller au bout de son mandat, arrivant à terme en 2020.  Au-delà et en fonction de l’état du droit positif, il sera seul maître à décider, si oui ou non, il croit pouvoir encore apporter quelque chose aux Togolais après quinze ans de règne ;  et si la majorité de ceux-ci le souhaitent.  Il lui appartiendra, au moment venu, en son for intérieur, de trancher. Une dynamique interne ou des pressions externes comme celles en cours, peuvent le pousser à  renoncer. D’ici là, Faure must stay !

 

LA RAISON A QUITTE LE TOGO

Ainsi donc, malgré le projet de loi portant révision constitutionnelle de plusieurs dispositions, dont les emblématiques limitation de mandat et élection à deux tours, la tension politique n’est pas retombée. Bien au contraire, elle ne cesse de se renforcer, alimentée surtout par les réseaux sociaux et des révolutionnaires 2.0, bien au chaud dans leurs appartements en Occident. Les raisons de cette situation sont multiples. Il est clair que si le pouvoir avait pris cette initiative quelques mois plus tôt, l’accueil aurait été moins frais et la face de la vie publique togolaise en aurait été changée. C’est une succession de rendez-vous manqués et d’opportunités non saisies par le pouvoir qui ont créé les conditions d’une atmosphère aujourd’hui très conflictuelle. Les réformes, tous les observateurs sérieux le savaient et le proclamaient, étaient inéluctables et plus tôt elles étaient mises en œuvre, davantage elles constitueraient la garantie d’un jeu politique apaisé. Mais les calculs politiciens ont pris le pas sur une analyse lucide de la situation. Il n’empêche qu’aujourd’hui, les conditions d’une évolution sont réunies, portées par les manifestations de la mi-août et des mobilisations du début septembre. C’est donc une occasion unique de réunir ce consensus qu’impose l’Accord Politique Global, mais surtout les constituants qui obligent à réunir les 4/5 au Parlement pour effectuer les réformes, si c’est cette voie qui est retenue. Malheureusement, c’est ce moment que choisit l’opposition pour faire entendre sa petite musique populiste et de surenchère. On ne se bat plus pour limiter le mandat présidentiel ou demander l’élection à 2 tours : on exige le retour à la Constitution de 1992 ou plus maximaliste, la démission du Chef de l’Etat. Il faut rappeler que malgré toutes ces mobilisations, à ce jour aucune modification n’est encore intervenue pour exiger davantage. Et qu’au surplus, à défaut de consensus et parce que la majorité actuelle n’a pas le nombre de députés suffisants pour effectuer la réforme, c’est la Constitution modifiée en 2002 ouvrant justement droit à une présidence illimitée, qui restera applicable. La raison aurait voulu que les opposants obtiennent satisfaction de ces deux revendications majeures qui ont cristallisé les tensions dans notre pays depuis des années, avant d’exiger davantage. Mais la passion semble dominer le débat aujourd’hui, y compris chez ceux qui traditionnellement, sont plutôt modérés et adoptent des positions élaborées. C’est que dans la psychose insurrectionnelle subtilement imprimée dans l’opinion, les acteurs politiques veulent, chacun en ce qui le concerne, être bien placés au cas où. Ils courent tous derrière le radicalisme de Tikpi ATCHADAM pour ne pas paraître modérés, ce qui par les temps qui courent, serait presque vu comme une trahison. De fait, la raison semble avoir déserté tous les rangs, sauf quelques personnalités isolées et marginalisées qui, de toutes façons, ne prendraient pas le risque de se faire lyncher, au propre comme au figuré, en faisant entendre un autre son de cloche. Le seul problème est que tout cela reste aléatoire. Un essoufflement de la mobilisation, du fait que les objectifs annoncés (démission de Faure GNASSINGBE) tarderaient à se réaliser, affaiblirait l’opposition. Dans ce contexte, une majorité sortie victorieuse de ce bras de fer, même temporairement, serait moins encline à faire davantage de concessions. Le tout ou rien en politique est un pari risqué, presque irresponsable.

Subscribe to this RSS feed