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Lutte contre la fistule obstétricale au Togo: Une centaine de femmes opérées et reparées d'ici la fin de cette année

Ce 05 juin, au Togo, la journée internationale de la fistule obstétricale a été couplée avec le lancement de la campagne FISTO-2015. C’est le Centre Hospitalier Régional (CHR) de Sokodé, centre de référence en matière de lutte contre la maladie qui a accueilli l’événement.

Une communication anormale entre l’appareil génital ou digestif et les voies urinaires, entrainant une perte d’urine et/ou de matières fécales, accompagnée d’une odeur désagréable. Voilà, en résumé la morbidité qui  rend très vulnérables deux millions de femmes dans le monde dont 0,03%  de Togolaises. « Mère de cinq enfants, je fais objet de discrimination. Depuis plus de deux ans, je n’ose plus aller en public. Pire, c’est une quasi-impossibilité de faire des activités génératives de revenus et je suis rejetée par ma propre famille», nous a confié, avec amertume, Madame Adjovi, souffrante de ce mal.

Le mal est dû au manque d’accès en temps opportun aux soins obstétricaux et néonataux d’urgence. Pauvreté, insuffisance d’informations, manque d’éducation à la santé, analphabétisme, absence de prestataire qualifiée  lors d’un accouchement  en cas de grossesse précoce, mariages forcés sont notamment ses causes indirectes. Les femmes les plus exposées sont celles jeunes, pauvres, illettrées ou de faible instruction ; les femmes jeunes au premier accouchement et celles âgées lors du dernier accouchement. Cependant, le traitement des fistules obstétricales n’est essentiellement que chirurgical.

Pour ce faire, une campagne nationale est initiée par le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) Bureau-Togo et d’autres partenaires dont l’Etat togolais pour éliminer les fistules obstétricales. Après les campagnes des trois dernières années ayant favorisé l’intervention chirurgicale d’environ 123 patientes avec un taux de succès estimé à 85%, une cinquième (FISTO-2015)  plus ambitieuse est lancée et elle aura, comme les précédentes,  pour mission de catalyser les progrès vers l’élimination de la fistule et le soutien aux survivantes grâce aux différentes stratégies développées et à trois axes notamment la prévention, le traitement et la réinsertion sociale. Car comme le rappelle M. Koffi VIDZRAKOU, Représentant Assistant de l’UNFPA au Togo, « cette morbidité entraîne pour ses victimes des souffrances physiques, psychologiques et sociales indescriptibles » et c’est « la pire forme d’injustice qui puisse être faite à la femme : devenir invalidante en voulant donner la vie ».

La lutte contre la fistule nécessitant une approche holistique et multisectorielle pour la prise en charge adéquate des différents problèmes auxquels sont confrontées les victimes, un plan stratégique a été mis en place et il a défini et institutionnalisé le centre de référence national de prise en charge des fistules obstétricales à Sokodé.

Le personnel de ce CHR, pour répondre aux besoins, a bénéficié de renforcement de capacité. Le plateau technique de ses blocs opératoires a été amélioré et deux villages des accompagnants ont été aménagés à cause de sa position géographique qui le place au cœur de la région où la prévalence des fistules obstétricales est élevée.

Conduit par l’ONG Solidarité, Santé et Développement (SSD) en partenariat avec  le Ministère de la Santé par l’intermédiaire de sa Division Santé Familiale (DSF) et l’administration du CHR Sokodé et d’autres organes dont l’UNFPA, FISTO 2015 aura à accueillir une trentaine de femmes victimes, qui ont été dépistées et confirmées pour réparation obstétricales. Selon M. Koffi VIDZRAKOU, « les activités réparatrices seront réalisées par une équipe qui associe au personnel du CHR Sokodé, l’équipe technique de SSD et un expert chirurgien ». L’équipement du centre  de référence est estimé à 10 millions de francs CFA par an. Déjà en 2014, cette campagne avait coûté 39 188 000 FCFA contre 30 177 350 FCFA en 2013.

Pour Mme Christine MARKIEWICZ, représentant du Pr. Patrick GERARD, Président de l’ONG SSD, « les progrès sont visibles et les objectifs en passe  d’être atteints. Cependant la guerre déclarée contre la fistule obstétricale est encore loin d’être gagnée. C’est pour cela qu’avec nos partenaires nous nous devons  redoubler d’efforts…Cette année 2015 sera une année charnière. Une année où nous envisageons d’atteindre le rythme de croisière en organisant trois campagnes avec pour objectif d’opérer et de réparer cent femmes ».

Dans le monde entre 50000 et 100000 nouveaux cas de cette maladie se déclareraient chaque année. Au Togo, peu d’informations sont disponibles sur la situation réelle. Selon une estimation de la sous région, on note 1 ou 2 cas pour 1000 naissances vivantes soit environ 150 à 250 nouveaux cas par an appliqué au Togo.

Les populations de la préfecture de Tchaoudjo ont saisi l’occasion, à travers leur préfet, El Hadj Safiou,  pour remercier les initiateurs et partenaires de cette campagne. « Nous sommes heureux de pouvoir bénéficier de ces opérations. Je remercie toutes les structures qui participent à la réparation de la dignité de la femme à travers la réparation de ses fistules », a-t-il déclaré. Le préfet a aussi invité les femmes à mettre en œuvre les mesures de prévention de cette grave maladie,  notamment faire les quatre consultations prénatales clés lors d’une grossesse, accoucher sous assistance de personnel qualifié, consulter le centre de santé ou l’hôpital le plus proche en cas de perte des urines après accouchement et éviter les mariages précoces.

Rappelons aussi que sous l’égide des Nations Unies, la Journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale est célébrée tous les 23 mai.  Le thème retenu pour la commémoration cette année était, « Eliminer la fistule, restaurer la dignité des femmes ».

 

 

 

 

Last modified onmercredi, 17 juin 2015 14:28

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