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Une exposition-vente pour soutenir l’association Noha

Une soirée, celle du 5 octobre dernier, un lieu, l'hôtel Onomo au bord de mer à quelques minutes du centre-ville de la capitale togolaise, une rencontre de talents venus d'horizons différents et rassemblés par ce qui les unit le plus, au delà de l'humanité, l'art. Cinq talents, confirmés, ont vernis quelques unes de leurs œuvres en exposition dans l'hôtel jusqu'au 26 octobre.

Des noms comme Accouché Malak, Constantin Alihonou, Jacques Loustric, Véronique Foiret et celui du non moins prolifique et féru de l'expression codée Adotévi-Akué Adokoé sont en exposition depuis le 5 octobre dans le hall de l'hôtel. C'est un vernissage qui a failli être annulé actualité du jour oblige mais c'était sans compter la détermination de ces cinq talents qui ont su tout mette en œuvre pour que cette messe artistique soit dite et très bien même.

Tout a commencé vers 18h 30 avec l'arrivée des premiers invités parmi lesquels on pouvait compter du beau monde de l'art togolais comme Sokey Edorh et bien sûr plein d'anonymes amoureux de l'expression artistique. Apres la visite guidée de la quarantaine d'oeuvres en exposition, des débats dont le centre tournait autour des différentes techniques adoptées par les artistes exposant, ont meublé la soirée avec comme cela est de coutume à ces genres de rencontre, un buffet dont seuls les Chefs ont le secret. L'amateur d'art n'a pas eu à chômer au cours de cette soirée tant les œuvres en exposition sont d'une qualité accrochante et parlante. Tour d'horizon des cinq artistes.

La libanaise Accouché Malak, pétri de talent, explose à travers ses tableaux en exposition son mécontentement et son agacement face au traitement réservé à la gente féminine partout dans le monde. Elle explique : "Des États-Unis au Liban mon pays en passant par l'Afrique ou l'Australie, les femmes sont mal traitées. Partout la femme est obligée de baisser la tête. Elle baisse la tête pour avancer malgré les discriminations. Je suis une femme et la cause de mes soeurs m'importe au plus haut point c'est pourquoi mes œuvres retracent nos douleurs mais aussi nos espoirs". Maîtrisant aussi bien la gravure que la peinture sur plusieurs supports, la dame au sourire enchanteur mélange agréablement les couleurs et fait ressortir ce qu'elles ont de plus intimes. Si elle était la seule en exposition, l'"intimité" serait à n'en pas douter le titre de celles-ci.

Le deuxième est un jeune homme qui n'a pas encore fini d'étonner par les courbes faites à la technique du feu pour tracer des portraits sur du métal, qui mélange suavement des bas reliefs à des peintures sur toile pour répondre à l'appétit toujours goulu des critiques. Il a fait carton plein encore pour cette exposition. Plus représentatif en terme de nombre d'oeuvres exposées que ses quatres autres collègues, l'un des disciples du monument de l'art togolais Paul Ahyi dont le nom sème du détour dans les têtes déjà depuis plusieurs années est sans nulle doute Constantin Alihonou. Pour cette fois, il dit vouloir donner à voir et à lire aux invités et clients de l'hôtel qui selon lui ne sont en présence que d'une infime partie représentative quand même de son répertoire. "All eyes were on him"* comme le disent si bien les Anglais.

Jacques Loustric, président de l'association "Do it" est présent depuis plusieurs années à tous les grands rendez-vous artistiques de Lomé. Ce français inconditionnel de l'art participe activement à la promotion de la chose artistique au Togo. Pour sa présence à cette exposition, son tableau "Dégradé vert en rond" qui donne à contempler de magnifiques nuances de vert a séduit par sa qualité et la technique de coloration retenue. L'artiste a su pousser à travers cette œuvre selon un invité, "le vert vers toute sa splendeur , vers toute sa valeur, la vie". Plusieurs à être touchés, autant par les finitions captivantes que par la densité des sens exprimés, les invités présents à ce vernissage, ont eu le plaisir d'être en présence de quelques tableaux de cet artiste mondialement connu qui manie magnifiquement le pinceau et les couleurs surtout celles qui véhiculent la vie.

"Rien n'est imposé, tout est suggéré" a soutenu Véronique Foiret, l'artiste qui magnifie à la perfection le blanc et ne délaisse pas pour autant le noir, ces deux "couleurs" qui selon elle, "donnent à apprécier tout le bien que peut véhiculer l'abstrait". Quoique la quasi totalité des œuvres présentes à cette exposition soit de l'abstrait, Mme Foiret se revendique clairement de la diversité et de l'éclectisme des sens que doit transmettre un tableau une danse une sculpture ou encore une strophe. C'est dire que devant une toile, elle projette tout ce qui lui vient, ressenti comme révélation en prenant soin de laisser libre  l'observateur d'interpréter à sa guise. Fièrement inscrite dans le mouvement surréaliste, Mme Foiret a néanmoins confié au micro de Focus Infos que ses tableaux constituent des portes qui s'ouvrent pour laisser voir et entendre des réalités concrètes contemporaines pour soigner les plaies et donner du plaisir à l'âme.

"On ne peut pas avoir à la fois le beurre et l'argent du beurre" lâche volontiers  Adotévi-Akué Adokoé pour résumer un de ses chef-d'œuvres présentés. Caricaturiste, infographiste, artiste peintre, le monsieur est présent dans la presse togolaise par ses coups de crayon que dans les rencontres artistiques. "j'aime le noir, c'est une couleur fantastique qui permet de représenter la diversité. Je suis noir et fier". Même s'il affirme avoir un franc penchant pour le noir, des cinq talents en exposition à l'hôtel Onomo de Lomé jusqu'au 26 octobre, Adotévi est de loin celui qui fait abondamment appelle aux couleurs vives et aux contrastes les plus osés pour affirmer son style d'une part, et donner corps d'autre part à tous les maux de la société pour mieux les dénoncer. "Villageoise-Bourgeoise", une magnifique toile, résultat de l'application de l'acrylique et de résidus de pagne montre ainsi l'envers du décor de l'exode rural dans nos pays.

Deux togolais, une libanaise et deux français. C'est cinq styles, cinq façons d'exprimer l'humanité, son histoire, ses espoirs. L'exposition court jusqu'au 26 octobre au bord de mer dans le hall de l'hôtel au triple O.