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En 5 ans, plus de 12.000 grossesses précoces ont été enregistrées en milieu

Les grossesses précoces ou celles qui sont non désirées sont des obstacles à l’épanouissement professionnel et personnel. En milieu scolaire, plus d’une élève ont vu leur cursus s’arrêter ou perturbé  à cause d’une grossesse. Entre isolement et discrimination, ces jeunes femmes paient au prix fort leur petit instant d’égarement. Etat des lieux avec des statistiques inquiétantes !

 

«Chaque année, ce sont plus d’une centaine de jeunes filles qui tombent enceinte au cours de leur cursus scolaire et ce, malgré les campagnes de sensibilisation organisées par le ministère de tutelle et les organisations internationales intéressées par le sujet», regrette Hervé BAINI, responsable Jeune à l’Association togolaise du bien-être familial (ATBEF). De fait, selon le  ministère de l’Action sociale,  entre les années 2009 et 2013, 12 343 cas de grossesses ont été enregistrés en milieu scolaire. Pour la seule année scolaire 2012-2013, ce sont 7000  cas qui ont été signalés. Le phénomène n’épargne pas les enfants du cours primaire dont l’âge est compris entre 8 et 12 ans. 

 

Le phénomène est moins important dans la région maritime que dans les autres zones du pays. A Kpalimé  dans la région des Plateaux par exemple, au cours de l’année scolaire 2013-2014, il y a eu 84 cas de grossesse au 1er cycle du secondaire. Parmi elles, 24 jeunes femmes ont poursuivi les cours dans leur état, 57 ont abandonné les cours et 3 ont avorté. Au 2ème cycle du secondaire, 19 cas de grossesses ont été dénombrés.  10 ont poursuivi les cours, 7 ont abandonné et 2 ont avorté.

 

Entre  2014-2015, ce sont  129 cas qui ont été  enregistrés au collège, dont  44 élèves ont poursuivi les cours, 78 ont abandonné  7 cas d’avortement. Au second cycle, il a été identifié 55 cas dont 12 ont poursuivi les cours, 23 ont abandonné et 10 ont  avorté. Au cours du 1er trimestre de l’année 2015-2016, sur les 2 cycles confondus 97 cas ont recensés.

Dans la région centrale, 559 cas de grossesses ont été enregistrés entre 2009 et 2016. De 2009 à 2012, la région de la Kara a enregistré 1004 cas.

GALERE :

 

« Je n’aurais  jamais imaginé que je traverserai  toutes ces difficultés à cause d’une simple grossesse. On aurait dit que j’avais la peste » témoigne Amélé, jeune maman, tombée enceinte en classe de 3è. «  Presque tous mes amis ont coupé le pont avec moi. Les voisins ricanaient derrière moi. Même à l’église que je fréquentais, je n’ai perçu aucun signe de tolérance » raconte-t-elle, amère. Même galère chez Sophie,  âgée de 20 ans, qui prépare son baccalauréat dans un lycée privé à Tsévié. Elle a dû changer de ville, quittant Lomé pour poursuivre ses études après son accouchement.  «  Je ne pouvais pas supporter qu’on me dévisage en me voyant de nouveau dans ma tenue scolaire »

 

Monsieur BAINI confirme ces moments de stress, d’angoisse , de pleurs et de stress.  « Ce n’est pas facile pour elles de venir à l’école avec un corps qui crie haut et fort leur pêché. Pour les garçons, le problème ne se pose même pas. En presque 30 années d’enseignement, je n’ai  vu qu’une seule fois où une jeune femme a  eu le courage de poursuivre ses études dans un état pareil» affirme-t-il.

Très conservatrice, la population supporte difficilement l’idée qu’on puisse tomber enceinte avant l’âge. Pour preuve, aucune des jeunes femmes interviewées dans le cadre de cet article n’a voulu que son identité soit complément dévoilée. « C’est pour ça, qu’on dispose d’un centre de jeunes où les jeunes sont accompagnés par des spécialistes afin de les aider à traverser des moments pareils quand elles surviennent », confie le responsable jeune de l’ATBEF.

Toutefois, même si elles sont rares, il existe des cas plus heureux.  « Quand nous étions en terminale, une des nôtres est tombée enceinte. Contrairement à ce qui se dit, elle a été  chouchoutée  par les professeurs et les camarades. Loin d’être discriminée, tous étaient à ses  petits soins  », se souvient  Carole N’yuidji, une jeune universitaire.  Des exemples qui se rencontrent plus souvent dans les écoles privées  que publiques.

 

SANCTIONS

 

Pour sécuriser l’avenir des jeunes filles lors de leur cursus scolaire, le législateur togolais avait trouvé une solution : la loi du 16 Mars de 1984. Elle  lutte contre les grossesses en milieu scolaire et donc protège les jeunes filles élèves et apprenties. Elle sanctionne quiconque  entretient des relations sexuelles avec un (e) élève ou un (e) apprenti en formation. La loi sanctionne également les avortements, les tentatives d’avortement.

Les sanctions prévues vont de 6 mois à 3 ans d’emprisonnement et d’une amende de 200000 à 500000 FCFA pour certaines infractions et de 1 an à 5 ans d’emprisonnement et de 500000 à 1000000 FCFA d’amende pour des tentatives d’avortement.

 

SENSIBILISATION :

 

Les grossesses précoces restent l’une des grandes causes  pour les organismes internationaux et les acteurs de la société civile. Elles sont à la base de l’arrêt des études pour bon nombre de jeunes ou la compromission de leur parcours scolaire ou professionnel.

De fait, de Plan Togo au Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) , on se mobilise pour des campagnes de prévention et pour attirer l’attention des décideurs sur l’ampleur du phénomène. Ils militent pour la sensibilisation et davantage d’autonomisation financière des femmes afin de réduire leur pauvreté. Pour le psychologue Joseph AKAKPO, il faut encourager l’éducation sexuelle à l’endroit des jeunes.  « L’adolescence est une période cruciale d’apprentissage.

Le corps, les pulsions, les sentiments, les relations à l’autre, la fécondité et le projet de vie, se  découvrent à cette période. L’apprentissage permet de faire l’unité entre tout ça pour garder les commandes de sa vie. Nous faisons des choix dans notre vie, vis-à-vis de nous-mêmes et des autres. Pour choisir il faut connaitre et donc se former », relève-t-il.  Cette approche réduirait selon lui,  le nombre de mariages précoces et d’avortements clandestins.

Last modified onmercredi, 05 juillet 2017 14:39

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