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Les rites de veuvages : ces femmes victimes de sexisme et humiliées après avoir perdu leurs maris

Une femme veuve au marché au nord du pays Une femme veuve au marché au nord du pays

Bien que les religions monothéistes soient  en nette progression au Togo, lorsque l’un des conjoints d’un couple décède, le tout premier reflexe de la société togolaise, fortement ancrée dans la tradition, est de faire au ou à la survivant(e) des rites de veuvage. Ceux-ci  variant  d’un coin à un autre du territoire national, sont souvent des pratiques dégradantes, humiliantes et portant atteinte à la dignité humaine. Maltraitée, privée de logement ou de terre, victimes de discrimination juridique et sociale, les femmes veuves sont régulièrement  rejetées et  ostracisées après la mort de leurs maris par la belle-famille. Comment vivent-elles cette situation ? Nous avons mené l’enquête dans l’univers des veuves.

Absente des statistiques, inaperçue par les chercheurs, négligée par les autorités nationales et locales et la plupart du temps ignorée par les organisations de la société civile, la situation des veuves est en réalité invisible. Néanmoins, certains chiffres indiquent que   les veuves avoisineraient le 1/10ème de la population togolaise.

En général au Togo, lorsqu’une femme perd son mari , elle devra subir les pires humiliations qui vont jusqu’à la perte de sa dignité sous le prétexte du respect de la coutume. Or, selon les gardiens des us et coutumes, à l’origine,  les rituels de veuvage n’avaient  rien d’avilissant pour la femme. Elles étaient plutôt thérapeutiques et visaient  à  exorciser la femme de l’esprit de son défunt mari, supposé hanter  son corps, afin de libérer l’âme du disparu et sauver la sienne. Mais au fil des temps, ces rites ont été déviés de leur sens premier.

« Raser la tête de la veuve, la dévêtir violemment, l’isoler pour ne la sortir qu’à des moments précis sont des rites purificatoires destinés à débarrasser la femme des malheurs », nous confie le notable du chef Canton d’Aflao-Gakli, M. Azanglo Agbodjeté Toglan niant qu’il s’agisse  d’une cérémonie sexiste. « l’homme et la femme accomplissent les  mêmes cérémonies de veuvage » indiquent-il.  « En milieu éwé, poursuit-il, même pour les morts dites violentes ou « dzogbéku »  les rituels sont les mêmes »

Dans l’imaginaire de nos traditions, peu de place est faite à la mort naturelle. Derrière chaque décès, se cacherait un coupable et certains ont tôt fait de désigner la veuve, bouc émissaire. Pour ceux qui luttent contre les rites de veuvage, ceux-ci ne seraient destinés en réalité qu’à stigmatiser la femme. De fait, un éventuel refus d’une veuve   de s’y soumettre est interprété comme la preuve  de sa culpabilité.

 Mme Milete confie par exemple  que durant ses cérémonies de veuvage, pour se laver tout soupçon, elle a dû se coucher nue, à même le sol, près de la dépouille  de son mari durant les trois jours qu’ont duré cette cérémonie.

Celles-ci qui, selon certaines coutumes durent plusieurs jours,  sont en train d’être réduites, pour s’adapter aux contextes actuels permettant à la femme de vaquer rapidement à ses occupations pour subvenir aux besoins des orphelins. 

Spoliées de leurs droits fondamentaux, des biens de leurs défunts maris confisqués par la belle famille alors qu’elles  ont parfois en charge des enfants, les veuves vivent dans la précarité et le dénuement total. 

« Depuis que je suis devenue veuve il y a 19 ans, nous relate Mme Abra Cathérine,  la belle famille n’a jamais demandé d’après nos nouvelles alors que j’ai quatre de leurs  enfants en charge. Quand mon mari vivait, nous étions dans la maison de mon beau-père.  A sa mort,  on nous a expulsés. Je n’ai même pas touché à une cuillère ou balai de mon mari. Ils ont tout confisqué. C’est grâce aux micro-finances que j’ai renforcé mes activités et subviens aux besoins de mes enfants »

Privée de l’héritage, la veuve est aussi considérée comme un « bien du mari » qu’on partage au même titre que les autres biens. Elle est le plus souvent confiée à un frère du défunt qui peut, par système de lévirat perpétuer la descendance ou dans le cas contraire n’autorisera la veuve à se remarier qu’avec sa bénédiction.

INCOMPATIBILITE :

Pour Dr Charles Birregah, le président de l’ONG Fonds d’Aide aux Veuves et Orphelins (FONDAVO), une ONG qui milite pour l’abolition de ces rites de veuvage, « il n’y a pas de rites de veuvage qui soient compatibles avec les droits de l’Homme contrairement à ce que le code des personnes et des familles dit. Ce sont des pratiques moyenâgeuses, barbares, dégradantes qui humilient la femme. Donc nous nous militons pour l’abolition pure et simple.  C’est transformer la femme en esclave, c’est inhumain. Notre souhait est que sur la Terre de nos Aïeux,  qu’il n’y at plus ces pratiques », dit-il.

Le nouveau code de la famille et des personnes est clair.  Il donne le droit au conjoint survivant de refuser des rites de deuil dégradants. L’article 411 stipule clairement : « Le conjoint survivant a le droit de refuser de se soumettre à des rites de deuil dégradants ou de nature à porter atteinte à sa dignité, à son intégrité corporelle, morale, psychologique ou à sa délicatesse. En aucun cas, ce refus ne doit être  considéré comme une injure envers le défunt constitutive d’indignité successorale, même lorsque la coutume s’applique à la succession du défunt. Sont, notamment, interdits le lévirat, le sororat et l’enfermement inhumain et dégradant ».

C’est donc la méconnaissance de ces droits qui poussent les femmes veuves à subir ces pratiques dégradantes. Il urge alors que des sensibilisations soient faites pour débarrasser les traditions qui avilissent l’homme et particulièrement la femme. Un accompagnement juridico-social est recommandé à l’endroit des veuves pour les aider à vivre leur nouvelle situation.

 

 

 

 

Last modified onmardi, 07 juillet 2015 17:28

2 comments

  • Gale Dennig
    Gale Dennig samedi 29 juillet 2017 07:05 Comment Link

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  • Harland Joachim
    Harland Joachim samedi 29 juillet 2017 00:39 Comment Link

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