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AYOUGUELE Kudjukabalo, cordonnier :

« C’est sur l’économie tirée de la cordonnerie que reposent  mes études »

Il y a encore quelques années, la cordonnerie paraissait dans la mentalité de plusieurs Togolais,  un métier avilissant ;  un préjugé  renforcé par  le fait  qu’une bonne partie des personnes exerçant ce métier sont des handicapés. Cette perception va progressivement changer surtout avec  l’arrivée au Togo des «shoe makers»  ghanéens qui  ont fait  fortune dans ce métier.

L’apport de la cordonnerie  n’est pas négligeable pour ceux qui l’exercent. Il contribue parfois  à entretenir l’espoir et le rêve comme chez AYOUGUELE Kudjukabalo,  étudiant en semestre V et VI en Faculté de Droit de l’Université de Kara.

Sans ce métier, le futur juriste,  aurait abandonné ses études depuis longtemps. C’est en tout cas ce qu’il nous confie. Issu d’une famille modeste, ce métier à un moment donné , a constitué  pour lui  un fonds de financement  de ses études. «  A un certain âge , on ne peut plus continuer à tendre la main à ses parents;  on devient responsable. A l’université nous avons des documents à acheter, des photocopies à faire, des frais d’inscription à payer et d’autres choses encore. Face à toutes ces dépenses surtout celles liées aux études , ce métier constitue pour moi une aide financière substantielle  », avoue M. Kudjukabalo.

Et quand on demande à  l’étudiant d’où lui est venue l’idée d’exercer ce métier,  sans hésiter, il répond que la cordonnerie a été  pour lui « une inspiration » qui lui a permis de se prendre en charge dans un milieu réputé difficile , surtout lorsqu’on est issu de famille modeste. « Sincèrement ce métier nourrit son homme, il faut seulement la détermination. Ce n’est pas un métier à négliger. Je sais ce que je gagne dans ce travail », confie-t-il.

C’est en classe de troisième que Kudjukabalo découvre véritablement la cordonnerie. A ses débuts, il faisait du porte à porte à la recherche de chaussures à réparer. Avec le temps il décide d’en faire un métier . Il obtient alors un financement du  Fonds d’Aide aux Initiatives Economiques des Jeunes (FAIEJ) qui  lui a permis d’ouvrir un atelier à Kara.

« J’ai aujourd’hui mon propre atelier et je compte pouvoir me faire un nom dans le pays et dans la sous-région », rêve-t-il.

Si avant, le jeune entrepreneur se ravitaillait chez les détaillants de la ville de Kara, aujourd’hui, avec ce financement, il s’approvisionne directement à Lomé, ce qui lui permet de dégager une marge bénéficiaire plus consistante. Kudjukabalo reconnaît que ce n’est pas facile de concilier les études et la cordonnerie mais n’entend pas abandonner l’un au profit de l’autre. « C’est sur l’économie tirée de la cordonnerie que reposent  mes études car vous n’êtes pas sans  savoir que les études nécessitent de l’investissement », dit-il.

Son seul regret, c’est surtout le regard des Togolais et particulièrement de ses camarades étudiants sur ce qu’il fait. « Le Togolais ne considèrent pas ce travail. En te voyant faire la cordonnerie, ils se demandent si quelqu’un comme moi avec  son niveau d’étude, n’a rien trouver mieux à faire . Mais s’ils savaient ce que je gagne dans ce métier, ils changeraient de langage ».

Les difficultés d’ordre social ont certainement forgé un caractère de combattant chez notre étudiant-cordonnier qui est un « touche à tout ». Dans son enfance,  nous a-t-il dit, il a exercé plusieurs activités notamment le petit commerce et la forge sans oublier la chasse et l’agriculture.

Last modified onmardi, 03 mars 2015 18:55