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KOLANI Moise, responsable de « Espace Magnificat» :

« Au début d’une entreprise,  on ne cherche pas à gagner gros »

Le virus de l’entrepreneuriat l’avait atteint lorsqu’il préparait sa Maîtrise.  Aujourd’hui, son Master en Histoire politique et relation internationale en poche, Kolani Moïse, qui va s’inscrire bientôt en Thèse, n’est pas prêt d’abandonner ce secteur. Le jeune étudiant est aujourd’hui patron d’une cabine de photocopie sur le campus de l’Université de Lomé.

 

Tout a commencé il y a six ans. Etudiant, il associait les études à un petit job dans une société de gardiennage. De ce métier qui l’occupait la nuit, il avait gagné un peu d’argent et  acheté une moto qu’il  confia à un Zémidjan. La moto devenant vétuste, il fallait la renouveler ou diversifier les sources de revenus. Sur le campus, Moïse  remarqua qu’« il y avait un besoin pour les étudiants en ce qui concerne les photocopies ». De cette idée lumineuse allait naître ce qu’il appelle aujourd’hui « Espace Magnificat ».

Au départ, Moïse était confronté à un problème de fonds. Mais loin de se  décourager, l’étudiant frappe à des portes. Son projet trouve un écho favorable auprès d’un de ses amis qui n’hésite pas à l’accompagner. Ensuite des démarches d’autorisation d’installation  furent effectuées auprès des autorités  de l’Université qui donnent  leur accord  à  la seule condition que le demandeur achète un conteneur  pour y disposer les  machines et  verser une caution.

Avec l’argent que lui avait prêté  son ami,  Moïse   achète le conteneur  au port à 650 000 F et le fait déplacer sur le campus à 125 000 F.  Pour fixer le conteneur, il lui a fallu 103 000 F.

Pour lancer son activité, Kolani vend sa moto pour acheter une petite photocopieuse à 250 000 F. Mais la machine de deuxième main tombait constamment en panne. La nécessité de la remplacer  par une  neuve se faisait sentir. Il sollicite alors un  nouveau prêt chez un autre étudiant.  Ce prêt  ne correspondant qu’à la moitié du prix de la machine,  M. Kolani dut  négocier la photocopieuse en payant le reste par acompte.

Plus tard, après avoir soldé toutes ces dettes, l’étudiant-entrepreneur a pu,  sur fonds propre, payer une autre machine neuve. C’est seulement à ce moment-là que décolla véritablement  son activité. Aujourd’hui, il emploi quatre personnes.

« Au début, les matins, je suis au cours et les après-midis, je  gère ma cabine de photocopie. J’ai su concilier cette activité et les études jusqu’à soutenir en Master. Je projette m’inscrire en Thèse à la fin de ce mois», déclare M. Kolani.

Cette activité ne fait pas vivre, relativise-t-il, en soulignant que c’est faute de mieux qu’il est toujours dans le domaine. « Quand vous voyez le coût des consommables, alors que  la photocopie est à 10F la page, combien de fois vous allez faire 10 F, pour payer toutes les dépenses? C’est difficile;  c’est parce que nous n’avons pas trouvé mieux ailleurs qu’on s’y maintient », souligne-t-il.

En plus de ces difficultés, Moïse doit faire face aux caprices de ses camarades étudiants. « Quand tu travailles dans le monde universitaire,  il faut être patient pour gérer les étudiants. Ils viennent et oublient que c’est pour demander une prestation, ils nous insultent », raconte-t-il. 

A ceux qui continuent  de  sous-estimer l’initiative privée, Moïse  conseille: « On est plus autonome quand on entreprend soi-même. Même quand ça ne marche pas, on est  indépendant »

Sa mentalité, certains étudiants l’ont comprise et n’hésitent pas à l’approcher pour s’inspirer de son exemple. A ces étudiants, Moïse rappelle que le contexte actuel ne permet pas à l’Etat de tout prendre en charge. Aussi, avec le système LMD,  l’étudiant doit-il planifier  son  emploi du temps  et  se lancer dans l’entreprenariat.  « Au début d’une entreprise,  on ne cherche pas à gagner gros, on ne cherche pas à investir des centaines de millions. On peut  toujours partir du néant pour réussir», conseille-t-il.

S’agissant de la gestion du courant électrique, il remercie l’Université qui  a inscrit son entreprise dans la tranche sociale pour lui permettre de supporter la facture et maintenir le prix de la photocopie abordable pour les étudiants.