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Interview : Tengue Kokou Edem, Directeur général de Maersk Line Togo

« Nous espérons que le Sommet de Lomé créera le cadre institutionnel et juridique pour la naissance de lignes maritimes intra-africaines nécessaires à l’interconnexion des économies du continent. »

                                                                                

Son groupe est le leader  du transport maritime conteneurisé, avec plus de 16% du marché mondial et près de 40% de celui du trafic conteneurisé à l’import au Togo. A moins d’un (1) mois du Sommet sur la sécurité, la sûreté maritimes et le développement en Afrique qui se tient à Lomé, Focus Infos a rencontré Edem Kokou TENGUE, Directeur général de Maersk Line Togo. Avec cet acteur majeur, nous avons fait le tour d’horizon des objectifs de la conférence à venir. Le jeune dirigeant  nous a parlé de ses attentes, de son groupe, du climat des affaires etc.. Lecture

 

F I : Le Togo organise le 15 octobre prochain, un sommet extraordinaire des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine sur la sécurité maritime et le développement en Afrique. En tant qu’acteur important du transport  maritime, qu’en attendez-vous?

Tengue Kokou Edem : Nous en attendons beaucoup et nous tenons réellement à saluer cette initiative qui prouve l’intérêt des Chefs d’états et de gouvernement du continent pour son développement économique. En effet,  l’insécurité en mer menace les approvisionnements en énergie et les exportations de matière première qui soutiennent la croissance économique des pays africains. Nous espérons que le sommet de Lomé créera le cadre juridique et permettra aux états africains de mutualiser leurs moyens de surveillance pour éradiquer ce phénomène.

Une des épines dans le pied des lignes maritimes est le phénomène des passagers clandestins et au-delà,  de l’immigration clandestine. Les drames humains en méditerranée, devenue un immense cimetière,  ne peuvent plus continuer. Le sommet de Lomé devra se pencher sur la question et conduire les états à mettre en place des politiques migratoires rationnelles pour tourner définitivement cette page.

Le commerce intra africain demeure faible. Il représente entre 10 et 15% des échanges alors qu’en Europe, il représente 60% des échanges et 40% en Amérique du nord. Un des handicaps est le coût prohibitif des échanges routiers. Nous espérons que  le sommet de Lomé créera le cadre institutionnel et juridique  adéquat pour que naissent des lignes maritimes  intra africaines nécessaires à l’interconnexion des économies du continent.

 

F I : Quelle est aujourd’hui la place du transport maritime dans le commerce international?

T K E : Le transport maritime est l’épine dorsale du commerce international. Plus de 90% des échanges internationaux de biens passent par la mer. D’ailleurs,  la corrélation entre la croissance économique mondiale et les volumes de marchandises transportées par mer est bien connue des économistes.

 

F I : Quelle  influence l’insécurité sur les mers et océans a-t-elle sur vos activités et au-delà, quel impact peut-elle avoir sur les produits et le consommateur final?

T K E : L’insécurité en mer a de tout temps influencé négativement  l’activité mercantile. Un  des épisodes antiques  les plus connus est la montée du prix du blé à Rome  du fait de la piraterie maritime. Pour éradiquer ce phénomène,  le sénat romain d’alors eut recourt en 67 av J.C à une loi qui permit de donner une autorité militaire absolue sur les mers, les océans , sur une bande ,une flotte de  navires et des moyens financiers conséquents au général  romain Pompée qui vainquit les pirates en 40 jours et  ramena le prix du blé à la normale.

Les enjeux sont exactement les mêmes aujourd’hui, quand elle ne rend pas impossibles nos activités, la piraterie maritime  en augmente suffisamment les coûts (assurances , risques de pertes matérielles et en vies humaines… etc.) pour que le prix des biens transportés en subisse les effets .

L’une des histoires modernes de piraterie fut l’attaque d’un des navires du groupe Maersk ,<<le Maersk Alabama >>, dans le golfe  d’Aden aux larges de la Somalie . Cette histoire a par ailleurs fait l’objet d’un film ayant été primé à Hollywood.

 

F I :  Plusieurs états dont le Togo mettent en place des initiatives pour intégrer la mer dans leur réflexion d’ensemble sur les questions de développement. La création du Haut Conseil à la Mer en est l’une des illustrations. Quel regard portez-vous sur cette institution et ses objectifs?

T K E :  L’on ne peut que saluer la création de cette institution et les objectifs à elle assignés.  De tous temps,  la mer a  joué un rôle central dans le développement.  C’est en effet elle qui a favorisé les grands voyages d’exploration ayant permis d’avoir une connaissance exacte du monde.

La  première mondialisation économique au sens de relier les marchés a été faite grâce au transport maritime. C’est ainsi que Mongols(Indiens), Ottomans(turcs), Safavides(Perses), Chinois et Européens étaient déjà reliés au Moyen-Âge par le commerce maritime .Aujourd’hui elle regorge dans certains cas de ressources énergétiques et halieutiques précieuses. Pour nous développer, nous devons maîtriser mers et océans.

 

F I : Quelle analyse faites-vous de la situation du Port Autonome de Lomé et comment le rendre plus compétitif dans un environnement très concurrentiel?

T K E : Le port autonome de Lomé a un avantage naturel. C’est un port en eau profonde. Pour se convaincre de l’importance de cet avantage,  il faut voir les efforts que ses voisins sont obligés de faire pour faire du dragage.

Mais  une fois le dragage effectué, ces ports s’ensablent régulièrement forçant  la répétition de cette opération.  Or pour nos lignes maritimes,  la profondeur est importante car c’est elle qui détermine le tirant d’eau  qui conditionne le tonnage des navires que l’on peut amener à quai. Plus le titrant d’eau est important plus le navire est grand.

Mais pour tirer parti de cet avantage naturel et devenir le hub incontesté,  le Togo doit réduire les coûts de transport vers les pays sans littoral. Nous pensons qu’il ne pourra pas faire économie d’une ligne de chemin de fer.  A cela, il faut  ajouter les << soft improvements >> que sont par exemple l’amélioration des procédures de dédouanement, leur célérité et leur transparence. Le Togo s’est déjà engagé dans cette voie avec SEGUCE. Cela doit être poursuivi et renforcé.

 

F I :  Plus globalement, quel regard portez-vous sur le climat d’affaires au Togo en tant qu’opérateur économique?

T K E : Le climat des affaires s’est amélioré. Pour s’en convaincre, il suffit de voir les performances du Togo dans le classement Doing business. La compétition est grande dans ce classement mais le Togo s’est récemment distingué en étant une des nations ayant introduit le plus de réformes en matière d’amélioration du climat des affaires.

Mais la perfection n’est pas de ce monde et il faut  toujours faire des efforts. Je pense qu’il va falloir réfléchir à une manière de faire avancer beaucoup plus rapidement les litiges maritimes et plus généralement commerciaux. Que le droit soit bien dit le plus vite et le plus tôt possible car pour les operateurs économiques, le temps c’ est de l’argent.

 

F I : Que représente Maerk Line dans le transport maritime mondial et quelle est sa place au Togo en quelques chiffres?

T K E : Maersk demeure le leader du transport maritime conteneurisé. La part de marché mondial du groupe Maersk est de 16% et plus.  En terme de capacité,  le groupe opère plus de 600 navires. Le groupe Maersk, présent aussi dans l’énergie et la logistique, emploie plus de 80,000 personnes de par le monde.

Au Togo,  le groupe déploie deux lignes  maritimes : Maersk Line et Safmarine container line. La  filiale logistique Damco est aussi présente. Les deux lignes maritimes combinées représentent 40% du marché du trafic conteneurisé au Togo à l’import. A l’export notre part de marché se situe entre 35 %et 37%.

 

F I : Vous avez baptisé un de vos navires du nom de la capitale togolaise et présenté au public le 21 juillet dernier lors de son accostage à Lomé. Simple opération marketing ou vraie reconnaissance des efforts de Lomé pour améliorer ses services et son environnement?

T K E : Il s’agit pour nous de consacrer les efforts du Togo en matière maritime et au-delà en matière d’amélioration du climat des affaires. Nous souhaitions aussi  être plus proche de nos clients du port de Lomé. L’amélioration des infrastructures au port autonome de Lomé méritait d’être saluée par notre groupe qui en est l’un des premiers bénéficiaires.

 

F I :  Sur un plan personnel vous êtes  Directeur général de l’entreprise. On vous dit bosseur et discret? Comment vous decririez vous et quels sont vos loisirs à vos heures perdues?

T K E : Je n’aime pas parler de moi; je trouve l’exercice haïssable et en laisse le soin aux autres. En ce qui concerne mes loisirs,  je vous confie que je suis un passionné de musiques tropicales (Rumba congolaise, Zouk, Salsa….) et aussi de Jazz.