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GILBERT HOUNGBO : L’ATOUT «CŒUR » DE FAURE GNASSINGBE

Après Edem KODJO, Gilbert HOUNGBO sera le deuxième togolais à diriger une grande institution internationale. Il a été élu le 14 février dernier  à l’issue du Conseil des gouverneurs, président du Fonds International de Développement Agricole (FIDA) face à sept (7) autres candidats. Si sous d’autres cieux un tel évènement n’aurait pas requis que l’on s’y attarde, au Togo il est d’importance, les nationaux n’ayant pas beaucoup réussi à s’imposer à un tel niveau des organisations mondiales. Comme son illustre prédécesseur, l’ancien Premier ministre doit d’abord son succès au soutien de son pays ; et surtout à l’implication personnelle du Chef de l’Etat Faure GNASSINGBE, avec qui il entretient de solides relations de confiance.

 

Lorsque Faure GNASSINGBE  va le chercher au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) dont il était le responsable Afrique en septembre 2008 pour en faire son Premier Ministre en remplacement du très effacé Komlan MALLY démissionnaire, Gilbert HOUNGBO était un parfait inconnu pour la plupart des Togolais. Malgré un cv impressionnant et une carrière bien remplie dans le système des Nations Unies, et en dépit de son passage presque éclair à la SOTOCO (Société Togolaise de Coton). «  Que va-t-il chercher dans cette galère » s’étaient alors exclamés la presse et bon nombre  d’observateurs. Pour le Chef de l’Etat, cet expert comptable de formation, avait le profil qu’il faut pour réformer structurellement  le pays devenu exsangue après deux décennies de crise sociopolitique.

 

Celui qui se présentait  comme un afro-optimiste et un keynésien convaincu, professant que  l’orthodoxie  financière et comptable doit devenir un principe cardinal de la gestion publique, était attendu pour relancer l’économie togolaise.  Fin connaisseur des institutions internationales, le natif d’Agbandi avait par ailleurs les qualités pour convaincre les bailleurs de fonds de venir  en aide au Togo, déserté depuis des lustres par les investisseurs qui ont entamé une poussive  reprise après l’Accord Politique Global (APG) signé en 2006. «  C’est un message clair et fort aux bailleurs de fonds » avait ainsi commenté un conseiller du Président de la République.

 

A l’Assemblée nationale, pour son baptême de feu, le quinquagénaire lâchera : « la tâche qui nous attend est immense. Mais c’est également une tâche exaltante et noble…Je mesure toute la responsabilité qui est la mienne à ce stade de l’évolution de notre pays, face au nombre et à l’importance des chantiers à mettre en œuvre, aux défis urgents à relever pour répondre aux profondes et légitimes aspirations de nos laborieuses populations, car malgré tout ce qui a pu être réalisé à ce jour, nos concitoyens ne ressentent pas toujours concrètement les fruits de l’effort commun dans leur vie de tous les jours ».

Enthousiaste, il s’envolera quelques jours plus tard, pour une tournée européenne. Objectif : convaincre les partenaires de renouer avec le Togo parce qu’une nouvelle dynamique s’y met en place. Dans ses valises, à son arrivée à la Primature, de nouvelles méthodes de travail. Mais pas que. Aussi des  compétences éprouvées dans le système des Nations Unies comme lui, notamment Mme Victoire DOGBE, qui s’imposera rapidement comme l’une des chevilles ouvrières de la politique gouvernementale.

Entre les deux hommes qui ne se connaissaient pas, s’installe assez vite de très forts liens, basés sur la confiance. Le Chef de l’Etat louait  la compétence du PM et sa capacité au travail ; l’autre vantait sa vision et sa sérénité devant les évènements. «  Ils s’admiraient beaucoup et chose rare pour des premiers ministres considérés avant tout comme des fusibles, Faure GNASSINGBE lui vouait un profond respect et il avait son oreille » confie un proche du palais de Kégué. «  Ce n’est pas comme CHIRAC qualifiant  Alain JUPPE du  meilleur d’entre-nous ; mais c’est presque cela » complète-t-il.

 

De fait, même si son engagement à changer en six (6) mois le quotidien des Togolais n’a pu être tenu, sans surprise d’ailleurs ; la tâche relevant des 12 travaux d’Hercule, on peut sans conteste mettre à son crédit d’avancées notables et une relance de l’économie togolaise. Mais son principal fait d’armes est d’ « avoir crédibilisé de nouveau le pays Togo et d’avoir réussi à convaincre de sa fréquentabilité » a tenu à préciser, un de ses proches.

 

RETOUR AVORTé EN 2015:

 

C’est donc avec surprise que son départ de la Primature a été annoncé en juillet 2012, dans un contexte il est vrai de tensions politiques alimentées par les mouvements du Collectif Sauvons le Togo. Beaucoup avaient lu dans la démission de celui qui quelques semaines auparavant,  appelait encore  les Togolais dans une adresse, à adhérer massivement à l’Union pour la République (UNIR) nouvellement créée, une fracture avec le Chef de l’Etat.

La lune de miel n’aura duré que quatre (4) ans,  s’amusent les commentateurs, qui décrivent un clash entre les deux hommes et annoncent une rupture définitive. Que l’entourage de Faure GNASSINGBE avait toujours démenti, expliquant que le changement de Premier Ministre correspondait à la période dans laquelle le pays entrait (pré-électorale), avec le désir du Président de la République d’avoir un chef de gouvernement, plus politique. «  Ils continuent à se voir et à s’appeler » avait confié un ministre de son gouvernement.

 

Ce que confirment les habitués du palais et des déplacements de monsieur GNASSINGBE à l’étranger. «  Gilbert HOUNGBO est souvent reçu en audience. C’est l’atout cœur du Président » déclarait dans un sourire, un des habituels visiteurs du soir de la résidence présidentielle. Au point de figurer en 2015, après l’élection présidentielle en bonne place sur la short-liste des personnalités susceptibles de prendre la Primature ? Ce diplomate l’assure, indiquant que certaines conditions posées ont fait avorter l’idée de son retour.

 

Pour ce vieux cacique, qui se décrit comme « en réserve de la République », ce sont plutôt des considérations d’équilibre régional, qui imposent une règle non écrite selon laquelle, le Président de la République étant de la région de la Kara, le PM et le Président de l’Assemblée (PA)  devraient être de deux autres  régions différentes. Dama DRAMANI,  PA, étant de la région Centrale, Gilbert HOUNGBO ne pouvait être nommé de nouveau PM, étant de la même région. Que valent ces confidences, confirmées l’une et l’autre par plusieurs autres personnes, on ne le saura peut-être jamais. En toute hypothèse et selon des sources crédibles, le départ de monsieur HOUNGBO en 2012 était plutôt destiné à le préserver. « Le Président ne voulait pas qu’il soit cramé par la politique politicienne togolaise, ni complètement mis sous éteignoir par les caciques de son camp dont il connaît l’extrême habileté en la matière » en sourit presque, un ancien ministre. Qui explique s’être presque retrouvé dans la même posture.

Pour quel but ? Pour certains coups d’après, explique-t-il. L’élection à la tête de la FIDA qui a des  solutions spécifiques à chaque pays, qui peuvent impliquer l’accès des ruraux des populations pauvres aux services financiers, aux marchés, aux technologies, à la terre et autres ressources naturelles et vers lesquelles  le Togo lorgne beaucoup, en serait la parfaite illustration. 

 

BRILLANTE éLECTION :

Au deuxième tour du scrutin organisé à Rome le jour de la Saint Valentin, l’ancien Premier ministre togolais, dont la candidature était soutenue par l’Union africaine (moins le Maroc qui présentait un candidat qui n’obtiendra que 4,9% au premier tour), a recueilli  54,43% des voix, contre 20,34% pour l’Italien et  17,65% pour l’Indonésien.

 

A l’issue du vote, monsieur HOUNGBO  s’est dit très ému.  « Je viens du monde rural. J’ai une connaissance parfaite de la réalité du terrain »,  a-t-il confié quelques minutes après son élection. Il a annoncé vouloir  poursuivre  le programme d’une amélioration institutionnelle continue et de positionnement stratégique du FIDA sur la scène internationale du développement. Ceci inclura un rôle accru dans les processus internationaux de suivi de mise en oeuvre des Objectifs de Développement Durable (ODD).

«  Je m’investirai également pour que l’engagement politique soit renforcé aux plans international, régional, national et local. J’aurai également pour objectif une augmentation considérable du financement des opérations du FIDA et poursuivrai la réforme et les améliorations de l’efficacité d’organisation » a-t-il déclaré.

L’actuel directeur général adjoint de l’Organisation internationale du travail (OIT) entend mener une initiative décisive à l’échelle mondiale en faveur d’une extension rapide des services financiers ruraux axés sur les petits exploitants. Ce programme doit comprendre une augmentation du microfinancement à des conditions préférentielles pour l’agriculture et les activités génératrices de revenus non agricoles en zone rurale. M. Houngbo veut également mettre en oeuvre une approche plus audacieuse de l’accès au financement pour les populations pauvres, améliorer la qualité de la nutrition et réduire les pertes de produits alimentaires, tout en générant plus de revenus pour les populations rurales, les sortant ainsi de l’extrême pauvreté. « Je suis convaincu que le FIDA et ses partenaires seront un jour en mesure d’aider chaque petit exploitant qui le souhaite à mobiliser les ressources nécessaires à l’atteinte de ses objectifs et ambitions. Cela nécessitera une coopération renforcée avec les partenaires du FIDA à l’échelle mondiale et nationale, y compris les organisations de petits exploitants, ceci afin de garantir la création de cadres politiques adéquats et d’étendre les infrastructures de services financiers et de produits financiers spécifiques qui exploitent le potentiel des technologies modernes » a expliqué le nouveau président.

Sur son compte tweeter,  Faure GNASSINGBE a félicité monsieur HOUNGBO, saluant la reconnaissance de ses qualités et de ses compétences.  Il s’installera à Rome le 1er avril prochain pour 4 ans. Le mandat est renouvelable une fois.

 

Pour rappel, le FIDA, International Fund for Agricultural Development, IFAD) est une institution spécialisée du système des Nations unies. Il a été fondé en décembre 1977 dans le sillage de la Conférence mondiale de l’alimentation réunie à Rome en 1974.

C’est une banque d’aide au développement qui a pour  vocation d’aider financièrement, comme bailleur de fonds et organisateur, au développement agricole et rural dans les pays en développement et en transition.

Il se donne pour mission d’y combattre la faim, la malnutrition et la pauvreté par l’amélioration des moyens et techniques agricoles et par la création et la modernisation d’activités agricoles ou commerciales en milieu rural, notamment moyennant des projets de microfinancement gérés au niveau local.

Le FIDA mène régulièrement à bien des projets en collaboration, entre autres avec la Banque mondiale, le PNUD, le PAM et la FAO.

 

 

 

 
Last modified onmercredi, 22 février 2017 16:16