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Une semaine pour expier le mal togolais

la présidente du HCCRUN 2ème à droite lors du lancement des journées de purification la présidente du HCCRUN 2ème à droite lors du lancement des journées de purification

La cérémonie de purification nationale chez les adeptes du vaudou

Ce 06 juillet connaîtra le début de l’apothéose des « Journées de purification » décrétées par le Gouvernement, conformément à la recommandation 47 de la Commission Vérité Justice Réconciliation (CVJR), avec la cérémonie des  religions traditionnelles,  suivie vendredi par celle  des  musulmans  et dimanche par  les chrétiens.  Ces jours spéciaux sont sensés être des moments de communion entre les fils du Togo pour purifier le Togo, faciliter le repos des âmes des victimes décédées ou disparues, apaiser les cœurs meurtris et accompagner spirituellement la réconciliation. Zoom sur la purification chez les adeptes vaudous.

 

Les rituels traditionnels se feront dans chaque localité suivant les coutumes. Le lieu des cérémonies qui entre-temps constituait une pomme de discorde entre l’autorité politique et les adeptes du culte vaudou, a été levé. Finalement dans  la préfecture du Golfe, les cinq chefs cantons de la ville, ont choisi  la berge de la lagune de Bè, épicentre des violences politiques, pour les cérémonies apothéoses qui auront lieu ce jeudi.

Dimanche déjà, des oracles ont été consultés sur la nature et l’objet des cérémonies. « Ce sont les oracles qui nous dictent  ce qui doit être fait », confie Togbui Assiobo Gnangblodjro III, président de la confédération des prêtres traditionnels du Togo.

En Afrique et particulièrement au Togo, la purification fait partie des pratiques traditionnelles. « La purification existe depuis la nuit des temps et est ancrée dans nos habitudes », indique Togbui Ni Amassa, vice-président de la confédération des prêtres traditionnels du Togo. Elle consiste à la suite de la mort dite violente (dzogbeku) par accident, par suicide, au moment de l’accouchement ou par l’écoulement de sang suite à une catastrophe ou volontairement-les victimes de ces morts ne sont d’ailleurs pas enterrées aux mêmes endroits que les morts dites « normales »- à faire des cérémonies destinées à ramener ou apaiser l’âme errante de la personne décédée ou à faire taire le sang versé afin d’empêcher la reproduction de tels faits. Pour le commun des Togolais, la répétition des accidents par exemple à un endroit précis est l’œuvre de l’âme des disparus qui n’ont pas eu droit à cette cérémonie de purification.

 

« Quand j’étais enfant lorsqu’un accident survient, vous allez voir  les gens se dépêcher pour faire partir l’âme du disparu. Aujourd’hui avec la prolifération des nouvelles religions, on n’aime plus pratiquer la tradition.  C’est pour ça que nous assistons à de plus en plus d’accidents », croit savoir  un sexagénaire.

Plusieurs étapes mènent à  la purification. Il  faut d’abord consulter les oracles, ce sont elles qui indiquent la démarche à suivre. Après la consultation, les esprits peuvent demander qu’on  procède à une cérémonie de  4 jours, une semaine ou encore à un mois de purification. En l’espèce, après la semaine décrétée par le gouvernement,  la cérémonie devra se poursuivre dans les couvents deux semaines de plus. De même, ce sont les esprits qui dictent le sacrifice d’animal à faire et le lieu indiqué pour la circonstance. « La prédication des oracles révèle les choses secrètes, c’est semblable aux langages des esprits », note Togbui Ni Amassa. Ces étapes franchies, les prêtres traditionnels prennent les rênes des cérémonies.

Au Sud du Togo, ce sont les « Ananassi » ou les « Sakpatessi » c’est-à-dire les adeptes de Sakpatè (dieu de la terre ou de la variole) qui procèdent à ces cérémonies.  Cérémonies que le chef canton d’Aflao Gakli Togbui Djidjolé ne compte pas dévoiler : « Ce sont des cérémonies esotériques, traditionnelles qu’on organise à des moments précis de la journée ou de la nuit.  Il y a des préposés qui sont choisis pour organiser ces cérémonies », laisse-t-il entendre.

 

Généralement, ces prêtres souvent des prêtresses balaient les lieux où se sont produits les malheurs en plein jour au vu et au su de tous. Ensuite appellent les noms des défunts morts dans ces circonstances pareilles- de mort violente- tout en les accompagnant d’incantations ou de libation. Dans le cas où on ne connaît pas le nom de certains des victimes, on les nomme par les jours de la semaine, avec la probabilité qu’ils se retrouveront à un jour de la semaine ou alors  on demande à ceux connus d’appeler les inconnus.

Au cours de ces cérémonies, chaque prêtre est identifiable par la divinité qu’il adore par sa tenue d’apparat. Chaque groupe entonne des chants de combat et fait des démonstrations de la présence des esprits. Une  cérémonie prise  très au sérieux par des adeptes.

Le résultat de ces cérémonies, c’est la purification. « Lorsque nous organisons ces cérémonies, c’est juste pour apaiser  parce qu’on a estimé qu’à un moment donné de notre histoire,   le sang a suffisamment coulé sur la terre de nos aïeux.  Et  comme on le dit dans notre tradition,  lorsque des morts violentes sont perpétrées à un endroit du territoire, il faut aller prendre des âmes de ces corps qui sont tombées sous des agressions. Lorsqu’on organise ces cérémonies on met ces âmes à l’aise et tout le pays retrouve sa sérénité. C’est ce que les chefs traditionnels et les prêtres entendent organiser », précise Togbui Djidjolé.

Cette fois-ci, c’est tout le Togo qui sera purifié.      « Au Bénin,  chaque six mois on fait les purifications.  Mais chez nous  je n’ai jamais appris qu’on ait  fait des purifications nationales.  C’est la première fois  que nous allons en  faire. Après cette purification,  tout rentrera  dans l’ ordre », confie optimiste,  Togbui Assiobo.

Last modified onmercredi, 05 juillet 2017 14:11