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Cyclisme togolais, l’histoire d’un orphelin

Vouloir devenir un cycliste professionnel au Togo, c’est comme se jeter du haut d’un toit sans réellement percevoir la destination. C’est être ambitieux, et peut-être c’est mourir de passion pour cette activité. Pourtant, partout ailleurs, les maillots jaunes ne pas sont rares. Entre disparition et laissé-pour-compte, le cyclisme togolais lance un cri de sauve-qui-peut.

Ce constat ne souffre d’aucune ambigüité : l’histoire du cyclisme togolais, c’est cette histoire-là dont on raconte bien le début, mais la fin manque d’enjeux. Une histoire qui a pris forme depuis 1962, fait de haut et de bas, mais dont le haut est moins perceptible que le bas. Le haut, ce sont ces pages écrites par d’infatigables coureurs comme Anani Koffi, Morera Komi ou encore RodriguezAmavi.Et ce n’est pas le président de la Fédération Togolaise du Cyclisme, le très franc Monsieur AnaniAssiongbonqui dira le contraire. Le dernier tour cycliste du Togo illustre mieux la situation : Vainqueurs au début, loosers à la fin.

Le tour cycliste international organisé depuis 1989 à l’endroit des amateurs de ce sport augurait pourtant quelque chose de bon. L’objectif était de révéler les nouveaux talents togolais, peut-être parce que les très énergiquesTokèSémékonawo,Koevi Mensah ou encore de Pascal Lossa, tous détenteurs des maillots jaunes aux jeux de la CEDEAO en 1975 à Lagos, ne pouvaient plus mieux s’offrir pour le drapeau togolais.En même temps, on peut reprocher à Diégo Agbéfou, ou aux frères Dossouvi  ou encore à EguéAttivide n’être prophète que chez eux. Mais dans les années 2000, ils avaient lors de cette épreuvegardé le monopole du maillot jaune. N’eût été l’écoulement du temps et la négligence d’une discipline sportive pourtant en vogue au-delà des tropiques, le Togo serait actuellement bien vu sur le podium.

Un laissé-pour-compte             

Même le siège de la fédération tutelle de ce sport a quelque chose de spécial. C’est n’est pas ce bâtiment qui git là, à Cocody, avec une architecture classique qui loge leur fédération du cyclisme. Ou plus proche, c’est n’est pas cette grande villa non loin du grand stade de Kégué, avec une grande cour au milieu de laquelle trône un épervier posé sur un ballon de football. Le siège de la fédération du cyclisme lui, n’a pas de réputation. Un bâtiment un peu vieux, fort peu modeste, quelque part caché au stade omnisport, n’ayant pas d’enseigne et profitant de l’ombre de l’hôtel Radisson Blue 2 février. Comme pour dire, le cyclisme n’existera pas au Togo.

Au Togo, c’est à l’approche d’une compétition qu’on connait les cyclistes. Ils ne sont pas formés au siège. Quelques clubs, 10 au total à Lomé, Kpalimé et ailleurs, assurent la formation des jeunes. Il y a encore quelques temps, les anciennes gloires togolaises voulaient apporter de l’aide à leurs jeunes frères. Mais ça n’a pas marché. Les jeunes se disent que tout est à eux, explique le secrétaire de la fédération. En effet, la fédération nationale de cyclisme et les pratiquants de ce sport sont victimes de ce qu’on peut appeler de l’injustice ou de la discrimination. Les fans du sport-roi togolais en sont conscients bien-sûr, mais parlent plutôt d’une discrimination positive au bénéfice du football. Cette discrimination, elle vient du fait que les dernières aides de l’Etat togolais datent de quelques années. Elles sont sporadiques. «  Cette année, l’Etat va nous accorder cinq millions », un peu comme le 1/5 du salaire mensuel du nouveau sélectionneur de l’équipe nationale togolaise de football. Alors qu’en marge de cela, le vélo professionnel offert par l’Ambassade de France pour le dernier tour cycliste a coûté un peu plus de 3 millions F CFA. Une chose qui ralenti les travaux, « mais nous n’avons pas le choix » regrette Emile Olympio. Une fédération qui se nourrit des miettes amassées, après l’organisation du tour cycliste togolais dont le français Francis Ducreux se veut garant. Ou parfois des aides du comité olympique du cyclisme.

Si d’une part, les jeunes cyclistes sont fort peu enclins à se soumettre à leurs supérieurs, c’est qu’au préalable, ces jeunes ne bénéficient d’aucune aide de la part de la fédération. Ces quelques 18 cyclistes togolais qui ont actuellement une licence, ne vivent pas de ce métier. Ils ne sont pas nourrit par la fédération. De même, leurs matériels leurs appartiennent. Ils s’enregistrent eux même auprès des clubs où ils s’occupent de leurs formations et des frais que cela peut engendrer. Les seules choses qu’ils bénéficient de la fédération, ce sont les primes de sélection pour les compétitions, ou encore à la veille desdites compétition, la fédération aident les jeunes sélectionnés avec « quelques pièces détachées » pour ceux qui ont besoin. « Nous sommes dans l’amateurisme encore. » reconnait le secrétaire. Pris isolément, la fédération n’a pas de matériels à proposer. Elle n’a pas un vélo.

Sauve-qui-peut                 

« Autrefois, les coureurs étaient dociles. Entretemps, les pays voisins nous craignaient. Mais maintenant, nous sommes arrivés à un niveau zéro ». Ce niveau zéro est marqué par l’organisation du tour cycliste qui revient onéreuse à une fédération, actuellement en quête de repères. L’organisation d’un tour cycliste revient à plus de 40 millions de F CFA. Parfois, il arrive même qu’aux derniers moments, les choses soient modifiées. Un peu comme de la broderie, faite dans l’intention de trouver à chaque participant, de quoi ne pas rentrer les poches vides. Le cyclisme est un peu mal vu au Togo. C’est en réalité beaucoup de choses qui échappent à ce public hilare que les cyclistes dépassent dans leurs épreuves. Un manque de soutient alarmant. Chaque fois, le secrétaire avoue déposer des demandes de sponsoring qui restent toujours sans suite. N’eût été l’amour-passion d’un enseignant cycliste français du nom d’Henry Ducreux, à l’endroit de cette épreuve sportive, devenu par le temps promoteur du cyclisme togolais, cette histoire aurait déjà écrit sa dernière page. Puisqu’en fait, c’est lui qui cherche chaque fois à la veille de la compétition, du financement.

Le tour cycliste du Bénin et de RDC sont pour bientôt. Une délégation de six cyclistes et trois accompagnateurs togolais y prendront part. Au Togo, « le cyclisme, il faut en être passionné, pour le faire puisque déjà le matériel est coûteux. » Mais le haut de cette histoire c’est aussi, un futur imminent, que marqueront probablement les noms comme Akanga Raouf, Mensah Walter, Abino Amen, tous jeunes. Eux, ce sont les protégés de la fédération, leurs espoirs. Ils ont déjà été envoyés en Egypte pour renforcer leurs niveaux. « Abino Amen lui, fait des courses avec les séniors et arrivent parfois à les battre » comme pour espérer un Alberto Contador Togolais. Mais, cette histoire reste celle d’un enfant qui n’a biologiquement de père que de nom, obligé de faire parfois son chemin en mode solitaire : pas de chemin tracé, un orphelin puisque le bienfaiteur Ducreux n’est pas Togolais.