INTERDICTION DE L’IMPORTATION DES VEHICULES DE PLUS DE 10 ANS : Grincement de dents chez les importateurs.

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Chaque année, entre 3 et 4 millions de voitures d’occasion sont exportées d’Europe vers l’Afrique. Le port autonome de Lomé qui, selon les estimations accueille annuellement entre 60 à 80 000 voitures, est l’une des plaques tournantes de ce commerce de vieilles voitures. L’importation incontrôlée de véhicules d’occasions appelées « venues de France », hors normes, et leur utilisation pose deux problèmes majeurs : environnemental et celui  de santé publique. De fait, plusieurs pays du sud réglementent le secteur. C’est dans cette ligne que s’inscrit le décret pris en Conseil des ministres le 10 janvier dernier portant réglementation de l’importation des véhicules  automobiles d’occasion au Togo. Accueilli froidement par les importateurs.

 

Selon  les acteurs de la vente de véhicules d’occasion, le secteur est en crise ces dernières années du fait de la  baisse du pouvoir d’achat des Togolais, de la concurrence des motos asiatiques. Une  règlementation de l’importation des voitures d’occasion sans abattements de taxes risquerait donc  de lui porter un coup fatal.   «Actuellement le marché de l’automobile est en crise. Je suis au Togo depuis plus de 15 ans.  Je  remarque que ces 5 dernières années,  les Togolais achètent davantage  de motos que de voitures. Beaucoup ne peuvent plus s’offrir le luxe de débourser 5 à 6 millions pour une voiture neuve ;  ils se rabattent donc sur les occasions. Seuls 4% de Togolais peuvent se le permettre. S’ils (ndlr : le gouvernement) veulent tuer les Togolais, ils n’ont qu’à prendre cette décision », fulmine Ahmed, un Libanais responsable du parking STTL.

Il n’exclue pas une délocalisation vers le port de Dakar au cas où cette mesure venait à être mise en œuvre.  Même si le Sénégal pratique les mêmes mesures,  il estime que le pays de la Terranga offre des opportunités plus avantageuses que le Togo en matière de taxe. Son compatriote Michel ne trouve pas d’inconvénient à importer les voitures neuves mais se demande si les consommateurs togolais sont en mesure de suivre.

Fofo, importateur de voitures logé au parking Expo Auto ne dénonce pas la mesure  mais suggère au gouvernement de taxer davantage  les véhicules qui se rapprocheraient  de la limite des 10 ans et tout accordant  des rabattements sur le taux de taxation des véhicules neufs. « Les Sahéliens n’achètent pas de  voitures neuves.   Or ce sont eux qui  constituent  le gros de notre clientèle.

La réglementation annoncée nous pénaliserait beaucoup » se plaint confie Agbawodé Kokou, un transitaire ambulant qui déplore par ailleurs les multiples faux frais qui ne leur facilitent  pas la tâche.  Pour Moussa, un jeune Malien d’environ 30 ans habitué du port de Lomé, sa décision est prise : «  si le Togo interdit les voitures d’occasion de plus de 10 ans, nous nous tournerons vers les ports voisins car au Mali, il n’y a pas de limite d’âge ».

Quant à Ahmed, un autre Libanais installé à Lomé, c’est carrément la théorie  complotiste qui explique ce décret : cette  mesure  entrerait dans le cadre d’un complot ourdi par le gouvernement avec les firmes chinoises et les institutions bancaires pour implanter une usine  de montage de voitures au Togo avec des taux préférentiels aux fonctionnaires. Dans une réaction publiée par nos confrères de republicoftogo, Patrick Magnon, le vice-président de l’Union professionnelle des agréés en douane du Togo (UPRAD-Togo) explique   pour sa part «   qu’il ne sert à rien d’économiser pendant des années ou de faire un prêt pour aller acheter un véhicule qui engendrera d’énormes frais et finalement reviendra au prix d’une voiture neuve ou récente’. L’UPRAD veut encourager les Togolais à acheter du neuf via les réseaux de concessionnaires ou en importation directe. Mais pour stimuler le marché, l’organisation professionnelle recommande une baisse des droits de douane.

RISQUES ENVIRONNEMENTAUX ET SUR LA SANTE

Tous les acteurs sont unanimes pour dire que l’essentiel du parc automobile togolais est constitué de véhicules d’occasion de 10 ans et plus. Peu fiables au niveau sécurité et ultra-polluants. Dans ce contexte, ne rien faire pourra avoir des conséquences graves. Ainsi, selon ce cardiologue, les risques sur la santé sont importants : multiplication des cancers des voies respiratoires et la recrudescence des maladies respiratoires telles que la bronchite, le rhume et la pneumopathie due à l’émission des gaz d’échappement  qui se dégagent de ces voitures.  La concentration de ces gaz est  non seulement à l’origine des nuisances olfactives, visuelles mais contribue  pour sa  part au réchauffement climatique. Des études ont d’ailleurs démontré que l’expérience de vie dans les villes polluées est réduite. De plus, il est important de noter que plus le véhicule est âgé plus la probabilité d’accident est élevée, ce qui augmente les charges.

IMPOSITION ET INCITATION

Selon des concessionnaires favorables à la mesure, l’Etat doit revoir le système d’imposition et d’incitation dans le secteur automobile. Les véhicules qui se rapprochent de la limite des 10 ans doivent être davantage taxés et  des rabattements accordés sur le taux de taxation des véhicules neufs, car ces derniers consomment moins énergie, sont équipés de technologie moins polluantes.  « Le gouvernement devrait aussi penser à un mécanisme de reprise ou de retrait de très vieux véhicules contre un bon de réduction des frais de douane à l’achat d’un nouveau véhicule de moins de 10 ans.  Et   des retraits de cartes grises et interdiction de circuler des épaves » propose l’un d’eux.  Ceci devrait permettre à terme d’assainir significativement la flotte nationale, de réduire le niveau de pollution, de décongestionner la circulation et de minimiser les risques de maladies liées aux émissions polluantes. Une  alternative consisterait en outre   au développement du transport en commun afin que les usagers de la route ne sentent pas contraints d’avoir leurs propres moyens de déplacement.  Les crédits à la consommation à des taux attractifs devraient par ailleurs inciter davantage à l’achat de véhicules neufs.

DYNAMIQUE REGIONALE

La décision togolaise de limiter l’âge des véhicules importés s’inscrit dans une dynamique régionale. Beaucoup de pays l’ont précédé en fixant de huit à dix ans la limite. Comme par exemple le  Sénégal qui, depuis 2003,  a interdit l’importation des véhicules de plus de cinq ans. Les  gouvernements ghanéen et nigérian sont  stricts : aucune voiture de plus de 10 ans ne peut accéder dans leur pays.  Le Gabon a fixé la limite d’âge à 4 ans, et l’Algérie à 3 ans.

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