INTERVIEW : KAO MAAYELE, HUMORISTE

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« Il faut pérenniser la culture qui constitue notre identité »

Traité souvent de fou, de gros mangeur et surtout de dérangeur, ce jeune KAO Maayélé connu sur la scène sous le nom de Giovanni a toujours su conquérir le public avec son art qu’il exerce avec doigté. Découvrons-le !

Focus Infos : L’humour, c’est ta vocation ?

Kao Maayélé : Avant tout merci pour l’occasion que vous me donnez de m’exprimer sur cet art exceptionnel qu’est l’humour. L’humour n’était pas ma vocation. Je l’ai croisé lorsque j’étais à l’Université. Je m’étais inscrit en cours de droit pour  devenir un juriste. J’ai eu ensuite le désir de militer au sein de l’Association  Internationale des Etudiants  Juristes (AIEJ) où j’ai fait la connaissance d’Hervé Djessoa (le professeur abawoe) qui animait à l’époque l’émission le labo du rire sur la TV2. Dans nos distractions je jouissais d’une aisance à raconter les histoires. Alors Herve m’a invité une fois dans son émission d’où mes débuts dans l’humour. Bref j’ai croisé l’humour.

FI : Qu’est ce qui t’a amené à monter sur les planches ?

 KM: Vous savez mes débuts avec Hervé étaient du passe temps. Avec le temps je me suis adapté à son émission d’où j’ai pris goût. Lorsqu’on découvre un art qui nous emporte, nous avons cette chaleur de l’embrasser. On se donne l’arme de l’essayer. Je pense que c’est ce regard d’essai qui m’a amené à monter sur les planches et de faire du one man show (stand up) dans lequel je me sens plus à l’aise. C’est vrai qu’au début c’était difficile d’autant plus que je n’avais pas une formation de base mais avec le temps on s’est amélioré du fait de suivre les devanciers sur scène que ce soit sur les médias ou dans les spectacles.

Pas plus que quatre mois nous avions bénéficié  d’une mise à niveau de la part de Gohou Michel et de Digbeu Cravatte. C’est de là nous nous sommes rendus compte des contours et de la beauté de cet art.

FI : Tu as la boule au ventre, quand tu montes sur scène ? 

KM: C’est normal de ressentir cet état de chose lorsqu’on monte sur scène parce qu’on ne sait pas le public qui nous attend. Tu te demandes si le texte que tu vas interpréter va faire mousse? Le plus souvent la boule est d’un degré élevé lorsque c’est pour la première fois que tu prestes  pour un public que tu ne connais pas. Alors il faut essayer de tout faire pour réussir son entrée sur scène afin de gagner sa confiance. Le plus séduisant c’est de jouer avec le public qui y répond favorablement. Une adhésion y règne et tout part sur des roulettes.

FI :   C’est quoi le truc le plus fun, quand on fait un spectacle comique ?  

KM: C’est tout simple. L’improvisation et surtout quand tu joues avec le public qui adhère. Je m’explique mieux. Tu prépares un texte que tu dois jouer pour un public. Ton entrée sur scène conquit le public. Du coup tu commences par jouer avec ce public qui adhère. Ainsi l’improvisation prend le dessus sur  le texte qui devait être interprété.

FI : On dit que sur scène, tu es une vraie tornade. D’où tires-tu toute cette énergie ?

KM : C’est trop me faire d’éloges. Quand on s’adonne à une activité on ne peut que faire l’effort de mieux la réussir. De plus la nature ne m’a pas fait timide. Je fais le maximum d’être en condition avant de monter sur scène. Mais rassurez vous les stupéfiants ne sont pas dans ma mise à condition. Pour moi c’est naturel et ça vient de soi.

FI : Comment écris-tu tes monologues ?  

KM: C’est un travail minutieux. Il faut avoir une idée sur le public qui t’écoutera, et mettre en avance une thématique qui te permettra de trouver un titre à ton sujet. De là tu peux t’assurer écrire un bon texte dont son interprétation sera soutenue par des improvisations.

A force de répéter il y a des réajustements qui sont faits parce qu’il y a de nouvelles idées. Tu veux par-dessus tout te surpasser. Comme je l’ai dit plus haut une mise à niveau l’an dernier avec Gohou et Digbeu nous a permis de revoir comment écrire. Quand tu dis aux gens que l’humour c’est de l’écriture ils sont ébahis et n’y croient pas.

FI : Est-ce qu’il t’arrive de prendre des bides sur scène ?

KM: Tout dépend du public qui t’écoute et du texte interprété. A mes débuts je peux dire qu’il y avait des manquements mais pas assez pour avoir des bides.. D’ailleurs c’est pourquoi mes scènes sont sélectionnées.

FI : Penses-tu qu’il y ait des sujets que l’on ne peut pas aborder par le rire ? 

KM: Tout sujet est susceptible d’être abordé à moins de ne pas bien le maîtriser. La politique, l’amour, le sexe, la religion, l’éducation, l’ethnie……Mais encore faudrait-il avoir des vannes en ce sens pour soutenir ces sujets.

FI : Quels sont les autres humoristes que tu apprécies ?  

KM: Je pense qu’on ne doit pas se limiter à celui-ci ou encore à un autre. On apprend de tout le monde. J’ai eu ce privilège de partager des scènes avec plusieurs du Togo comme alpha Ramsès, Atchina Gaglo notre doyen, professeur Abawoé, Gbadamassi, Gogoligo, les sénateurs du rire bref l’écurie de l’humour . Et ceux d’ailleurs tels que Adama Dahico, Aga Lawal, le Magnifique, Edou Ondoua, Omar Defunzu, Wallas… J’ai une pensée pieuse pour  Agbasco, Folo, Ousmane ainsi que les frères Gafo qui ont laissé un vide dans l’humour togolais et avec qui j’ai passé de bons moments.

FI : Qu’est-ce que la célébrité a changé pour toi ?  

KM: Mes relations. Certaines portes me sont ouvertes sans difficultés. Ce sont les avantages du métier quand tu arrives à conquérir la masse. Mais ma manière de vivre reste inchangée.

FI : Que faut-il faire pour te plaire ? Qu’est-ce que tu aimes chez une femme ?  

KM: La considération de ma personne dans tout domaine. Sans toute fois oublier   un bon plat accompagné d’une bonne bière. J’ai l’habitude de dire qu’ici sur terre à part Dieu la plus belle des assurances c’est la femme. Alors son esprit combatif et sa simplicité.  

FI : Une personnalité que tu admires  

KM: Cette dernière n’est plus de ce monde. Et je crois que c’est son imitation qui m’a fait progresser dans l’humour. Il s’agit du feu président Gnassingbe Eyadema du Togo. Son élégance, son style vestimentaire, son sens de l’humour et surtout ses adages m’ont toujours inspiré. Un exemple de ses adages : « je vous dis n’est ce pas que, celui qui a la diarrhée n’a pas peur de l’obscurité »

FI : Un endroit où tu aimes passer du temps  

KM: Le village. J’aime bien mon village au vue de ma culture très riche. De temps à autre je m’y rends pour m’enrichir d’elle et pouvoir la retransmettre car ceux qui nous le transmettent  ne vivront pas éternellement. Il faut pérenniser la culture qui constitue notre identité.

FI :.. et ton pire moment ?  

KM: Il m’est plus souvent difficile de vivre ces moments parce que je suis de nature à ne pas m’énerver. Mais parfois une nouvelle me fait passer un petit moment de stress. Aussi il m’arrive de vivre un tel moment lorsque  ma prestation sur scène est mitigée.

FI : Quelles sont les scènes qui t’ont le plus marqué ?  

KM: Toutes les scènes m’ont marqué car on apprend toujours quelque chose de nouveau.

FI : Des projets ?  

KM: Bien-sûr. Toute personne vit toujours de projets. Ils sont plus d’ordre culturel. Réussir dans l’humour pour que la génération future puisse en profiter. Comme j’ai une passion pour ma tradition, j’espère pouvoir créer un centre culturel touristique pour immortaliser ma tradition dont certaines valeurs tendent à disparaître.

FI : Tes vœux pour le Togo en ce début d’année  

KM: Retour à la stabilité au vue de la crise qui prévaut pour un développement prospère. Soyons tous un modèle pour certains.

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