La C14 manifeste, entreprises et commerçants paient l’addition.

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C’est décidé. La coalition des 14 (C14) partis politiques de l’opposition reprend ses manifestations hebdomadaires. Sept (7) mois que cela dure. La trêve observée à l’occasion du dialogue aura fait long feu. Les marches, avortées pour cause d’interdiction il y a deux semaines, se feront à partir de ce mercredi 25 avril. A condition que les leaders de ce regroupement acceptent d’en changer les itinéraires initialement projetés, selon les recommandations du ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. On n’en prend pas le chemin. Tout cela au grand dam des commerçants et des entrepreneurs, qui font grise mine face à la salée addition qu’ils paient, après 210 jours de crise.

Dans une correspondance adressée le 20 avril dernier à ses responsables, le ministre de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales, a autorisé l’organisation projetée par la C14, des marches pacifiques publiques suivies de meetings les 25, 26 et 28 avril prochains à Lomé et dans plusieurs villes de l’intérieur du pays. Si la coalition, pourra donc, contrairement à il y a quinze jours où elles furent interdites, organiser ses manifestations publiques, cette autorisation est enfermée dans certaines conditions.
D’abord, l’itinéraire initialement envisagé devra être changé. En effet, arguant de plaintes régulièrement reçues de la part de riverains des voies que les manifestants de la C14 empruntent depuis 07 mois pour les gênes subies, et afin d’ « éviter que ne se produisent des troubles à l’ordre public au passage des manifestations » , le gouvernement a demandé aux responsables de la C14 de revoir les itinéraires. Faute de réaction, et se fondant sur les dispositions des articles 12, 13, et 14 de la loi n°2011-010 définissant les conditions d’exercice de la liberté de réunion et de manifestation pacifiques publiques, monsieur Payadowa Boukpéssi a recommandé de nouveaux itinéraires. Précisant que les anciens axes ne sont pas acceptés et rappelant que les manifestations sur les routes nationales ne le sont pas non plus.

Ensuite, elle devra renoncer aux manifestations dans certaines villes, notamment Bafilo, Mango et Sokodé, où elles demeurent interdites.
Enfin, pour les autres villes de l’intérieur du pays, les représentants de la C14 devront se mettre en rapport avec les préfets pour déterminer les itinéraires qui devront être différents de ceux habituellement empruntés, pour là également « soulager les populations riveraines des axes empruntés depuis 7 mois par les manifestants et éviter ainsi les risques de troubles à l’ordre public », souligne le ministre de l’Administration territoriale.
Que ce soit à Lomé comme à l’intérieur du pays, la C14 n’entend cependant pas déférer aux recommandations du gouvernement, et maintient les itinéraires initiaux. Pour la coordinatrice de ce regroupement, madame Brigitte Adjamagbo-Johnson, c’est une « interdiction déguisée ». « Nous maintenons nos manifestations avec les anciens itinéraires » a–elle fait savoir. Réaction d’un membre du cabinet de monsieur Boukpessi : « force restera à la loi ».

DEPRIME POUR LES ENTREPRISES :

C’est dans ce contexte qu’une étude de la Chambre du commerce et d’industrie du Togo (CCIT) vient confirmer ce que tout le monde subodorait : le ralentissement de l’activité économique du fait de la crise et les difficultés auxquelles doivent de plus en plus faire face, les entreprises. Selon le document rendu public la semaine dernière, celles-ci ont perdu près de 50% de leurs chiffres d’affaires au second semestre 2017.
Intitulé, « Enquête de l’opinion des entreprises sur le climat des affaires : impact de la crise socio politique sur l’économie nationale », l’étude qui a porté sur un échantillon de 912 entreprises, révèle que 71,93% des sociétés enquêtées ont connu une baisse de leur chiffre d’affaires, tandis que 72,77% déclarent avoir une chute de leurs résultats due à la crise.

Près de 82,77% des dirigeants de sociétés imputent la contre-performance aux « tensions politiques » en cours au Togo. La tendance est inquiétante pour le milieu des affaires d’autant plus que 74,34% des chefs d’entreprises sondés assurent « faire face à une situation financière précaire ».
Parmi les entreprises enquêtées, 38,16%, soit 348 sociétés, exercent leurs activités dans les régions. La plupart sont des PME/PMI, ayant plus de cinq ans d’ancienneté et employant moins de 10 salariés. Les grandes entreprises sondées emploient, pour leur part, chacune plus de 250 salariés.

Selon le président de la CCIT, monsieur Germain Mèba, il y a lieu, à la lumière des résultats, d’attirer l’attention: « du gouvernement et des partis politiques de l’opposition sur le fait que tous gagneront si les opérateurs économiques togolais se sentent mieux. Parce qu’aucun d’entre eux ne pourrait prendre le pouvoir avec une économie à terre. Si on prend un pouvoir avec une économie totalement à terre, on ne pourra pas gouverner. Nous, nous demandons qu’il y ait une amélioration du climat des affaires et de la situation sociopolitique, pour nous permettre de pouvoir exercer normalement nos activités», a-t-il plaidé.
Cette enquête vient en écho au reportage publié dans le N°196 de FOCUS INFOS paru le 24 janvier 2018 dans lequel, les commerçants, notamment ceux installés sur les itinéraires des manifestations de la C14, racontaient leur calvaire. La plupart indiquait déjà à l’époque, une baisse sensible de leurs chiffres d’affaires, de l’ordre de 50%.

FIN DU DIALOGUE ?

Tandis que la plainte des commerçants et des opérateurs économiques monte, les nouvelles du front politique ne sont guère rassurantes. Aucune date n’est indiquée pour la reprise du dialogue qui, soit dit en passant, n’a à ce jour, accouché d’une quelconque avancée. Bien plus, le gouvernement considère comme la reprise des manifestations comme « la persistance de la volonté de la coalition de violer les mesures prises par le facilitateur ». Tout en prenant « acte de cette attitude regrettable », il confie vouloir « en tirer toutes les conséquences », tandis que l’opposition l’accuse d’être responsable du blocage actuel. Ambiance !

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