La tontine, une tradition au long cours.

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Bien que le taux de bancarisation ait progressé ces dernières années au Togo, ( de l’ordre de 71% selon les chiffres officiels de la Banque centrale des états de l’Afrique de l’ouest (BCEAO), plaçant le pays au second rang dans l’espace Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), bon nombre du Togolais issus essentiellement de milieux ruraux restent exclus du circuit bancaire officiel. De fait, ils se tournent vers la tontine, en forte progression, qui alimente une économie parallèle, tout en tout en jouant un rôle important dans le maintien du lien social. Focus sur cette tradition au long cours.

Jadis les Africains se groupaient pour travailler à tour de rôle dans leurs champs respectifs ou pour construire la maison d’un tel ou un tel dans le village. Ancrée dans la tradition africaine, aujourd’hui encore cette marque de solidarité et d’entraide est perpétuée sous différentes formes, adaptées au mode de vie moderne. Ainsi entre amis, en famille ou entre voisins, des biens et service sont mis au commun au bénéfice de tout un chacun et cela à tour de rôle : c’est la tontine qui est régie par des codes sociaux bien établis.

LES DIFFERENTES FORMES DE TONTINE

Elle est présente dans toutes les contrées du pays. On en distingue au moins trois grandes formes.
La tontine mutuelle
C’est la forme la plus courante. Elle s’organise autour de personnes qui se connaissent. Les participants disposent à tour de rôle des fonds disponibles au sein de l’association. L’ordre de réception est connu à l’avance mais peut varier selon les besoins. Il n’est pas rare qu’il n’y ait pas d’intérêt, ce qui permet de bénéficier d’un crédit gratuit contre le paiement d’une annuité dont la périodicité est déterminée à l’avance.
Les membres de la tontine sont donc créanciers ou débiteurs chacun à leur tour mais prêts et dettes s’annulent à la fin du cycle. Lorsque tout le monde aura bénéficié du fonds, un nouveau cycle peut recommencer.

La tontine commerciale
Afin de placer leur argent en lieu sûr, les membres de la tontine rémunèrent un banquier ambulant par un taux de garde. A l’échéance, chaque participant reçoit la somme correspondant à l’ensemble de ses dépôts diminuée du droit de garde.

La tontine financière
Elle s’apparente à un microcrédit. Elle offre la possibilité à chaque adhérent d’emprunter la somme collectée selon un système d’enchères. A chaque tour, la somme capitalisée est « vendue » au plus offrant. Des intérêts sont perçus sur chaque somme prêtée et constituent le bénéfice financier de la tontine. Le bénéfice financier sera ensuite reversé à la fin du cycle au prorata de la participation de chaque adhérent.

70 A 75 MILLIARDS ANNUELS

Bien souvent, les adhérents de la tontine sont d’origine rurale ou modeste et se connaissent. L’adhésion est donc sélective, on parle alors de tontine fermée, et cette sélectivité par la connaissance en assure le succès.
Les tontines ouvertes sont plus larges. Elles sont créées à l’initiative d’une personne ou d’un groupe de personnes qui se connaissent, forment le noyau dur et parrainent d’autres membres qui à leur tour en parraineront d’autres. Ces personnes n’ont pas de liens entre elles. C’est sur la taille du cercle tontinier et la nature de ses membres que reposent la confiance et la sécurité.
Akpédjé est tontinière dans une association dans le quartier Tokoin. Chaque jour, sur sa moto, le sac en bandoulière, elle sillonne la zone en collectant chez les petits souscripteurs dont la plupart du temps la mise varie entre 200 à 2000 F. Pour la tontine journalière, lorsque la souscription est de 500 F par jour par exemple, et pour un mois de 31 jours, le dernier jour est la rémunération du tontinier pour la garde de l’argent.
Pour Egnonam, membre d’une association de tontine, le procédé est tout autre. Chaque premier dimanche du mois, tous les membres de la tontine participent à la réunion au cours de laquelle chacun dépose la somme préalablement définie, en l’occurrence 15 000 F . Ainsi à tour de rôle et selon le tirage au sort, chacun empoche la totalité de l’argent collecté.
« C’est avec l’argent de la tontine que j’ai augmenté mon commerce », nous confie-t-elle en nous montrant son étalage.
Les retardataires, nous prévient-elle, sont sanctionnés. Ils doivent payer une amende de 5000 F au bureau.
Le développement des tontines est, en partie, dû à l’échec du système bancaire officiel. La méfiance à l’égard des institutions financières et la complexité de leur mode de fonctionnement ont renforcé l’attrait des populations togolaises vers des méthodes anciennes bien rodées et ancrées dans les traditions.
Selon les chiffres de l’Association professionnelles des institutions de micro finances du Togo (APIM), il existe plus de 200 institutions de micro-finance à travers le territoire togolais. Près de 80 % de ces institutions font de la tontine leur produit standard, totalisant près de 2 millions de souscripteurs.
La tontine occupe une place importante dans le système financier togolais et y contribue à hauteur de 70 à 75 milliards de F CFA, revèle le directeur de l’APIM, M Ange KETOR.
Si ce produit intéresse bon nombre de Togolais, c’est en raison de la souplesse de ses mécanismes. « Ceux dont les revenus sont limités, voire modestes sont les plus nombreux et se contentent des services de la tontine, alors que les plus aisés cumulent tontine et épargne classique », éclaire-t-il.

LES PRODUITS DE PREMIERE NECESSITE AUSSI.

De fait, on assiste aujourd’hui à une diversification du système tontinier. Contrairement à ses débuts, l’argent n’est plus la seule finalité de la tontine. Tous les produits de premières nécessités de la population sont pris en compte.
Mathias est président depuis cinq ans d’une association de tontine. Il assure que c’est une organisation bien rôdée. Chaque membre de l’association cotise 5000 F mensuels. Et dans la dernière quinzaine de l’année, le bureau de l’association se charge d’offrir à chaque membre : 1sac de 25kg de riz, un casier de bière, un casier de cannette de sucrerie, un bouc castré, un bidon de 5l d’huile, 2 boites de tomate de 400g, 4 paquets de spaghetti de 500g.
Le jour du partage chacun vient avec une somme de 2000F pour la fête. « On prépare, on mange, et on boit. On procède ensuite au partage. Les boucs sont étiquetés de telle sorte qu’un tirage au sort permet à chacun de repartir avec le numéro choisi », nous relate-t-il.

« C’est rare que des gens n’arrivent pas à honorer leur engagement ou qu’il y ait des sanctions », poursuit-il, bien qu’il y ait un texte qui sanctionne les contrevenants. Seulement une trentaine l’année précédente, la barre de la cinquantaine d’adhérents a été franchie en 2018, preuve que l’initiative a du succès.
« C’est une initiative à but non lucratif mise en œuvre au début pour aider les membres de ma famille à passer de bonnes fêtes de fin d’année. Aujourd’hui, elle est sortie du cadre familial et a été adoptée dans plusieurs quartiers » confie Matthias.
A Adidogomé, même démarche mais le produit est différent. Ici, la tontine fait la promotion des produits togolais et favorise leur distribution. Ainsi à la mi-avril, chaque membre de la tontine achète un sac de 50kg d’engrais en raison de 15000 F environ. Cet engrais est remis à un paysan. A la fin de la récolte, le paysan se chargera d’envoyer 60 bols de maïs à son fournisseur d’engrais. Et l’année prochaine, le même processus reprendra.

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