Le rite de jumeaux résiste à la « modernité » et aux religions

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Benin Re_©Desjeux - Le Vodun est un mot de langue fon qui dŽsigne certains anctres divinisŽs des BŽninois, des fons en particulier, chez les Nago-yoruba on les appelle Orisa.

 

Nos sociétés traditionnelles gardent leur identité à travers la culture. Les rites de jumeaux qui à leur naissance se voient attribuer des pouvoirs surnaturels et hors du commun,  sont l’une de ces cérémonies auxquelles elles restent attachées. Dans ce dossier, Focus Infos vous immerge dans le secret des initiés, notamment dans la communauté Bè.

 

C’est à la demande des parents que s’effectuent les rites des jumeaux, dont l’expression est différente selon que l’on se trouve au nord ou au sud du Togo. Sont dépositaires de ces  rituels, des sages, souvent des personnes  âgées, maîtrisant tous les codes de la cérémonie, et surtout parents eux-mêmes de jumeaux.

 

Dans la communauté Bè à l’extrême sud du pays, « ado éssiénu na vénavi » qui littéralement veut dire mettre de l’eau à la bouche des jumeaux, est le premier rite impératif que l’on doit faire aux jumeaux à leur retour d’hôpital. Cette cérémonie consiste, si l’on s’en tient  à sa définition littérale en français,  à donner symboliquement de l’eau aux jumeaux. Le jour J, on pose deux canaris, une poule et un coq pour les jumeaux en un endroit de la maison. Les animaux ne sont pas tués mais plutôt élevés en attendant le grand rituel appelé « assiyiyi na vénavi » (ce qui signifie littéralement aller au marché pour le jumeau). Cette cérémonie de pose de canari appelée premier pas  est aujourd’hui à l’abandon.

Une longue liste de produits est exigée pour préparer la cérémonie : 2 canaris rouges,  2 calebasses,  deux assiettes en argile rouge,  2 cauris, 2 tubercules d’ignames, 1litre d’huile rouge ou huile de noix de coco, 10 litres de Sodabi, 2 bols d’haricots rouges, 2 bols de riz,  1 bol d’haricot blanc, 2 bouteilles de dry gin, 4 coqs,  en plus d’une somme variant de 24 à  30 000 FCFA devant servir à acheter notamment  des herbes  et autres indispensables pour la réussite du rituel.

 

Toutes ces provisions rassemblées, place à la cérémonie. Au matin du jour fixé,  les initiés qui se sont déjà concertés au préalable se rendent au domicile des parents des jumeaux. Le rituel commence d’abord avec une prière adressée aux aïeux et aux jumeaux décédés, et par l’offrande d’une boisson à leur intention, versée par terre. Ensuite, tous les produits exigés sont étalés sur une natte disposée à cet effet. Les initiés prennent les cauris, le dry gin et 1 litre d’une boisson locale à base du maïs (liha) pour bénir les herbes avec chants et incantations de circonstances. Enfin, les initiés lavent les 2 canaris achetés pour la cérémonie, y mettent les herbes qui seront plus tard étalées sur la natte sur lesquels l’on couchera les jumeaux  couverts d’un pagne, avant  « d’aller au marché ». Cette expression n’est pas à prendre dans son sens littéral. Au terme du rituel que nous décrit dame Maman DanlehoméYoto, spécialiste des cérémonies de jumeaux,  il s’agit d’aller symboliquement payer des taxes à un vigile posté  à la porte de la maison et contrôlant des biens et produits qui y sont étalés pour la circonstance.

 

Pour se « rendre au marché », un homme devra être accompagné de la maman des jumeaux, de jeunes filles et des initiés présidant la cérémonie du jour. Une fois « au marché »,  ceux-ci devront acheter tous les produits. Ils prennent donc avec eux beaucoup d’argent, le plus souvent des pièces de monnaie. Pendant ce temps,  le père des jumeaux reste enfermé dans une chambre.

Au retour de ceux qui sont allés «  au marché », les jumeaux couchés sur les herbes sont supposés être endormis. Après les avoir réveillés, les herbes étalées sur la natte sont récupérées, lavées par les initiés et  mises dans les deux canaris et conservées dans un lieu choisi par les parents. Ce dernier acte met officiellement fin à la cérémonie. Selon la tradition, tout ce qui a été utilisé pour la purification des jumeaux est alors enterré en un endroit sûr de la maison, de peur qu’il ne soit utilisé à des fins mystiques ou pour empêcher que l’esprit de la mort ne s’empare des jumeaux.

 

Ni mysticisme, ni magie :

 

Les rites des jumeaux ont un sens. Ils sont une source de purification et de bénédiction pour leur vie future selon la tradition, et sont organisés si les parents le désirent ou en fonction de leurs moyens.  « Ces rituels sont très importants pour la vie des bébés et de leurs parents. Si tu les fais,  les enfants seront bien portants  de même que leur maman. Ils auront la protection divine » assuré AkouaAlognon, une mère de jumeaux.

Selon Maman  Yoto, ne pas faire de cérémonies provoquerait des difficultés dans la vie aussi bien des parents que des enfants.

De fait, chez les Kabyès par exemple, « ces cérémonies ont pour objectif entre autres de préserver la chance des jumeaux et de  les protéger contre tous les maux »

Malgré ces motivations, certains préfèrent les pratiques religieuses, symbolisées par des prières de bénédiction faites par un prêtre ou un pasteur.

 

Les jumeaux ont leurs noms :

 

La  ressemblance physique est l’une des caractéristiques des jumeaux. Pas facile de les distinguer, même si certains s’y essaient en relevant des signes particuliers. C’est par leurs noms spécifiques qu’on les identifie dans nos sociétés. Dans le sud du pays, des prénoms comme Akoété, Akouètè, Atsou, Etsé, Agossou, Agossi font référence à des jumeaux. Au nord,  Nèmè, Naka, et Don’ga pour les filles jumelles ainsi que Kpatcha et Tchowou pour les garçons, sont souvent utilisés pour les jumeaux en pays kabye. Les Akposso donnent selon leur coutume Oukoué et Wassè, ou encore Atsou et Sèvi comme noms aux jumeaux selon qu’ils soient filles ou garçons.

 

Ces noms peuvent être porteurs d’une signification. Ainsi, Agossou par exemple attribué chez les « Bè »  désigne les jumeaux dont la naissance fut compliquée.  « Nous donnons le nom Agossou et Agossi aux enfants sont sortis par exemple lors de leur naissance les pieds en premier »  explique Madame Yoto.

Quant aux parents, ils sont identifiés dans leur communauté grâce à des surnoms, comme « vénavito » (père des jumeaux) et « vénavi non », (mère des jumeaux)

Pour rappel, dans le langage courant, on parle habituellement de jumeaux pour désigner une double naissance. Toutefois, le terme s’applique aussi à des naissances multiples. Ainsi, des triplés (3), quadruplés (4) ou autres quintuplés (5) sont aussi jumeaux.

Littéralement, le terme jumeau se réfère à tous les individus (ou l’un de ceux-ci) qui ont partagé le même utérus au cours d’une même gestation.

 

 

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