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Les perles : Une arme de séduction massive CHeZ LEs femmes noires

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Considérées comme un symbole de richesse culturelle, les perles ont un pouvoir de séduction sur les hommes, car faisant ressortir la beauté de la femme africaine.  Malgré le foisonnement des chaines vendues à vil prix sur le marché, elles gardent leur valeur chez certaines femmes africaines et particulièrement togolaises. Se perpétuant de génération en génération, son port est un signe d’authenticité de la femme noire.

Les perles par définition, s’entendent comme un petit objet de parure, précieux par la matière ou le travail. Ou encore, toute chose élégante plutôt petite. « Djonou », en mina parlé au sud Togo, Kédissi au centre chez les Kotokoli,  « Kpèssi » chez les Kabyè du nord du pays, les perles se portent dans toutes les régions du pays et constituent un trésor  dont la valeur culturelle est souvent ignorée. Les femmes togolaises et africaines en général, portent les perles autour de la hanche, du cou, du poignet et aux oreilles. Quel que soit l’emplacement, la femme togolaise adore porter des perles et ce, pour plusieurs raisons.

Multiples raisons pour un seul usage

Au Togo, cet accessoire de beauté se transmet de mère en fille. Discrètement enfilées sous les pagnes des femmes, les tours de taille telle une ceinture, les perles donnent de l’extérieur plus d’embonpoint aux hanches, un élément d’attrait de la femme africaine.  C’est donc  l’un des traits caractéristiques de la valeur de la femme. Dès le bas âge, on met des perles autour de la hanche de la petite fille pour faire sortir sa rondeur, au cou pour avoir un cou un peu plus long.

Les perles permettaient ainsi  aux parents de suivre le développement physique de leur progéniture. Plus tard, à la puberté, dès ses premières règles, la jeune fille devrait normalement mettre au moins trois rangées de perles, qui servent à tenir les couches traditionnelles (en pagnes) lors des menstrues, pour signifier qu’elle est devenue une vraie femme. Certains trouvent que c’est de ce dernier usage, c’est-à-dire pour soutenir les couches traditionnelles (kamégbui) qu’est né le port des perles à la hanche chez les femmes africaines.

Les perles sont essentiellement destinées à exciter la sensualité, l’appétit sexuel des hommes qui savent les apprécier à leur juste valeur. « Lorsqu’une femme mariée porte les perles, c’est pour dire à son mari regarde-moi, je t’appartiens ». Le rôle le plus sollicité chez les perles est de captiver les regards de tous les passants du sexe opposé. C’est ce qui confère à ces nouveaux styles, les appellations « Toi et moi »,  « Bipe-moi » ; « appelle-moi » « haute tension »,  « toi et moi seuls », « chéri tu es à moi », « regarde-moi ».

Cet aspect communication des perles n’est pas à négliger. Les femmes se servent des perles pour faire passer un message. La femme mariée, par exemple, en portant les perles, ne fait que dire à son mari regarde-moi, je suis tout à toi. « Dans les familles polygames, les femmes portent les perles pour aiguiser l’appétit sexuel de leur mari. Dès que la femme sait que son mari est là, elle déambule devant lui de façon à ce que le bruit de ses perles qui se cognent les unes contre les autres se fassent entendre par son homme », déclare Djatui, une sexagénaire.  « Je porte les perles quand j’ai envie de mon homme; ça m’aide à vite attiser ses désirs charnels et il le sait », confie Esther, mère de famille. Elle poursuit que chaque trimestre son mari lui donne de l’argent pour les renouveler car s’il ne les voit pas à ses hanches, il n’est pas excité.

« Les perles sont comme un doudou pour mon mari, chaque soir il met les doigts dedans pour jouer avant de s’endormir », confie Nadia, une jeune mariée. « Une femme qui ne porte pas des perles est une rivière sans poisson », confie pour sa part Ahmed, journaliste qui affirme ne pas être indifférent au charme des perles autour d’une hanche de femme.

Les perles expriment  tous les types d’humeur et se portent donc en fonction de l’atmosphère qui prévaut dans le foyer: « Je mets mes perles quand il y a mésentente entre mon chéri et moi. Et ça met fin à nos disputes car il comprend que  je n’ai plus envie de me disputer avec lui », raconte Géneviève.  La manière la plus simple pour une femme de manifester une colère envers l’homme est de se les ôter.

C’est d’ailleurs dans cette logique  que celles dont les perles se cassent d’elles-mêmes et de façon répétitive sont soupçonnées, dans certaines régions, d’adultère. Mais la façon de les mettre peut changer de sens à l’acte. Le sentiment de la femme est un facteur de choix dans la sélection  de la couleur des perles et du nombre de tours de hanche qu’elles feront. Les hommes éveillés savent que c’est la perle de couleur rose qui traduit le mieux les besoins et les déclarations d’amour venant de la femme.

Les perles ne sont pas seulement une « arme de séduction massive », elles ont d’autres vertus comme la protection ancestrale. En fait, la femme qui les porte, est à priori protégée par les ancêtres et quel que soit ce dont elle souffrira, elle sera très vite guérie, contrairement à celle-là qui n’en met pas du tout, raconte Akouto, une revendeuse des perles au grand marché de Gbadahonou. Mais défend-elle, les perles qu’on vend au marché n’a rien à voir avec celles portées par les féticheuses. Les perles des féticheuses ne se vendent pas.

« Moi je n’ai jamais  porté les perles. Ma mère est une religieuse chrétienne d’obédience où on ne porte pas les perles et autres boucles d’oreilles et elle nous a élevées ainsi. Et j’ai gardé cette habitude », confie Déla.

Autrefois discrètes,  désormais on voit  des perles qui dégagent de la lumière dans l’obscurité.

Le commerce en déclin

Même s’il ne pouvait pas se prévaloir de la notoriété qu’avait la capitale togolaise et particulièrement son grand marché en matière de vente de pagne, le commerce de perles était prospère. Selon Blandine Agbézouké, vendeuse des perles, les incendies du grand marché ont porté un coup fatal à l’activité car plusieurs perles ont été consumées dans les flammes.

Malgré tout, dit-elle, « les perles n’ont jamais perdu de leur valeur. Aujourd’hui plus qu’hier, elles sont d’actualité. Elles ne se dégradent pas, elles ne diminuent pas de poids. On n’a pas besoin de bijoutier pour lui donner son éclat. Elles sont nées avec la terre. C’est notre culture. Elles expriment notre africanité ».

L’approvisionnement se fait à Koforidua et Accra au Ghana, à Lagos au Nigéria mais aussi dans les pays lointains comme la Chine, l’Indonésie, l’Italie et même La Mecque. Le port de perles redevient un phénomène de mode surtout avec les stylistes qui l’utilisent dans leurs créations.

« Une commande d’un million de F CFA est écoulée en l’espace d’un mois », nous renseigne le gérant d’une boutique de vente de perles sur le boulevard. Avec les perles on n’attend pas que tout finisse d’abord avant de faire une autre commande.

« En tant que africain, les perles nous valorisent quand on les porte lors des grandes manifestations. Chaque perle est portée en fonction de la cérémonie », souligne Mme Douli, une septuagénaire qui dit être dans ce domaine depuis plus de deux décennies. Pour cette vieille, toutes les couches sociales peuvent en porter et même les Blancs sont actuellement demandeurs. « Il y a deux ans, j’étais en congé chez ma fille aux États-Unis, j’ai apporté avec moi quelques  perles  malgré l’interdiction de ma fille. Je les ai vendues toutes là-bas et à prix d’or », nous confie la vieille.

Même si de nos jours, le constat est que l’utilisation des perles ne répond plus à sa mission première qui est la séduction car devenue un objet d’ornement vulgaire pour la jeune génération, il sera difficile de croire que la culture du port des perles qui confère la sensualité  et la féminité à la femme noire va disparaitre. Les perles ont de beaux jours devant elles tant qu’il y aura des femmes noires.

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