Les quinzaines commerciales de Lomé ont fait flop

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A chaque fin d’année, la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo et ses partenaires organisent la quinzaine commerciale de Lomé. Une fête foraine pour les dernières promotions commerciales de l’année. L’évènement était à sa 33eédition du 15 au 31 décembre derniers. La nouveauté, deux sites ont simultanément accueilli la foire :  Lomé et Adétikopé. Tout était donc bien parti pour que l’évènement soit une pleine réussite comme les années précédentes. C’était sans compter avec la crise sociopolitique que traverse le pays. Les exposants, les participants et visiteurs n’ont pas vraiment été au rendez-vous.

Donner un coup de pouce aux opérations commerciales les deux dernières semaines de l’année. Offrir une occasion de choix aux opérateurs économiques et aux jeunes entrepreneurs de faire de bonnes affaires au cours de la même période. Permettre aux populations d’avoir un large choix d’articles pour les fêtes de fin d’année en un seul lieu. C’est entre autres les raisons qui poussent chaque année la Chambre de Commerce et d’Industrie du Togo (CCIT) et ses partenaires à organiser les « grandes quinzaines commerciales ». Pour cette 33eédition, la fête foraine de fin d’année a inauguré un nouveau site à Adétikopé.

En effet, le 18 décembre, Essohouna MEBA, président de la CCIT a inauguré le site d’Adétikopé. Dans la même journée, Leguezim BALOUKI, ministre du Commerce, Guy Madjé Lorenzo, ministre de la Communication et d’autres autorités ont inauguré le site du centre-ville. C’est donc en mode décentralisé que la 33e foire de fin d’année de Lomé a eu lieu. Après la coupure du ruban inaugurale, les différentes personnalités ont souhaité voir les activités bien se passer. À l’arrivée, on peut difficilement parler de succès.

Quand Adetikope ravit la vedette à Lomé

La délocalisation de la foire à Adétikopé a été fortement appréciée non seulement par la population locale mais aussi par les exposants quoique les affaires ne fussent pas au rendez-vous. La place de la foire était le parc d’attraction de cette fin d’année dans cette bourgade au nord de Lomé, un des cantons de la nouvelle préfecture d’Agoè. A la tombée de la nuit, jeunes et personnes âgées se donnent rendez-vous dans les nombreux débits de boisson disséminés sur l’espace foraine à la grande satisfaction des tenanciers qui s’en sortent bien  alors que les autres exposants, faute de clients ruminent leur colère.

Dénis Tété Kouma, exposant les pagnes traditionnels Kenté venu de Tsévié,  confie :  « Nous sommes presque à la fin et  je peux dire que ça n’a pas marché. Nous  avons tout de même  aimé la délocalisation. Elle permettra le développement de cette partie du Togo ».

Certains,  pragmatiques, trouvent que la première édition de toute foire est toujours empreinte de morosité. Tel est le cas de Colette, dont la boutique est spécialisée dans la vente des produits italiens. « Je n’ai fait que cinq jours ici ensuite j’ai confié la gestion de mes deux stands   à ma sœur et moi même je suis allée à la quinzaine à Lomé. Je peux dire que comparativement on a fait plus d’affaires à Adétikopé  qu’à Lomé puisqu’ici des gens viennent de Lomé et de Tsévié acheter », souligne-t elle, tout en plaidant  pour une meilleure  communication lors des prochaines éditions. «  Une foire est avant tout une question de visibilité mais cet aspect est souvent ignoré au Togo car les exposants veulent rentrer en même temps dans leurs dépenses » explique –t-elle. D’autres à l’instar de Kouwovi Thérèse préconise même une organisation deux fois l’an. Globalement, tous les exposants se plaignent du prix trop élevé des stands. Ce prix fixé à 35 000 F serait la cause de l’inoccupation partielle des  stands. Approché le responsable CCIT sur le site n’est pas d’avis. Mais pour les exposants, il va falloir revoir le prix, et tenir compte  du fait que les exposants viennent autant de Lomé que de Tsévié.

Très dépité, Gaston dénonce quant à lui le manque d’accompagnement.

Désertion du site du centre-ville ?

Une semaine après l’ouverture de la foire, les stands libres et inoccupés étaient encore nombreux. L’affluence non plus n’a pas été au rendez-vous.  Selon Essi, revendeuse de chaussures pour enfants et de jouets,  « Les années passées, le 31, il n’y avait pas de place où mettre les pieds. Regardez vous-même comment les allées sont vides. Cette année, les rares clients qui viennent ne font que marchander.

C’est difficile. Les organisateurs mêmes sont conscients c’est pourquoi demain matin [1er janvier ndlr] la foire ouvre ». Ainsi, au lieu que la foire ne ferme le 31 comme cela est de coutume, elle a ouvert le 1er janvier jour de fête. Cela n’a pas changé grand-chose selon les exposants sortis ce jour de fête. Les raisons de cette situation seraient liées à la crise sociopolitique que traverse le pays selon l’avis de plusieurs exposants et visiteurs de la foire questionnés. Jean, la quarantaine, exposant à la grande quinzaine commerciale depuis six ans espère que la situation sera différente l’année prochaine. « La foire de cette année n’a pas tenu toutes ses promesses.

Depuis plusieurs années, j’expose mes produits à chaque édition de la quinzaine. Cette année, on peut dire que la foire a fait un flop. C’est à peine si j’ai fait des bénéfices. Le climat sociopolitique a empêché les gens de fêter comme il se doit. Jamais il n’y a eu aussi peu de personnes à la foire depuis que je participe en tant qu’exposant. Vivement que le climat sociopolitique s’améliore ». « Même si le prix des stands a été légèrement revu, ce n’est pas pour autant que nous allons venir perdre notre temps ici.

Le plan retenu pour la foire et aussi le fait qu’il y ait deux sites pour la même foire n’ont pas permis qu’on vende. Je vais devoir ramener tout ceci alors que j’ai revu les prix. C’est frustrant », tempête  Ahoéfa, vendeuse de boissons et de liqueurs, qui  accuse la décentralisation de la foire à Adétikopé  et l’aménagement du site d’Agbadahonou qui, selon elle n’est pas bien pensé. Ce point de vue, même s’il n’est pas partagé par les visiteurs rencontrés qui évoquent d’autres raisons, est significatif de la déception de certains exposants.

Geneviève et ses deux enfants, sept et trois ans, rencontrés à la foire, tous heureux d’être venus, dit qu’il faut faire plaisir aux enfants quel que soit ce qui se passe dans le pays. « Les querelles des acteurs politiques ne doivent pas empêcher nos enfants de passer de bonnes fêtes de fin d’année. Le climat sociopolitique n’est pas rassurant, c’est pourquoi nous n’achetons que ce qui est strictement nécessaire. On prie que le pays retrouve la quiétude mais en attendant on fête comme on peut ».

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