Les ‘‘Zémidjans’’, ces forçats de la nuit

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Ils se sont presque définitivement installés dans le paysage social de notre pays. Si la plupart des « zémidjans » y atterrit pour une « durée déterminée » qui tend souvent à se prolonger, le métier lui-même a encore de beaux jours devant lui, malgré les conditions difficiles dans lequel il est exercé parce qu’il ne requiert aucune compétence ou qualification particulière. Dans ce reportage, Focus Infos est allé à la rencontre de ces conducteurs de taxis-motos, qui travaillent la nuit.

23 heures, Grégoire, père de deux enfants arrivé à Lomé dans la matinée de ce jeudi est au boulot : la conduite de moto. L’homme, la trentaine, a pris congé de sa famille à Vogan à la recherche du pain quotidien. Sans famille à Lomé, il a choisi de mener son activité, de 16 heures à 7 heures du matin soit 15 heures de travail. Il passe ses temps de pause dans la journée à la plage de Lomé et se douche dans les toilettes publiques installées sur ces lieux. C’est ainsi que se résume sa vie pendant au moins 6 à 8 jours dans la capitale.

La vie à Lomé

Grégoire n’est pas le seul à opter pour ce métier. Joe aussi exerce son activité professionnelle dans ces conditions. Il a aussi abandonné sa famille pour la conduite de nuit en ville. « J’arrive à Lomé de Gbatopé, 6km à l’Est de la villle de Tsévié pour exercer la nuit. C’est vrai que ma route n’est pas longue mais je ne rentre pas. J’ai fait ce choix parce que c’est plus économique, pour moi et cela me permet de me reposer. Dans la nuit il faut être éveillé. Une petite seconde de sommeil sur la moto peut te conduire à l’hôpital. Donc je travaille de 16 heures à 7 heures et je vais me reposer à la plage de Lomé avec d’autres sans domicile dans la ville. Il y a des douches sur les lieux ou au grand marché donc j’achète une éponge quelque part là-bas et je me douche », raconte-t-il à Focus Infos. Pour ce dernier, la vie à Lomé n’est pas aisée. « J’ai pensé louer une chambre, j’ai tenté mais tout ce que je trouve n’est pas à ma portée. Imagine qu’on demande un an d’avance pour une chambre de 8000 F Cfa. Je vais trouver cela où », affirme-t-il. Pour Sédzro, qui rentre dans la matinée à Tsévié, le travail de la nuit est un énorme risque mais le choix est fait et il faut l’assumer. « Moi à 8 heures, je rentre à Tsévié pour revenir vers 16 heures. Mais de lundi à jeudi je vais au champ et de retour je travail uniquement à Tsévié dans la soirée’ », confie-t-il .

Travailler la nuit, c’est avoir la peur au ventre

Pour Noël qui passe son temps de pause dans la journée chez une connaissance dans la ville, le travail de la nuit nécessite du courage. « J’ai la peur au ventre quand je travaille. Mais moi personnellement je crois à mes gris-gris», a-t-il déclaré.
Pour Grégroire, ce travail n’est pas de gaieté de cœur. « Je ne fais pas ce métier par plaisir mais pour pouvoir joindre les deux bouts. Je suis moins scolarisé, j’ai un lopin de terre que je cultive au village, j’ai une fille et un garçon qui vont à l’école et ma femme qui vend quelques articles. Mais cela ne nous suffit toujours pas. Il faut faire davantage et c’est le sacrifice », raconte-t-il.
« Je ne peux jamais être fier de ce métier mais je me réjouis car il m’apporte quelques revenus». affirme Koffi, un mécanicien de formation. Ce dernier, propriétaire de sa moto, travaille de jeudi à lundi à 7 heures avant de rejoindre Vogan où il exerce son métier de mécano.

La période choisie pour mener leur activité les transforment en noctambules. Au péril de leur vie, ils conduisent partout à Lomé sauf dans les ruelles : « Nous pouvons vous amener à n’importe quel endroit de Lomé sauf dans les ruelles car avec des bandits, nous sommes prudents et méfiants afin d’éviter toute agression »
Et comme on peut fidéliser des gens, certains conducteurs noctambules ont des clients de ce genre qui eux travaillent dans des bars, boutiques ou boites de nuit ou encore sont des travailleuses de sexe. « J’ai des clients qui me sont fidèles et dès qu’ils ont besoin de moi ils m’appellent. C’est l’exemple de deux employées qui travaillent dans des boutiques et qui nous appellent souvent tard dans la nuit quand elles finissent leur service », souligne DieuDonné qui poursuit que parfois « mes amis et moi , nous nous positionnons les samedis devant quelques boites de nuit de Lomé pour trouver des clients ».

Pourquoi la tranche de nuit ?

D’après les explications, il se dégage que pendant ces heures, les frais de transport sont indiscutables et parfois rentables. « Là où tu peux amener quelqu’un à 200 F Cfa tu peux lui dire à 400 F Cfa, il va accepter car lui aussi voit l’heure », fait savoir Grégoire. Celine, une employée dans une boutique n’a pas démenti. Elle qui revient souvent la nuit du boulot en sait quelque chose.
« Parfois c’est difficile à supporter les tarifs de nuit. Généralement on me prend à 500 F Cfa quand je viens au boulot le matin, mais de retour la nuit vers 1 heure du matin, je paie 900 F Cf, 400 F Cfa de majoration’, se plaint-elle. La faute est à qui ?
Pas au conducteur de moto, estime Follyzedman demeurant à Lomé, qui prend la défense de ses collègues. ‘ Je salue le courage de mes collègues qui font la nuit. Ils bravent tout et parfois deviennent des victimes. Et au cas où ils ne trouvent pas de clients, ils dorment sous les installations de vente de moto à Bè, ou dans les stations services. C’est dure et cela force l’admiration’,a-t-il commenté. Pour ce dernier, ce travail dans la nuit n’est pas chose aisée et les populations doivent comprendre les prix !

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