MARCHE DES FETICHES : Une « pharmacie à ciel ouvert »

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Il est l’un des marchés du Togo le plus connu hors des frontières nationales, à cause des produits rares et diversifiés qui y sont vendus. Le marché des fétiches est non seulement un site touristique qui accueille des visiteurs d’un peu partout mais aussi un lieu où on peut se faire consulter pour divers maux d’ordre spirituel. On y vend des produits d’un genre particulier : il s’agit de tout ce qui est recommandé par des féticheurs, d’où le nom marché des fétiches ou marché des têtes.

Situé en plein cœur du canton de Bè, à Akodéssewa, le seul marché de la sous région qui vend ses articles est ouvert 7jours sur 7 et accueille aussi bien des visiteurs que de curieux mais aussi et surtout des acteurs du domaine occulte notamment les féticheurs, charlatans ou guérisseurs.
Le marché qui est actuellement sur son troisième site serait fondé autour des années 1836 par un Béninois qui serait lui-même un féticheur et dans le but de servir la clientèle togolaise. De fait, plus de 90% des commerçants sont des Béninois. « Nous sommes tous des Béninois ici. Les rares togolais que vous observerez ici sont nos épouses », confie un guide-commerçant Julien SOSSOU.

Ce commerce se transmet de père en fils. « Je ne peux pas dire que je fais tel nombre d’années dans cette activité, puisque je suis né dedans. C’est mon papa qui m’a initié depuis ma tendre enfance », déclare M. SOSSOU.
Cette pharmacie à ciel ouvert d’un genre particulier expose toute une panoplie de produits. Ceux-ci vont des restes d’animaux sauvages ou domestiques (hiboux, lièvres, tortue, caméléons, éléphants, phacochère), à leurs ossements en passant par des amulettes ou poudres de différentes couleurs ce qui donne au cadre une odeur pestilentielle. Selon les guides, l’approvisionnement en ces produits se fait par le Mali, le Nigeria, le Bénin et d’autres pays encore car il est souvent difficile de trouver ces animaux sauvages au Togo.
L’existence de ce marché tire même sa source du fait que par le passé, nos ancêtres pour se faire traiter des différents maux dont ils souffraient, ont recours à la forêt qui leur procure les plantes médicinales ou les animaux. Aujourd’hui, avec la rareté de la forêt, ce marché se présente comme un palliatif.
« Comme une pharmacie, on ne visite le marché des fétiches qu’après avoir été consulté par un charlatan qui, pour votre traitement, vous a prescrit ou recommandé comme médicament par exemple la tête d’un chimpanzé. Et comme aujourd’hui ces restes d’animaux ne courent plus les rues, on vient les chercher ici », relate SOSSOU.

Dès qu’on franchit les portes du marché, chacun des commerçants vous interpelle à venir visiter son étal. Le plus souvent ils le font avec insistance que ça met mal à l’aise les visiteurs.
Au premier étal, le guide-commerçant nous reçoit avec amabilité et nous expose ses produits. Sentant notre gêne à désigner un produit particulier, il nous propose d’aller derrière dans la cabine de consultation pour être à l’aise pour discuter. « Sinon ici nous vendons tout, sauf les restes humains et les animaux protégés. Et même si vous voulez une consultation pour un problème particulier, on peut vous le faire. Nos grands frères sont aussi là au cas où ça dépasse notre capacité », lâche-t-il pour nous rassurer.
Poursuivant la discussion, notre guide avoue : « Nous ne vendons pas tous ce qui est lié à l’homme. C’est une interdiction formelle. Mais certains voient par exemple la tête du chimpanzé et disent que nous vendons le reste des humains, c’est faux ! ».

Il en est de même des animaux protégés qui autrefois étaient vendus, maintenant ce n’est plus le cas parce que ça fait partie aussi des interdictions des autorités que nous respections bien. « Depuis que nous sommes ici, jamais nous n’avons fait des choses répréhensibles. Personnes n’a été non plus arrêté », souligne le guide-commerçant.
Mais « tout n’est pas que spirituel ici », continue-t-il. En fonction de votre croyance, les services vous sont proposés. Ils peuvent uniquement se baser que sur des plantes au cas où votre croyance ne le permet pas. « Mais si après consultation de nos fétiches, il advenait que le mal dont vous souffrez ne peut être guérit que par des fétiches, nous pouvons nous-mêmes prendre le devant pour votre guérison sans votre implication », lâche SOSSOU.

« Tout le monde vient ici croyants ou non. On a toujours besoin de quelque chose ici », confie notre interlocuteur pour qui, malgré tout, le marché ne s’est mieux porté qu’aujourd’hui. Plusieurs touristes le visitent chaque année surtout pendant les vacances. D’ailleurs, nous en apercevons un couple de touristes chez le guide à côté.

En dehors des achats, avec 1100F de frais de consultation, des féticheurs sont à votre disposition pour tous vos problèmes : amour, visas ou voyage, chance, garder son homme, sécurité, réussite ou aide mémoire…
Après consultation, s’il faut des sacrifices aux dieux ça se fait sur le champ ou soit on vous dirige au Bénin.
« Même des Blancs viennent ici et se font consulter. A leur départ, après satisfaction, certains remettent notre adresse à leurs amis qui eux aussi nous rendent visite en nous disant que c’est sur recommandation de telle ou telle personne », nous confie SOSSOU.
D’ailleurs, nous avons croisé sur le marché, un couple de touristes occidentaux. « Il y a à peine six mois, nous avons reçu la visite d’un Togolais résidant au Gabon qui est revenu nous remercier parce qu’il a trouvé satisfaction ».
Au fond de la cour, il existe une motte de terre : c’est le vaudou Gu que nous adorons, nous explique notre interlocuteur lorsque nous lui avons posé la question. Chaque mois de novembre des cérémonies sont organisées en son honneur, nous dit-il.
Ainsi entre pratique vaudou et connaissance des plantes, ce marché arrive à satisfaire ses clientèles. Il en a été ainsi il y a plusieurs années et ce n’est pas prêt pour s’arrêter. Tant qu’il y aura des consommateurs.

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