Ni ville martyre, ni ville sanctuaire

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Par Kokouvi Ekpé Agboh Ahouelete

Comme au plus fort de la crise, des informations ont fait état à la fin du mois d’octobre, de situations alarmantes et inquiétantes dans la ville de Sokodé.  A l’incendie criminel du siège du parti au pouvoir, ont succédé plusieurs jours de bastonnades et  de passages à tabac de citoyens, d’actes de vandalisme,  de tirs  de  grenades lacrymogènes et des rafales de balles réelles etc. Le monument incarnant l’histoire du peuple Tem, criblé de balles à Kparatao, symbolise cette séquence  de recrudescence de violences dans cette zone. Bien évidemment, les habitants  sont sous le choc et vivent de nouveau sous la psychose, après qu’elles aient souffert le martyr l’année dernière.

Quelles qu’en soient les motivations, ces actes doivent être condamnés sans hésitation aucune, en ce qu’ils sont commis en dehors de toute procédure judiciaire et portent les attributs manifestes  d’expéditions punitives et de terreur.  Mais surtout, parce qu’ils constituent une atteinte grave au vivre-ensemble, qui doit être préservé, en toute hypothèse.

Nul ne peut nier  que Sokodé fut  l’épicentre de violences inouïes, ayant entraîné la mort de civils et  de militaires dans des conditions effroyables, de même que la destruction de bâtiments privés et d’infrastructures publiques, dont le coût n’est pas  encore évalué. Avec  la persistance de la crise, la situation sécuritaire y reste donc précaire, alimentée parfois par des appels  répétés sur les réseaux sociaux au soulèvement et à la sédition. Dans ce contexte, la localité peut faire l’objet d’une surveillance et d’un dispositif particuliers, sans que cela ne constitue une atteinte intolérable aux droits des populations à vaquer librement à leurs occupations ni  à exercer leurs droits civiques et politiques.

Cependant, toutes les initiatives et  mesures envisagées devraient être enfermées dans le respect du droit et sous contrôle judiciaire. Au demeurant, le maintien d’ordre ne nécessite pas le déploiement d’équipements et de matériels de guerre et toute réquisition des forces armées togolaises, doit  être justifiée et motivée, y compris juridiquement. Ceci ne saurait être une faculté ; mais bien une obligation. Comme celle pour les autorités de communiquer sur la situation et les raisons justifiant la présence et les actions de militaires dans la ville. Le silence, en de pareilles circonstances, ne peut être une option. Sauf à ne pas assumer la responsabilité des  actes posés, leur nature ainsi que les bavures qui peuvent en découler.

C’est ce défaut de parole officielle qui, légitimement d’ailleurs,  construit les fantasmes, favorise les supputations et entretient le sentiment de mépris. Au-delà des enjeux politiques et du débat public souvent tendu, notre pays,  dans une région tourmentée et en proie à l’extrémisme politico-religieux, a besoin d’apaisement, d’unité et de concorde entre tous ses fils, quelle que soit leur appartenance politique, religieuse et leur lieu de résidence.  Les évènements  du mois dernier n’y contribuent pas.

 

 

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