Polémique autour de l’externalisation des demandes de visas français

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Lors d’une conférence de presse tenue le 17 mai dernier, l’ambassadeur de France au Togo, Marc Vizy a annoncé l’externalisation des demandes de visas adressées à son ambassade. De fait, désormais toute personne désireuse de se rendre dans l’Hexagone ou dans l’espace Schengen devra faire sa demande de visa auprès de la société CAPAGO. Cette mesure crée la polémique, des associations appelant l’Etat togolais «  à défendre ses citoyens » tandis que des médias dénoncent « le mercantilisme » de la France.

Situé dans l’immeuble P. Thérèse au croisement du boulevard du 13 Janvier et de la rue des Femmes Savantes à Lomé, le centre CAPAGO Togo désigné par les autorités françaises dans le cadre de l’externalisation des tâches liées au traitement des demandes de visas, sera chargé de la prise des rendez-vous, de l’information et de la réception des demandeurs de visa, de la collecte des dossiers de demandes de visas et de la collecte des données alphanumériques et biométriques, de la vérification de la production de l’ensemble des pièces justificatives requises, de la perceptions des droits de visas et de services, du  transfert sécurisé des dossiers au service des visas, de l’information du demandeur sur l’état d’avancement de son dossier ainsi que de  la restitution des passeports aux demandeurs. Toutefois, a tenu à  préciser  l’ambassadeur Vizy, « l’instruction des dossiers et la prise de décision, activités régaliennes, restent de la compétence exclusive des services consulaires ». Pour le plénipotentiaire français, cette mesure est destinée à faire face à la hausse constante depuis une dizaine

d’années de la demande de visas et pour offrir de meilleures conditions d’accueil aux demandeurs.  Il a indiqué par ailleurs que cette procédure est prévue et autorisée par l’Union européenne ( UE) , et vise à améliorer le service aux usagers sur plusieurs plans. « C’est pour permettre plus de confort au demandeur. Parfois, la procédure pouvait  prendre 1 mois. Or, avec nous, le délai  de rendez-vous sera dans les 72h , pour un  passage au centre qui se fera entre 20 et 30 minutes au maximum ; un gain de temps indéniable » a renchéri Laurence Foixet, directrice régionale Afrique de l’ouest CAPAGO.

Défendre ses citoyens Au lendemain de cette annonce, certains journaux et des publications sur les réseaux sociaux ont dénoncé le « mercantilisme » de la France, l’accusant de « faire son beurre » sur le dos de pauvres Togolais. Dans un communiqué rendu public le même jour et intitulé « L’Etat togolais doit défendre ses citoyens » l’association Visions Solidaires déclare avoir appris «  avec consternation », « la privatisation par le Consulat de France

au Togo d’une partie de ses services liés à la demande de visas ». Le texte indique qu’après « l’externalisation des prises de rendez-vous par téléphone moyennant le montant de 5000F Cfa (9€), cette nouvelle mesure vient démontrer la volonté des autorités françaises de saigner à blanc les Togolais désireux de séjourner dans l’hexagone ». Il souligne que «   les citoyens togolais seront tenus, à partir du 28 mai, de débourser la somme de 58.500F Cfa (90€) pour demander un visa de court séjour sans même la garantie de l’avoir pendant que les Français déboursent 10.000F Cfa (20€) à l’aéroport de Lomé pour le visa togolais. Les frais de visa se voient ainsi augmentés de 46% par rapport aux frais de dossier légaux de 40.000F Cfa (60€) décidés par l’Union Européenne »

Visions Solidaires accuse la France d’avoir été à l’origine de la hausse en 2006 par l’Union Européenne des frais de demande de visa pour les pays de l’espace Schengen les faisant passer de 35€ à 60€. « Cette hausse fut une belle aubaine financière pour la France. Rien que pour l’année 2011, les frais payés sur les demandes de

visa ont permis à l’Etat français d’avoir un bénéfice net de 78 millions d’euro (51 milliards de F Cfa) » croit savoir l’association. De fait, elle invite «  les autorités togolaises à aborder lors de leur prochain dialogue politique avec l’Union Européenne et les ambassadeurs des pays européens accrédités au Togo cette question essentielle pour les citoyens et le développement national ». Elle  exhorte également « le gouvernement togolais à exiger de l’ambassade de France des garanties sur les mesures prises pour la protection des données des citoyens togolais qui seront collectées par l’entreprise prestataire dans le cadre de cette privatisation » « On va avoisiner les 5 millions de demandes pour la France pour l’année 2020.  Il  est évident qu’on ne peut pas recevoir et instruire les demandes de visa dans de bonne conditions si

on n’a pas cette activité extérieure uniquement réservée à la collecte. Cette augmentation est de l’ordre de 10% annuel sur le plan mondial et de 6 % au Togo  », plaide pour sa part Christian Filaudeau, de la sous-direction des visas au ministère de l’Intérieur à Nantes. Il met en outre en avant le manque de personnel administratif pour faire  face à l’augmentation des demandes. Notons que cette externalisation est déjà en place notamment en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud, au Burkina Faso et au Mali. Si les coûts restent inchangés (60 euros pour un visa Schengen court séjour et 99 euros pour un visa long séjour national), en revanche, CAPAGO  Capago facturera  28 euros (18 500 francs CFA) pour son intervention. Un service premium sera proposé pour 25 000 F.  L’année dernière, le consulat a reçu 10.000 demandes.

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