POUR LES « PETITES GENS »

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Les centres de santé à vocation publique sont fermés à partir du 13 mars sur toute l’étendue du territoire national. Ainsi en avait décidé le Syndicat national des praticiens hospitaliers (SYNPHOT), rejoint par les étudiants en Faculté des Sciences de la Santé (FSS) réunis en Assemblée Générale (AG) la veille au Centre Hospitalière Universitaire (CHU) Sylvanus Olympio à Lomé. Il s’agit d’une grève sèche, avaient -ils tenu à préciser. C’est dire que la cessation de travail sera marquée par l’arrêt et la fermeture de tous les centres médicaux sociaux et les hôpitaux publics et universitaires : plus d’admission dans aucun service , les patients sont priés de rentrer chez eux. Les urgences sont concernées, et même la morgue. Les morts devront …patienter. Dans un sursaut d’humanité, il était tout de même annoncé que la réanimation, le centre de transfusion et de l’hémodialyse seront épargnés. Pourquoi un mouvement aussi dur et d’une telle ampleur ? Pour exiger la libération d’un médecin, entendu dans une obscure affaire de trafic de notes, non pas dans l’un des centres de santé fermés, mais à la Faculté des Sciences de la Santé. Heureusement, à la veille de ce mouvement, l’intéressé a été libéré.

Il ne s’agit pas ici de prendre position dans un dossier auquel nous n’avons pas eu accès et sur le fond duquel, nous ne saurions avec pertinence nous prononcer. Nous n’aurions donc pas la prétention de soutenir si la gendarmerie a les prérogatives pour connaître de ce dossier ; encore moins celle d’affirmer si les faits incriminés sont avérés ou non. Il est simplement question de s’étonner, et assumons le, de dénoncer cette prise d’otages de tout un pays et de sa population la plus vulnérable, les malades, au nom d’une affaire considérée par les hérauts de la cause eux-mêmes comme une banale affaire académique. Quelle qu’en soit la légitimité ou la justesse, le combat pour la libération du Dr Ihou Watéba et des deux étudiants, ne saurait justifier la fermeture de tous les centres de santé du pays. Ce moyen d’action et de pression est scandaleux en ce que ce sont les petites gens, ceux auxquels personne ne pense ou presque, qui ont un quotidien des plus difficiles, qui vont en pâtir en premier lieu. Il n’est tout de même pas venu à l’idée des soutiens à ce mouvement que ce soit les familles les plus aisées, dont celles des élites politiques, économiques et sociales du pays qui auront pleuré cette grève sèche si elle avait eu lieu, elles qui sont abonnées aux cliniques privées où leurs dépenses par ailleurs sont prises en charge par de bonnes assurances de santé. Il l’est aussi en ce qu’on peut parier que pendant que les centres publics auraient portes closes, des cliniques privées où interviennent certains des grévistes, auraient continué quant à elles à accueillir et soigner des patients. Parmi ces derniers, presque pas de « Togolais d’en bas », ni de « sans –dents » pour reprendre une expression malheureuse de l’ancien président François Hollande ; mais plutôt des « gens importants » contre qui d’ailleurs par ricochet, la grève est sensée se faire. Il n’y a pas de petits profits.

Nous vivons dans une époque et dans un pays où l’on mélange tout et presque tout s’explique et se justifie, du moment où il met en difficultés le pouvoir en place. Dans tous les cas, la lutte contre une présumée injustice ne saurait se transformer en permis de tuer.

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