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Protoscience, mauvaise foi et hérésie constitutionnelle au Togo

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Certes, le miroir de l’actualité est souvent peu transparent quant à ses ressorts, mais comme le prédisaient plusieurs observateurs avisés, l’année 2018, la grande année politique, se révèle comme celle des grandes surprises. D’abord, et fort heureusement, c’est l’année de la résolution des grandes questions politiques et juridiques qui agitent la vie sociopolitique du Togo. Ensuite et de manière plus éclatante, c’est l’année de la révélation notoire des incohérences de l’opposition togolaise, ou de ce qui en tient parfois lieu en l’occurrence la Coalition des 14.

Faute de s’être acquis une boussole fixant un cap pour le Togo, les parfaits aventuriers qui conduisent l’expédition ont fini par s’engager aujourd’hui pour des suggestions hier rejetées avec éclats. Dire qu’elle a catégoriquement rejeté lesdites suggestions par orgueil, par immaturité, par excès de radicalisme ou par ignorance n’est que lapalissade.
S’il est vrai, loin de toute image irénique, que le champ scientifique n’est pas aseptisé, n’est-ce pas par une concurrence pure et parfaite des idées les plus contradictoires que la vérité est établie ? Pourquoi a-t-on, par de veules et a-scientifiques machinations d’arrière-boutique, voulu fouler aux pieds cette détermination à éclairer le débat politique et juridique ? Le temps du savoir n’est pas le temps de la rue et le courage de la pensée a été de le faire entendre fermement par la constitution d’un espace pluridisciplinaire dédié à la réflexion.

Toutefois, le crime est parfait à l’idée que le retour au texte intégral de la C92 est une arlésienne et que l’exigence du départ hic et nunc du Chef de l’État est une comédie politique.
S’agissant de l’exigence du retour intégral à la Constitution de 1992, l’idée semble établie, toutes considérations faites, de son impossibilité au regard des rapports de force politique en présence. Les variables explicatives avancées et mises à l’épreuve furent nombreuses. D’abord, du point de vue de l’histoire constitutionnelle comparée, une telle démarche est assez rare. En plus, le retour à des textes constitutionnels antérieurs n’a été que temporaire, le temps de l’élaboration de nouveaux textes constitutionnels. Au surplus, le retour à la version intégrale d’un texte constitutionnel qui a fait l’objet d’une longue expérience empirique, est une involution qui s’accompagne de graves difficultés techniques, au nombre desquelles la remise en cause d’une pluralité d’institutions et de praxis républicaines qui, depuis, ont vu le jour. C’est ainsi d’ailleurs qu’il a été suggéré à l’opposition d’abandonner une telle voie au profit d’une modification plus approfondie de la C92 ou du texte proposé par le gouvernement en septembre 2017 aux fins de sauvegarde des acquis démocratiques de la version originelle de 1992.

Cette orientation est également contenue dans le rapport de la Commission de réflexion sur les reformes politiques, institutionnelles et constitutionnelles qui a été, elle aussi, vilipendée par cette même opposition atteinte de la « constitutionnïte » aiguë. Aujourd’hui, que constate-t-on, si ce n’est finalement son adhésion à cette lecture de la question en rappelant la modification défendue de la C92 à hauteur de 5 articles seulement ? La science finit toujours par avoir raison de la protoscience.

EXIGENCES :

Par rapport à la nécessité d’une cessation des manifestations publiques pour donner une chance à la résolution pacifique et politique de la crise, il y a, aujourd’hui, presque unanimité en faveur de l’instauration d’une zone temporelle d’apaisement qui devrait conduire les forces politiques à un dialogue politique. N’est-ce-pas la conclusion à laquelle la Coalition des 14 elle-même est parvenue après quelques mois de rudes et laborieuses agitations, au delà des soupes à la grimace des ailes marchantes ?

Les interventions publiques de certaines responsables politiques, membres de la Coalition des 14, ne laissent, à cet effet, aucun doute sur ce point. Le dialogue a été voulu et accepté comme option de résolution de la crise par la Coalition des 14. Preuve en est du récent différend entre le PNP et l’ANC au sein de la Coalition des 14 relativement aux marches annulées des 21, 22, 23 et 24 mars 2018, où la majorité de la Coalition des 14 avait argué qu’il fallait absolument donner une chance au dialogue.
Quant à l’exigence de la démission du Chef de l’État, beaucoup de spécialistes avaient relevé qu’elle n’était pas politiquement et juridiquement recevable, et que l’opposition ferait mieux de lever rapidement une telle revendication pour les besoins d’un dialogue inclusif et d’une démarche raisonnable de résolution de la crise politique. Il nous souviendra d’ailleurs que les responsables de la Coalition des 14, les mêmes d’ailleurs qui demandaient obstinément le départ du Chef de l’État lors des manifestations publiques, ont dû reconsidérer leurs positions et renoncer à un tel schéma d’énonciation ingénue et populiste du politique. En revanche, des pluies de paroles puantes et dénigrantes sont tombées sur tous ceux qui avaient tôt perçu l’incongruité d’une telle revendication et l’ont fait noter à la Coalition des 14. Et la politique des obsédés constitutionnels continue avec son lot d’incohérences politiques et de bizarreries constitutionnelles devant les hérauts du réalisme politique!

La liste serait longue si l’on voulait citer tous ces cas d’incohérence de la Coalition des 14 qui refuse des avis ou conseils externes, insulte les porteurs de ces avis, les traite de vendus, les jette gratuitement en pâture aux âmes impatientes et violentes de l’opinion, et ensuite revient elle-même à ces mêmes avis ; la boucle est bouclée.

ERREMMENT ET IRREALISME :

Aujourd’hui encore, la Coalition des 14 affirme que la participation de l’actuel chef de l’État à l’élection présidentielle de 2020 est inacceptable. Cette revendication reste juridiquement impertinente et politiquement irréaliste. Sur la base de quel texte, peut-on exclure le chef de l’État actuel de la compétition électorale de 2020, au risque de rappeler à nos vendeurs d’illusion, qu’illégalité sur illégalité ne vaut ?

Une coalition de partis politiques est-elle habilitée à déterminer deux ans avant un scrutin présidentiel celui ou celle qui ne serait pas candidat.e ?Le cas échéant, quelle que soit la formulation de la réforme constitutionnelle, à moins de la volonté propre exprimée par l’actuel chef de l’Etat, de se retirer de la vie politique, c’est à la Cour constitutionnelle, et à elle seule de se prononcer, le moment venu, sur la validité de sa candidature. L’opposition ne devrait-elle pas plutôt s’atteler à exiger un meilleur cadre électoral et constitutionnel afin de se donner les chances de gagner si tant qu’elle est si populaire ou s’inscrire dans de véritables négociations avec à la clé des concessions mutuelles pouvant saisir, entre autres, le mandat présidentiel ? Le temps politique en dira davantage…

La République n’est point monopolistique et face à la volonté de salir les esprits épris d’objectivité, on leur rappellera que le silence est une victoire et le leur devant les mensonges, montages et insanités en est mémorablement et fermement une. Ils ont l’avantage de ne pas vivre dans un passé politique mortifère et haineux tout en appréhendant la politique togolaise sous un spectre large qui s’appuie sur le bilan du passé, capitalise les acquis du présent et se projette dans le futur.

Somme toute, le Togo aspire légitimement au bon gouvernement et l’on rappellera simplement aux acteurs politiques et surtout au citoyen lambda que le Droit constitutionnel n’est point un sport de combat !

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