Analyses médicales : la grande galère des patients des hôpitaux publics

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Des techniciens de laboratoire en pleine manipulation des échantillons

Les patients admis aux soins, les nuits, les week-ends et les jours fériés dans les hôpitaux publics, et souffrant de pathologies nécessitant des analyses médicales pour le début ou la poursuite du traitement, doivent se préparer à vivre une grande galère. En effet, les laboratoires publics n’assurent pendant ces périodes qu’un service minimum. Avec toutes les conséquences que cela peut engendrer.

Les laboratoires d’analyses médicales logés dans les centres de santé publics fonctionnent comme tous les autres services publics. Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 7h à 12h et de 14h à 16h. Les prélèvements se font uniquement entre 7h et 11h et concernent l’hématologie, la biochimie, la parasitologie, l’immunologie et la bactériologie. La tranche de 11h à 13h est consacrée à la manipulation des échantillons prélevés et les résultats rendus disponibles dans les kiosques à partir de 14h30.

Structures d’intervention d’urgence, les laboratoires assurent tout de même le service les nuits, les week-ends ou encore les jours fériés, sauf qu’il est minimum. Pour le Dr Alou Essowè, surveillant du bloc laboratoire du Centre hospitalier universitaire Sylvanus Olympio (CHU S.O.), le manque de personnel explique en grande partie cette situation. Dans ce centre, ils ne sont que 19 techniciens, un médecin biologiste et un professeur agrégé en bactériologie et virologie. « Pour assurer la garde, nous ne sommes souvent que 3 voire 4, et parfois moins à être déployés », confirme Agnassé Augustine, technicienne de laboratoire au CHU S.O. «Comme tous les employés notamment de la fonction publique, le personnel des laboratoires a droit également au repos les week-ends. Avec un effectif plus important, nous aurions pu instaurer un système de rotation en vue d’assurer la permanence», s’explique-t-elle. Avec le Covid-19, la situation s’est empirée avec l’affectation d’une partie du personnel pour la réalisation des tests.

De fait, le processus de traitement des patients admis aux soins en dehors des heures ouvrables s’en trouve fortement ralenti. « Une fois, admis aux soins un vendredi nuit, j’ai dû attendre jusqu’à lundi avant qu’on ne me fasse le prélèvement pour l’analyse de glycémie», témoignage un patient.

En outre, toutes les unités d’analyse ne sont pas opérationnelles. « Le personnel de garde n’intervient pas dans tous les domaines », renseigne le Dr Alou.
Aux heures de garde, seuls quelques examens biologiques sont réalisés par les techniciens déployés. «Le week-end et les nuits, seuls les prélèvements et manipulations d’échantillons pour la créatinémie, l’urée, la glycémie, le groupage sanguin, la glusosurie, la cétonurie, le LCR, le NB ou encore le TH sont réalisés. Ceux-ci sont jugés urgents. Un médecin qui demande une analyse autre que ceux que j’ai cités, ne peut avoir de suites favorables que le lendemain s’il fait la demande la nuit ou à partir de lundi si elle est faite le week-end », détaille le Dr Alou Essowè. « En ce qui concerne les analyses bactériologiques, certains prélèvements peuvent être reçus et analysés à la première étape. Le reste de la procédure ne se fait que les jours ouvrables », précise Agnassé Augustine. La raison : le personnel souvent déployé pour assurer la garde n’a pas la compétence requise pour réaliser tous les examens. « Il y a un problème de manipulation des échantillons prélevés qui se pose. Tous les techniciens de laboratoires ne sont pas formés pour la réalisation des mêmes analyses. Chacun a son domaine d’intervention. C’est ainsi qu’aux heures de garde, si par exemple un technicien formé en hématologie est programmé et qu’on lui demande une analyse de parasitologie, il ne pourra pas répondre. Le patient devra donc attendre jusqu’à ce que le technicien qualifié dans ce domaine ne soit disponible le jour ouvrable »,

Par ailleurs, les patients doivent faire face au coût des analyses variant entre 700 et 10.000 FCFA ainsi qu’à la disponibilité des réactifs. « Il y a des réactifs qui coûtent extrêmement chers sur le marché. Si un patient arrive le week-end pour une analyse dont le réactif est sur cette liste, elle ne lui pourra pas être réalisée. En effet, le laboratoire préfèrera avoir un nombre élevé de patients pour lequel cette analyse a été prescrite pour une réalisation unique. Par souci d’économie. Les réactifs dont il est question sont très sensibles et ce serait du gaspillage d’ouvrir les flacons et de les laisser pour une longue durée», justifie Agnassé Augustine

Devant ce tableau où s’associent manque de personnel et de réactifs ainsi que l’insuffisance du plateau technique, les médecins se disent impuissants et ce sont les patients qui en paient souvent le prix fort.

Responsabilité de l’état.
Si les laboratoires publics ne sont pas opérationnels 24h/24 et 7j/7, la responsabilité en incombe aux pouvoirs publics.
« Les heures d’ouverture et de fonctionnement du laboratoire ne relèvent pas de mes prérogatives. C’est l’état qui l’a instauré », soutient le Dr Alou. Comme la formation des laborantins. Pour autant, les professionnels de santé assurent ne pas rester indifférents à la situation. Ils déclarent être motivés et disponibles. « Nous avons prêté le serment d’Hippocrate pour sauver des vies », confie le médecin. Il propose l’augmentation du nombre de techniciens et ingénieurs de laboratoire. «La demande est forte et il urge que le recrutement des agents soit réalisé en vue de renforcer l’effectif actuel. Ce qui permettrait d’assurer une rotation et la permanence » plaide-t-il.

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