Burkina, le pays de toutes les incertitudes

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En seulement 8 mois au cours de la même année, deux coups d’État militaires motivés, l’un comme l’autre par des préoccupations sécuritaires peu ou pas du tout prises en compte par les Chefs d’État déchus, d’après les auteurs des putschs. C’est la parabole du « balayeur balayé » à cause d’un bilan sans conteste, plus catastrophique à l’aune des motivations qui avaient naguère servi de prétexte à l’opération « éviction de Roch Marc Christian Kaboré», président civil élu, du fauteuil présidentiel.

Si le pays des Hommes Intègres sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, échappait déjà pour une bonne proportion au pouvoir central, la percée islamiste aura été plus prégnante, avec l’arrivée au pouvoir du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Un règne assez bref mais qui aura été marqué par plusieurs incursions des groupes djihadistes au et en dehors du Burkina Faso, notamment au Togo où ils ont perpétré des attaques meurtrières. Mais également par des tentatives de réconciliation maladroitement menées, et faisant d’ailleurs, et c’était un fait gravissime, le pied du nez à une décision de la justice burkinabé condamnant l’ancien président Blaise Compaoré, reconnu coupable d’assassinat sur l’ancien président révolutionnaire Thomas Sankara, de vénérée mémoire.

Certes, le jeune capitaine de 34 ans, Ibrahim Traoré, à la suite du coup perpétré contre Damiba, a été accueilli triomphalement, comme un « Messie ». Des scènes de liesse dans les rues de la capitale burkinabè en soutien au nouvel homme fort du Burkina Faso, n’appellent pas de commentaires particuliers. Exit Damiba, welcome Ibrahim Traoré, semblait-on dire.

Mais jusqu’à quand ? Si les premières autorités putschistes ont échoué lamentablement dans leur mission régalienne de sécurisation du pays et d’enracinement du pouvoir d’État sur tout le territoire, les nouvelles pourront-elles relever le défi?

Rien ne gage qu’elles sont dotées de ressources et moyens suffisants pour faire face à l’ampleur des défis sécuritaires. Hic et nunc, applaudir un putschiste qui en remplace un autre, relève davantage d’une réaction normale, surtout devant l’évidence d’échec du renversé.

Toutefois, sans une vision bien structurée autour de la question sécuritaire ni la mise en œuvre à temps d’une stratégie visant à reconquérir tout le territoire burkinabè et à répondre aux attentes quotidiennes des populations, les mêmes qui ont salué à l’applaudimètre le coup d’Etat perpétré par le capitaine Traoré et ses troupes, seront les mêmes à réclamer le départ de ces derniers.

En tout état de cause, le Burkina Faso n’est pas encore sorti de l’auberge. La série des coups d’Etat amorcée dans ce pays d’Afrique de l’ouest pourrait n’être qu’à son étape embryonnaire.  Le Pays des Hommes Intègres risque si l’on n’y prend garde, de sombrer dans un cycle infernal d’incertitudes et de chaos.